Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

« S’il meurt, Muzayna ne prospérera plus après lui… Alors, suspends-lui des amulettes, ô Muzayn. » (1)

Yazid partit en marchant tandis que Fâkhta le suivait des yeux, puis elle dit : « Qu’Allah maudisse la noirceur des jambes de ta mère ! » Muʿâwiya répliqua : « Par Allah, il (Yazid) est meilleur que ton fils ʿAbd Allâh (qui était son fils à elle, et qui était sot). » Fâkhta répondit : « Non, par Allah, mais tu lui donnes la préférence. » Il rétorqua : « Je vais t’expliquer cela pour que tu le comprennes avant de quitter cette assemblée. »

Il fit alors venir son fils ʿAbd Allâh et lui dit : « J’ai décidé de t’accorder tout ce que tu me demanderas dans cette assemblée. » ʿAbd Allâh réclama : « J’ai besoin que tu m’achètes un chien alerte et un âne. » Muʿâwiya reprit : « Ô mon fils ! Toi qui es un âne, voudrais-tu qu’on t’en achète un ?! Va-t’en, sors d’ici. » Puis il dit à la mère de ʿAbd Allâh : « Qu’en dis-tu ? »

Ensuite, Muʿâwiya fit venir Yazid et lui annonça : « J’ai décidé de t’accorder tout ce que tu me demanderas dans cette assemblée, alors formule ton vœu. » Yazid tomba prosterné et, lorsqu’il releva la tête, il dit : « Louange à Allah qui a fait vivre l’Émir des croyants aussi longtemps et qui lui inspire une telle opinion à mon égard. Mon souhait est que tu m’accordes l’héritage de ton pouvoir après toi, que tu me désignes commandant de la campagne militaire d’été des musulmans cette année, que tu m’accordes l’autorisation d’accomplir le Pèlerinage dès mon retour, et que tu me donnes la direction des rites du ḥajj. De plus, j’aimerais que tu augmentes la solde de dix dinars pour chaque homme du Shâm, et que tu fasses de cette faveur un privilège obtenu par mon entremise. Enfin, accorde une pension supplémentaire aux orphelins des Banû Jumah, des Banû Sahm et des Banû ʿAdî. » Muʿâwiya demanda : « Quel lien as-tu avec les orphelins des Banû ʿAdî ? » Yazid répondit : « Parce qu’ils m’ont prêté serment et ont déménagé chez moi. » Muʿâwiya déclara : « Je te concède tout cela. » Il l’embrassa ensuite au visage et dit à Fâkhta bint Qaradha : « Qu’en penses-tu ? » Elle répondit : « Ô Émir des croyants, recommande-moi à lui, car tu le connais mieux que moi. » Il s’exécuta.

Selon une autre narration, quand le père de Yazid lui dit : « Formule ton vœu », Yazid répondit : « Affranchis-moi du Feu, qu’Allah t’en affranchisse ! » Muʿâwiya demanda : « Et comment cela ? » Yazid expliqua : « J’ai trouvé dans les traditions ceci : “Quiconque assume la charge de cette communauté pendant trois jours, Allah lui interdit le Feu.” Alors désigne-moi comme ton successeur. » Il le fit. (2)

Al-ʿUtbi raconta : Muʿâwiya vit son fils Yazid frapper l’un de ses jeunes serviteurs. Il lui dit : « Sache qu’Allah a plus de pouvoir sur toi que tu n’en as sur lui. Quelle honte pour toi ! Tu frappes celui qui ne peut se défendre. Par Allah, c’est le fait de pouvoir sévir contre mes ennemis qui m’en a empêché (par miséricorde). En vérité, le plus digne de pardonner est celui qui est en mesure de punir. »

J’ai dit : Il est établi dans le Ṣaḥîḥ que le Messager d’Allah (ﷺ) vit Abû Masʿûd frapper l’un de ses serviteurs et déclara : « Sache, Abû Masʿûd, qu’Allah est plus puissant contre toi que toi contre lui. » (3)

Al-ʿUtbi dit encore : Ziyâd arriva avec de nombreux biens et un coffret rempli de joyaux chez Muʿâwiya, et Muʿâwiya s’en réjouit. Il se leva

