Ensuite, il rapporta, selon la chaîne de Hammâd ibn Salama, d’Abû Muhammad, d’après Zurâra ibn Awfâ, qui dit : « Le siècle compte cent vingt ans. Le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) fut envoyé pendant un siècle dont la fin fut marquée par la mort de Yazîd ibn Mu‘âwiya. »
Abû Bakr ibn ‘Ayâsh dit : « Yazîd ibn Mu‘âwiya dirigea le pèlerinage (hajj) pour les gens en l’an 51, puis en 52, puis en 53. »
Ibn Abî al-Dunyâ déclara : « Abû Kurayb nous a rapporté, par l’intermédiaire de Rushdîn [d’après] ‘Amr ibn al-Hârith, d’après Bukayr (1) ibn al-Achajj : Mu‘âwiya demanda à Yazîd : “Comment te comporteras-tu si le pouvoir te revient ?” Yazîd répondit : “Que Dieu te conserve, ô Commandeur des croyants !” Mu‘âwiya lui dit : “Informe-moi clairement.” Yazîd déclara : “Par Dieu, ô mon père, j’aurais agi envers eux conformément à la conduite de ‘Umar ibn al-Khattâb.” Mu‘âwiya répondit : “Gloire à Dieu, ô mon fils ! Par Dieu, j’ai tout fait pour imiter la voie de ‘Uthmân ibn ‘Affân sans y parvenir. Comment pourrais-tu donc adopter la voie de ‘Umar ?” (2) »
Al-Wâqidî dit : « Abû Bakr ibn ‘Abd Allâh ibn Abî Sabra m’a rapporté, d’après Marwân ibn Abî Sa‘îd ibn al-Mu‘allâ, que Mu‘âwiya, au moment de sa mort, s’adressa à Yazîd pour le conseiller en ces termes : “Ô Yazîd, crains Dieu ! Je t’ai aplani la route et j’ai exercé le pouvoir avec l’autorité qui fut la mienne. Si cela est bon, j’en suis le plus heureux ; si cela est mauvais, c’est toi qui en pâtiras. Sois indulgent envers les gens et ferme les yeux sur toute parole offensante ou méprisante qu’on te rapporte. Passe l’éponge, et ta vie en sera adoucie, tandis que tes administrés s’amenderont. Garde-toi de la discussion interminable et de l’emportement : tu causerais ta perte et celle de tes administrés. Ne traite pas avec rudesse (3) les nobles, ne les méprise pas et ne sois pas hautain à leur égard. Sois pour eux d’une douceur qui ne laisse cependant paraître ni faiblesse ni mollesse de ta part. Accueille-les auprès de toi, rapproche-les, qu’ils s’assoient près de toi ; ils reconnaîtront alors le rang qui te revient. Ne les humilie pas et ne sous-estime pas leurs droits, car ils finiraient par te mépriser à leur tour, nier ton droit et s’en prendre à toi.
Si tu veux accomplir une affaire, convoque les aînés et les gens d’expérience parmi les personnes de bien, les notables et les pieux, consulte-les et ne va pas à l’encontre de leur avis. Évite de n’en faire qu’à ta tête, car l’opinion n’est pas l’apanage d’un seul. Fais confiance à celui qui te conseille, s’il t’oriente vers ce que tu sais être correct, et garde tout cela secret vis-à-vis de tes femmes et de tes domestiques. Prépare-toi sérieusement, veille sur tes troupes, rectifie ta propre conduite, et les gens se rectifieront pour toi. Ne leur donne pas l’occasion de t’attaquer, car ils se précipitent vite vers le mal. Assiste aux prières ; si tu suis mes recommandations, les gens reconnaîtront ton plein droit, ta royauté s’affermira et tu grandiras à leurs yeux. Reconnais la noblesse des habitants de Médine et de La Mecque, car ils sont ta racine et ta famille. Préserve la dignité des gens de Syrie, car ils sont tes partisans, tes défenseurs et tes troupes grâce auxquelles tu parviens (4) à ceux qui te sont soumis. Écris aux habitants des diverses provinces en leur promettant tes bienfaits, car cela dilatera leurs espérances. Si une délégation arrive à toi depuis l’une de ces contrées, traite-la avec bonté et honore-la, car ils…”