La Kaaba fut alors recouverte de ses tentures et de ses pièces de bois, si bien qu’elle brûla. L’angle en devint noir et se fendit en trois endroits.
Le siège se poursuivit jusqu’au début de Rabi‘ al-Akhir. La nouvelle de la mort de Yazid ibn Mu‘awiya parvint aux gens : il était décédé la quatorzième nuit écoulée de Rabi‘ al-Awwal de l’an soixante-quatre, à l’âge de trente-cinq – ou trente-huit ou trente-neuf – ans. Son règne dura trois ans et six – ou huit – mois. Les gens du Shâm (Syrie) furent alors vaincus et se retirèrent humiliés, si bien que la guerre s’apaisa et que le feu de la discorde s’éteignit.
On raconte qu’ils continuèrent de cerner Ibn az-Zubayr pendant environ quarante nuits après la mort de Yazid. On rapporte aussi qu’Ibn az-Zubayr fut informé de la mort de Yazid avant les gens du Shâm. Il leur lança : « Ô gens du Shâm ! Dieu a anéanti votre tyran. Que celui qui souhaite se rallier à ce à quoi les gens se sont ralliés le fasse, et que celui qui veut retourner en Syrie y retourne. » Les Syriens ne crurent pas ce que les Mekkois leur disaient, jusqu’à ce que Thabit ibn Qays ibn al-Qayqa‘ leur apportât la confirmation.</p>
On raconte que Husayn ibn Numayr fut invité par Ibn az-Zubayr à s’entretenir entre les deux armées. Ils se rencontrèrent si près que les têtes de leurs chevaux se touchaient. Le cheval de Husayn s’agitait et il s’efforçait de le calmer. Ibn az-Zubayr lui demanda : « Qu’as-tu ? » Il répondit : « Il y a des pigeons, sous les sabots de mon cheval, qui picorent le fumier et je crains d’écraser les pigeons du Lieu sacré. » Ibn az-Zubayr lui rétorqua : « Tu agis ainsi alors que tu tues des musulmans ? » Husayn déclara : « Permets-nous de faire le Tawâf autour de la Kaaba, après quoi nous repartirons dans notre pays. » Il y consentit ; ils accomplirent alors le Tawâf.
Selon Ibn Jarîr, Husayn et Ibn az-Zubayr se donnèrent rendez-vous un soir à l’extérieur de La Mecque. Husayn lui dit : « Si cet homme (Yazid) est vraiment mort, tu es la personne la plus digne de prendre la succession après lui. Viens avec moi en Syrie, par Dieu, nul ne sera en désaccord avec toi. » On rapporte qu’Ibn az-Zubayr ne lui fit pas confiance et eut des propos durs. Furieux, Husayn ibn Numayr s’éloigna en s’écriant : « Je l’appelle au califat et il me parle durement ! » Puis il fit faire demi-tour à l’armée pour repartir en Syrie, en disant : « Je lui promets le pouvoir et il me menace de mort ! »
Plus tard, Ibn az-Zubayr regretta sa dureté envers lui ; il lui fit dire : « Quant à la Syrie, je n’irai pas, mais prends pour moi l’allégeance de ceux qui s’y trouvent. Je vous garantirai la sécurité et serai juste envers vous. » Husayn répondit : « Beaucoup de ceux qui demeurent dans la même maison (lignée) que nous sont nombreux à nous poursuivre en Syrie. » Puis il repassa par Médine. Dans cette ville, il subit de grands affronts ; cependant, ‘Alî ibn al-Husayn, surnommé Zayn al-‘Âbidîn, l’honora et lui offrit du fourrage et de la nourriture pour ses montures. Les Banû Umayya (Omeyyades) repartirent avec l’armée vers la Syrie, où ils trouvèrent Mu‘âwiya ibn Yazid ibn Mu‘âwiya, désigné calife à Damas par testament de son père, et Dieu, exalté soit-Il, est plus savant.