Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

« Dix mille. »

Il dit : « La bataille eut lieu alors qu’il restait trois jours de Dhou al-Hijja de l’an soixante-trois, et ils mirent Médine à sac durant trois jours. »

Al-Waqidi et Abou Maʿchar déclarèrent : « L’affrontement d’al-Harra se produisit un mercredi, alors qu’il restait deux nuits de Dhou al-Hijja de l’an soixante-trois. »

Al-Waqidi rapporta, d’après ʿAbd Allâh ibn Jaʿfar, lui-même le tenant d’ibn ʿAwn, qui dit : « Cette année-là, c’est ʿAbd Allâh ibn az-Zoubayr qui dirigea le pèlerinage, et on l’appelait “l’implorant” — c’est-à-dire l’implorant du Sanctuaire (la Kaʿba). Ils considéraient que le pouvoir devait être fondé sur la consultation (shoura). La nouvelle de la bataille d’al-Harra parvint aux gens de la Mecque la nuit du premier jour de Mouharram par Saʿid, affranchi d’al-Miswar ibn Makhrama, et ils en furent profondément affligés. Ils se préparèrent alors à combattre les gens du Cham (l’armée syrienne). »

Ibn Jarîr (1) dit : « On a rapporté l’histoire de la bataille d’al-Harra d’une autre manière que celle d’Abou Mikhnaf. Ainsi, Ahmad ibn Zouhayr me raconta, de la part de son père, qui tenait de Wahb ibn Jarîr, lequel tenait de Jouwayriya ibn Asmâ’, qui dit : “J’ai entendu des notables de Médine raconter que, lorsque la mort de Mouʿâwiya approcha, il convoqua son fils Yazîd et lui dit : ‘Les gens de Médine te feront un jour opposition. S’ils passent à l’acte, envoie-leur Muslim ibn ʿOqba, car c’est un homme dont tu connais la loyauté à notre égard.’ Puis, quand Mouʿâwiya mourut, une délégation de Médine se rendit auprès de Yazîd, parmi laquelle se trouvait ʿAbd Allâh ibn Han­zlala ibn Abî ʿÂmir — un homme noble, vertueux, éminent et pieux —, accompagné de huit de ses fils. Yazîd lui donna cent mille dirhams, et à chacun de ses fils dix mille, en plus d’une tenue vestimentaire et des montures. Ils retournèrent ensuite à Médine.

Lorsqu’ils y arrivèrent, les habitants vinrent trouver ibn Hanzala et lui demandèrent : ‘Quelles nouvelles ?’ Il répondit : ‘Je reviens de chez un homme, et par Dieu, si je ne possédais que mes fils, je partirais le combattre avec eux.’ On lui dit : ‘Pourtant, nous avons appris qu’il t’a offert biens et présents et t’a gratifié d’honneurs !’ Il répliqua : ‘C’est vrai, mais je n’ai accepté de lui que pour me donner les moyens de le combattre.’ Il incita alors les gens, qui lui prêtèrent serment. La chose parvint à Yazîd, qui envoya contre eux Muslim ibn ʿOqba.

Les habitants de Médine firent alors déverser des outres de goudron dans toutes les sources situées entre leur ville et le Cham, les rendant inutilisables. Mais Dieu fit tomber sur l’armée du Cham une pluie abondante, de sorte qu’elle put atteindre Médine sans avoir besoin de ces points d’eau. Les gens de Médine sortirent en masse, dans un état de préparation sans précédent. Voyant cela, les soldats du Cham les redoutèrent et répugnaient à les affronter, d’autant que leur chef, Muslim, était gravement malade. Alors que la bataille faisait rage, on entendit soudain des exclamations de takbîr (2) derrière les défenseurs, au cœur de Médine : la tribu de Banou Hâritha, issue de l’armée syrienne, venait de pénétrer depuis les toits. Les défenseurs de Médine prirent la fuite, et plus de gens périrent en tombant dans le fossé que tués directement.

