On s’est appuyé sur ce hadith et sur d’autres du même genre pour justifier la permission de maudire Yazid ibn Muʿâwiya. C’est un avis rapporté d’Ahmad ibn Hanbal, qu’ont adopté al-Khallâl, Abû Bakr ʿAbd al-ʿAzîz, le juge Abû Yaʿlâ et son fils, le juge Abû al-Ḥusayn. Abû al-Faraj ibn al-Jawzî s’est également rangé à cet avis dans un ouvrage qu’il lui a spécifiquement consacré. D’autres savants s’y sont opposés et ont rédigé des traités à ce sujet, estimant qu’il ne fallait pas faire de la malédiction de Yazid un moyen d’atteindre son père ou l’un des Compagnons. Ils ont interprété les mauvaises actions qu’il a commises comme résultant d’un effort d’interprétation erroné de sa part.
Ils ont également soutenu qu’il fut, malgré tout, un imâm débauché (fâsiq). Or, selon l’opinion la plus reconnue chez les savants, si l’imâm tombe dans la débauche, il n’est pas destitué pour ce seul motif. Il n’est pas non plus permis de se soulever contre lui, compte tenu du risque d’enflammer la discorde, de faire couler le sang illégalement, de piller les biens et de commettre des turpitudes contre les femmes et d’autres personnes, et bien d’autres maux dont chacun dépasse de loin la gravité de sa débauche.
(1) Cela s’est produit auparavant et se poursuit jusqu’à nos jours. Quant à ce que certains rapportent, selon lequel Yazid, après avoir appris de Muslim ibn ʿUqba et de son armée ce qui était arrivé aux gens de Médine lors de l’événement de al-Ḥarra, s’en serait réjoui vivement, il faut savoir qu’il se considérait comme le détenteur du pouvoir légitime, face aux rebelles qui avaient fait allégeance à un autre chef. Il estimait donc devoir les combattre jusqu’à ce qu’ils reviennent à l’obéissance et à l’unité, ainsi que cela leur avait été annoncé par l’intermédiaire de al-Nuʿmân ibn Bashîr et de Muslim ibn ʿUqba, comme évoqué plus haut.
Le hadith authentique dit en effet : « Quiconque se présente à vous, alors que vous êtes unis, cherchant à rompre votre union, tuez-le, quel qu’il soit. » (2)
Pour ce qui est des vers qui lui sont attribués, où il se serait inspiré de la poésie d’Ibn al-Zibaʿrâ après la bataille de Uḥud, et qui disent :
« Puissent mes ancêtres à Badr avoir vu
La détresse des Khazraj sous le feu des lances,
Quand les chamelles s’installèrent dans leur campement,
Et qu’augmenta l’effusion de sang parmi ʿAbd al-Ashal,
Nous avons tué deux fois plus de leurs grands,
Et corrigé l’injustice de Badr par une injustice équivalente » (3)
Certains partisans du shiʿisme extrême y ont ajouté ce vers :
« Les Hachémites se sont joués du pouvoir,
Car il n’y eut ni royauté ni révélation descendue. »
Si Yazid ibn Muʿâwiya a réellement prononcé ces paroles, que la malédiction de Dieu soit sur lui, ainsi que celle de tous ceux qui maudissent. Mais s’il ne les a pas prononcées, que la malédiction de Dieu soit sur celui qui les lui a attribuées pour le discréditer. Nous présenterons bientôt la biographie de Yazid ibn Muʿâwiya, ce qui a été dit à son sujet, et quels actes, paroles et méfaits odieux on lui reproche, à l’occasion de l’année suivante (en effet, il ne vécut pas longtemps après l’événement de al-Ḥarra et le meurtre de Ḥusayn).