Et de même, al-Bukhârî l’a rapporté dans son « Târîkh », et Abû Ya‘lâ l’a également rapporté d’après Muḥammad ibn al-Muthannâ, d’après ‘Abd al‑Wahhâb. Puis al-Bukhârî déclara : « Le ḥadîth est défectueux (ma‘lûl), et l’on ne sait pas qu’Abû Dharr ait jamais voyagé en Syrie (ash-Shâm) sous le califat de ‘Umar ibn al-Khaṭṭâb. » Il ajouta : « Yazîd ibn Abî Sufiân mourut à l’époque de ‘Umar, qui nomma alors son frère Mu‘âwiya à sa place. »
‘Abbâs ad-Dûrî raconta : « J’ai interrogé Ibn Ma‘în : “Abû al-‘Âliya a-t-il entendu (directement) Abû Dharr ?” » Il répondit : « Non, il ne transmet cela que par Abû Muslim, de sa part. » Je demandai : « Qui est ce Abû Muslim ? » Il dit : « Je ne saurais le dire. »
Ibn ‘Asâkir a mentionné des ḥadîths blâmant Yazîd ibn Mu‘âwiya, mais ils sont tous forgés (mawḍû‘) et aucun n’est authentique. Le plus valable de ce qui a été rapporté est ce que nous venons de citer, malgré la faiblesse de ses chaînes de transmission et l’interruption de certaines d’entre elles. Dieu sait mieux.
Al-Ḥârith ibn Miskîn raconta, d’après Sufyân, d’après Shabîb ibn Gharqadah, d’après al-Mustaḍill (1), qu’il avait entendu ‘Umar ibn al-Khaṭṭâb dire : « Je sais – par le Seigneur de la Ka‘ba – à quel moment les Arabes périront : ce sera lorsqu’ils seront gouvernés par quelqu’un qui n’a pas connu la ǧâhiliya (époque préislamique) et qui ne possède aucune antériorité dans l’Islam. »
J’ai dit : « Ce qui fut principalement reproché à Yazîd ibn Mu‘âwiya quant à ses actes est sa consommation de vin et la perpétration de certains vices. Pour ce qui est du meurtre de Ḥusayn, il n’a pas ordonné cela, ni ne s’en est affligé, comme le disait son grand-père Abû Sufyân le jour de Uḥud. Nous avons déjà rapporté qu’il déclara : “Si cela avait été moi, je n’aurais pas agi avec lui comme l’a fait Ibn Marjâna”, c’est-à-dire ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd. Et il dit aux émissaires qui lui apportèrent la tête de Ḥusayn : “Vous n’aviez pas besoin d’aller jusque-là pour me témoigner votre obéissance.” Il ne leur accorda aucune faveur, honora la Famille de Ḥusayn, leur restitua tout ce qu’ils avaient perdu, et même davantage, puis les renvoya à Médine dans des palanquins et avec une grande solennité. Sa maisonnée se lamenta pour Ḥusayn, tandis que la Famille de Ḥusayn résidait chez lui, durant trois jours.
On a rapporté que Yazîd se réjouit d’abord de l’assassinat de Ḥusayn lorsque la nouvelle lui parvint, puis il s’en repentit. Abû ‘Ubayda Ma‘mar ibn al-Muthannâ raconta : Yûnus ibn Ḥabîb al-Ǧarmî l’avait informé qu’après qu’Ibn Ziyâd eut tué Ḥusayn et ceux qui l’accompagnaient, il envoya leurs têtes à Yazîd, qui d’abord s’en félicita, ce qui rehaussa la position d’Ibn Ziyâd à ses yeux, mais il ne tarda pas à regretter cet acte. Il disait alors : “Qu’est-ce que cela m’aurait coûté de l’endurer, de le recevoir chez moi et de le laisser libre de faire ce qu’il souhaitait, même si cela devait m’attirer du blâme ou affaiblir mon autorité, par considération pour le Messager de Dieu (ﷺ), le respect de son droit et de ses liens de parenté ?” Puis il ajoutait : “Qu’Allâh maudisse Ibn Marjâna ! C’est lui qui l’a acculé et poussé à bout. Ḥusayn lui avait demandé de le laisser partir ou de l’envoyer auprès de moi, ou même de l’établir dans un des postes-frontières de l’Islam jusqu’à ce que Dieu le rappelle. Il a refusé et l’a tué, me rendant par cela même odieux aux musulmans. Il a semé dans leurs cœurs l’animosité, et désormais tous me détestent, pieux comme pécheurs, en raison de l’horreur qu’ils éprouvent face au meurtre de Ḥusayn. Qu’est-ce que j’avais à gagner avec Ibn Marjâna ? ! Que Dieu le maudisse et s’irrite contre lui !””