Pour ceux qui viendront après eux. Et ne prête pas l’oreille aux propos d’un calomniateur ni à ce qu’il a commis (1), car je les ai vus être de mauvais conseillers (2).
D’un autre point de vue, on rapporte que Muʿāwiya dit à Yazīd : « J’ai un ami parmi les gens de Médine ; honore-le. » Yazīd lui demanda : « Qui est-ce ? » Muʿāwiya répondit : « ʿAbd Allāh ibn Jaʿfar. » Lorsque celui-ci, après la mort de Muʿāwiya, se présenta à Yazīd, ce dernier doubla la gratification que Muʿāwiya avait l’habitude de lui verser, laquelle s’élevait à six cent mille. Yazīd lui donna donc un million. Ibn Jaʿfar s’exclama : « Que mon père et ma mère te soient sacrifiés ! » ; Yazīd lui donna alors un autre million. Ibn Jaʿfar lui dit : « Par Dieu, je ne dirai plus jamais “Que mon père et ma mère te soient sacrifiés” pour quiconque après toi. »
Quand Ibn Jaʿfar sortit de chez Yazīd, après avoir reçu deux millions, il aperçut à la porte du palais des chameaux bakhtî (3) envoyés en cadeau depuis le Khurasan. Il revint donc auprès de Yazīd pour lui demander de lui en donner trois afin de les utiliser lors du pèlerinage, de la ‘umra et de ses visites à Damas. Yazīd demanda alors au chambellan : « Quels sont ces chameaux bakhtî à la porte ? » – n’en ayant pas connaissance – Le chambellan répondit : « Ô Commandeur des croyants ! Ce sont quatre cents chameaux bakhtî reçus du Khurasan, chargés de divers présents : ils portaient toutes sortes de biens. » Yazīd déclara : « Qu’on les donne tous à Abū Jaʿfar avec leur chargement. » ʿAbd Allāh ibn Jaʿfar s’exclama alors : « Comment me blâmeriez-vous d’avoir une bonne opinion de lui ? » – faisant référence à Yazīd (4).
Yazīd avait en effet des qualités louables : la générosité, la patience (ḥilm), l’éloquence, des dons poétiques, la bravoure et la sagacité dans la gestion du pouvoir. Il était beau et de bonne compagnie. Cependant, il s’adonnait également à certaines passions et délaissait parfois la prière à certains moments.
L’imam Aḥmad a rapporté : « Abū ʿAbd al-Raḥmān nous a transmis, Ḥayywa nous a transmis, et c’est Bashīr ibn Abī ʿAmr al-Khawlānī qui m’a rapporté qu’al-Walīd ibn Qays lui avait raconté avoir entendu Abū Saʿīd al-Khudrī dire : “J’ai entendu le Messager de Dieu ﷺ dire : ‘Il y aura, après soixante ans, des gens qui délaisseront la prière et suivront leurs passions ; ils rencontreront alors la perdition (5). Ensuite viendra un groupe qui récitera le Coran, sans que leur récitation ne dépasse leurs clavicules. Le Coran sera récité par trois catégories de personnes : un croyant, un hypocrite et un pervers.’” »
[Bashīr] (6) dit : « J’ai demandé à al-Walīd : “Qui sont ces trois catégories ?” » Il répondit : « L’hypocrite le renie, le pervers en tire un profit matériel, et le croyant y adhère sincèrement. » Seul Aḥmad a rapporté ce hadith (7).