Les assaillants entrèrent dans la ville. Quant à ʿAbd Allâh ibn Hanzala, il était adossé à un mur, plongé dans le sommeil. Son fils le réveilla ; en ouvrant les yeux et en voyant ce qui s’était produit, il ordonna à son fils aîné d’avancer au combat. Celui-ci s’élança et se battit jusqu’à la mort. Muslim ibn ʿOqba entra alors dans Médine et contraignit les gens à prêter serment d’allégeance à Yazîd ibn Mouʿâwiya, comme s’ils étaient ses serviteurs (3), disposant de leur sang, de leurs biens et de leurs familles à sa guise. »

(1) Dans son histoire (5/495). (2) De même dans Ṭ, et idem dans l'Histoire de Ṭabarī; dans A, B, on trouve : « la catastrophe ». (3) « Al-Khūl » : les serviteurs et les esclaves.
عشرة آلاف. قال: وكانت الوقعة لثلاث بقين من ذي الحجة سنة ثلاث وستين، وأنتهبوا المدينة ثلاثة أيام. قال الواقدي وأبو مَعْشر: كانت وقعة الحرَّة يوم الأربعاء لليلتين بقيتا من ذي الحجة سنة ثلاث وستين. قال الواقدي: عن عبد اللَّه بن جعفر، عن ابن عون قال: وحج بالناس في هذه السنة عبد اللَّه بن الزبير، وكانوا يسمونه العائذ -يعني العائذ بالبيت- ويرون الأمر شورى. وجاء خبر الحرَّة إلى أهل مكة ليلة مستهل المحرم مع سعيد مولى المِسْور بن مَخْرمة، فحزنوا حزنًا شديدًا، وتأهبوا لقتال أهل الشام. قال ابن جرير (١) : وقد رويت قصة الحرَّة على غير ما رواه أبو مِخْنف، فحدّثني أحمد بن زهير، حدّثنا أبي، سمعت وهب بن جرير، حدّثنا جُويرية ابن أسماء قال: سمعت أشياخ أهل المدينة يتحدثون أن معاوية لما حضرته الوفاة دعا ابنه يزيد فقال له: إن لك من أهل المدينة يومًا، فإن فعلوا فارمهم بمسلم بن عقبة فإنه رجل قد عرفت نصيحته لنا. فلما هلك معاوية وفد إلى يزيد وفد من أهل المدينة، وكان ممن وفد إليه عبد اللَّه بن حنظلة بن أبي عامر -وكان شريفًا فاضلًا سيِّدًا عابدًا- ومعه ثمانية بنين له، فأعطاه يزيد مئة ألف درهم، وأعطى بنيه كل واحد منهم عشرة آلاف سوى كسوتهم وحملانهم، ثم رجعوا إلى المدينة، فلما قدمها أتاه الناس فقالوا له: ما وراءك؟ فقال: جئتكم من عند رجل واللَّه لو لم أجد إلا بني هؤلاء لجاهدته بهم. قالوا: قد بلغنا أنه أعطاك وأحذاك وأكرمك! قال: قد فعل، وما قبلت منه إلا لأتقوى به على قتاله. ثم حضَّ الناس فبايعوه، فبلغ ذلك يزيد، فبعث إليهم مسلم بن عقبة. وقد بعث أهل المدينة إلى كل ماء بينهم وبين الشام فصبُّوا فيه زقًّا من قطران وغوَّروه، فأرسل اللَّه على جيش الشام السماء مدرارًا، فلم يستقوا حتى وردوا المدينة، فخرج أهل المدينة بجموع كثيرة وهيئة لم يُر مثلُها، فلما رآهم أهل الشام هابوهم وكرهوا قتالهم، وكان أميرهم مسلم شديد الوجع، فبينما الناس في قتالهم إذ سمعوا التكبير (٢) من خلفهم في جوف المدينة، قد أقحم عليهم بنو حارثة من أهل الشام وهم على الجدر، فانهزم الناس، فكان من أُصيب في الخندق أعظم ممن قتل، فدخلوا المدينة وعبد اللَّه بن حنظلة مستند إلى الجدار يغطُّ نومًا، فنبَّهه ابنه، فلما فتح عينيه ورأى ما صنع الناس أمر أكبر بنيه، فتقدم فقاتل حتى قتل، فدخل مسلم بن عقبة المدينة، فدعا الناس للبيعة على أنهم خول (٣) ليزيد بن معاوية، ويحكم في دمائهم وأموالهم وأهليهم ما شاء.
(١) في تاريخه (٥/ ٤٩٥). (٢) كذا في ط، ومثله في تاريخ الطبري، ووقع في أ، ب: النكبة. (٣) "الخول": الخدم والعبيد.

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