Lorsque les habitants de Médine rompirent leur obéissance à Yazid, le déposèrent et placèrent à leur tête Ibn al-Mouti‘ et Ibn Hanzala, ils ne lui reprochèrent – alors même qu’ils étaient ses plus farouches opposants – que sa consommation de vin et la commission de certains actes répréhensibles. Ils ne l’accusèrent pas d’hérésie (zandaqa), comme le font certains Râfidites à son encontre. Il était certes un homme débauché (fâsiq), mais le fait qu’il soit un débauché n’autorise pas à le déposer, car cela provoquerait une sédition (fitna) et le déclenchement de conflits, comme ce qui s’est produit lors de l’événement de la Harra. Yazid dépêcha en effet un émissaire auprès des habitants de Médine pour les ramener à l’obéissance et leur laissa un délai de trois jours. Lorsqu’ils refusèrent de se soumettre, il les combattit (1). Le combat qu’il mena contre les gens de la Harra aurait pu suffire, mais il dépassa les limites en permettant que la ville fût livrée au pillage pendant trois jours, ce qui provoqua de grands maux, comme nous l’avons déjà mentionné.
Quant à ‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn al-Khattâb et plusieurs membres de la famille prophétique, ils ne rompirent pas leur serment d’allégeance et ne prêtèrent pas allégeance à quelqu’un d’autre après avoir déjà prêté serment à Yazid. L’imâm Ahmad (2) a rapporté : « Ismâ‘îl ibn ‘Ulayya nous a rapporté, il tient de Sakhr ibn Juwayriya, qui tient de Nâfi‘ : “Lorsque les gens rejetèrent Yazid ibn Mu‘âwiya, Ibn ‘Umar réunit ses fils et les membres de sa famille, puis il prononça l’attestation de foi et dit : ‘Nous avons prêté serment à cet homme en vertu du pacte établi par Dieu et Son Messager. J’ai entendu le Messager d’Allâh (que la paix et la bénédiction d’Allâh soient sur lui) dire :
« Le traître se verra dresser un étendard le Jour de la Résurrection, et on dira : “Voici la traîtrise d’Untel.” »
Or, la pire des traîtrises – en dehors de l’association à Dieu – est qu’un homme prête allégeance à un autre en vertu du pacte établi par Dieu et Son Messager, puis rompe cette allégeance. Que donc personne parmi vous ne se détache de Yazid et que personne ne se lance à l’excès dans cette affaire, sans quoi il trouvera en moi un obstacle (3).’” »
Ce hadith a également été rapporté par Muslim (5) et at-Tirmidhî (6), d’après Sakhr ibn Juwayriya. At-Tirmidhî le qualifie de « bon et authentique ». Il a aussi été rapporté par Abû al-Hasan ‘Alî ibn Muhammad ibn ‘Abd Allâh ibn Abî Sayf al-Madâ’inî, d’après Sakhr ibn Juwayriya, d’après Nâfi‘, d’après Ibn ‘Umar, et le texte y figure de manière similaire (7).
Lorsque les habitants de Médine revinrent de chez Yazid, ‘Abd Allâh ibn al-Mouti‘ et ses compagnons allèrent trouver Muhammad ibn al-Hanafiyya dans le but de