(1) La maison dans « Les Anciens de Quraysh » (127), « Les Chants » (17/211), « Abrégé de l’Histoire de Damas » (28/19) et le « Lisan », article « Tammam ». (2) Le récit dans son intégralité dans « Histoire d’Ibn ʿAsākir », abrégé (28/20-21). (3) Rapporté par Ahmad dans son Musnad (4/120), Muslim (1659) au chapitre des serments : chapitre sur la compagnie des mamelouks et l’expiation pour avoir frappé un esclave ; Abū Dāwūd (5160) au chapitre de la bienséance : droit du mamelouk ; et at-Tirmidhī (1948) au chapitre de la piété filiale et des liens de parenté : chapitre interdisant de frapper et d’insulter les serviteurs.
إذا ماتَ لمْ تُفْلحْ مُزَيْنَةُ بعدَهُ … فَنُوطِي عليهِ يا مُزَينُ التَّمائِمَا (١) وانطلق يزيد يمشي وفاختة تُتبعه بصرها ثم قالت: لعن اللَّه سواد ساقي أمِّك. فقال معاوية: أما واللَّه إنه لخير من ابنك عبد اللَّه -وهو ولده منها، وكان أحمق- فقالت فاختة: لا واللَّه، ولكنك تؤثر هذا عليه، فقال: سوف أبيِّن لك ذلك حتى تعرفيه قبل أن تقومي من مجلسك هذا، ثم استدعى بابنها عبد اللَّه فقال له: إنه قد بدا لي أن أعطيَك كل ما تسألني في مجلسي هذا، فقال: حاجتي أن تشتري لي كلبًا فارهًا وحمارًا، فقال: يا بني! أنت حمار ويُشترى لك حمار؟! قم فاخرج. ثم قال لأمه: كيف رأيت؟ ! ثم استدعى بيزيد فقال: إني قد بدا لي أن أعطيَك كل ما تسألني في مجلسي هذا، فسلني ما بدا لك. فخرَّ يزيد ساجدًا ثم قال حين رفع رأسه: الحمد للَّه الذي بلغ أمير المؤمنين هذه المدة وأراه فيَّ هذا الرأي، حاجتي أن تعقد لي العهد من بعدك، وتولِّيني العام صائفة المسلمين، وتأذن لي في الحج إذا رجعت، وتولِّيني الموسم، وتزيد أهل الشام عشرة دنانير لكل رجل في عطائه، وتجعل ذلك بشفاعتي، وتفرض لأيتام بني جُمح، وأيتام بني سهم، وأيتام بني عدي. فقال: مالك ولأيتام بني عدي؟ فقال: لأنهم حالفوني وانتقلوا إلى داري. فقال معاوية: قد فعلتُ ذلك كلَّه. وقبَّل وجهه ثم قال لفاختة بنت قَرَظة: كيف رأيت؟ ! فقالت: يا أمير المؤمنين! أوصِه بي فأنت أعلم به مني. ففعل. وفي رواية: أن يزيد لما قال له أبوه: سلني حاجتك، قال له يزيد: اعتقني من النار أعتق اللَّه رقبتك منها، قال: وكيف؟ قال: إني وجدت في الأثر أنه "مَنْ تقلَّد أمرَ هذهِ الأمَّة ثلاثةَ أيام حرَّمهُ اللَّهُ على النار" فاعهد إليَّ من بعدك. ففعل (٢) . وقال العتبي: رأى معاوية ابنه يزيد يضرب غلامًا له، فقال له: اعلم أنَّ اللَّه أقدرُ عليك منك عليه، سوءة لك! أتضرب من لا يستطيع أن يمتنع عليك؟ واللَّه لقد منعَتْني القدرة من الانتقام من ذوي الإحَن، وإنَّ أحق من عفا لمن قدر. قلت: وقد ثبت في الصحيح: أن رسول اللَّه ﷺ رأى أبا مسعود يضرب غلامًا له، فقال: "اعلمْ أبا مَسْعودٍ للَّهُ أَقدرُ عليكَ منكَ علَيه" (٣) . قال العتبي: وقدم زياد بأموال كثيرة وبسفط مملوءٍ جواهر على معاوية، فسُرَّ بذلك معاوية، فقام
(١) البيت في نسب قريش (١٢٧) والأغاني (١٧/ ٢١١) ومختصر تاريخ دمشق (٢٨/ ١٩) واللسان مادة (تمم). (٢) الخبر بطوله في تاريخ ابن عساكر مختصره (٢٨/ ٢٠ - ٢١). (٣) أخرجه أحمد في مسنده (٤/ ١٢٠) ومسلم (١٦٥٩) في الأيمان: باب صحبة المماليك وكفارة من لطم عبده، وأبو داود (٥١٦٠) في الأدب: باب في حق المملوك، والترمذي (١٩٤٨) في البر والصلة: باب النهي عن ضرب الخدم وشتمهم.

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