Il a été rapporté par [al-Waqidî et] (1) al-Mada’ini qu’Ibn ‘Abbâs vint en délégation auprès de Mu‘âwiya. Mu‘âwiya ordonna alors à son fils Yazîd de se rendre chez lui afin de le consoler pour la mort d’al-Hasan ibn ‘Alî. Lorsque Yazîd entra auprès d’Ibn ‘Abbâs, ce dernier l’accueillit chaleureusement, l’honora et le fit asseoir devant lui. Ibn ‘Abbâs voulut lui élever la place où il siégeait, mais Yazîd refusa, en disant : « Je ne prends place que pour présenter mes condoléances, non pour féliciter. »
Puis il évoqua al-Hasan et déclara : « Qu’Allah couvre Abû Muhammad de la plus vaste et la plus généreuse miséricorde ; qu’Il t’accorde une ample récompense, qu’Il t’apporte la plus belle consolation et qu’Il compense ta perte par ce qui est le meilleur pour toi en rétribution et la plus noble des issues. » Lorsque Yazîd se leva pour partir, Ibn ‘Abbâs s’exclama : « Lorsque les Banû Harb disparaîtront, les hommes sages disparaîtront. » Il cita ensuite ces vers :
« Ils détournent leurs yeux du défaut, sans en parler ; et ils sont ceux qui ont hérité des sagesses ancestrales. » (2)
Yazîd fut par la suite le premier à mener une expédition contre la ville de Constantinople en l’an 49 (d’après le récit de Ya‘qûb ibn Sufyân). Khalîfa ibn Khayyât (4) situe cet événement en l’an 50. Puis Yazîd accomplit le pèlerinage avec les gens cette même année, après son retour de la campagne en territoire byzantin.
Il est établi dans un hadith que le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : « Le premier groupe à mener une expédition contre la cité de César aura le pardon. » (5) Il s’agit en réalité du deuxième groupe que le Messager d’Allah (ﷺ) vit en songe auprès d’Umm Harâm. Celle-ci avait dit : « Invoque Allah pour qu’Il fasse de moi l’une d’entre eux. » Le Prophète (ﷺ) répondit : « Tu seras parmi les premiers. » C’est-à-dire l’armée de Mu‘âwiya lorsqu’il conquit Chypre en l’an 27, au temps de ‘Uthmân ibn ‘Affân. Umm Harâm était du voyage et mourut là-bas à Chypre. Le commandement du second groupe fut ensuite confié à Yazîd ibn Mu‘âwiya, mais Umm Harâm ne l’atteignit pas. Ceci compte parmi les plus grandes preuves de la véracité prophétique.
L’hâfiz Ibn ‘Asâkir mentionne ici le hadith rapporté par Muhâdir, d’après al-A‘mach, d’après Ibrâhîm, d’après (6) ‘Ubayda, d’après ‘Abdallah : le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : « Les meilleures personnes sont celles de mon siècle, puis celles qui les suivent, puis celles qui les suivent. » (7) De même, ‘Abdallah ibn Shaqîq (8) le rapporte d’Abû Hurayra, d’après le Prophète (ﷺ), dans les mêmes termes.