Le Commandeur des croyants m’a recommandé de te faire trancher la tête. Puis il lui dit : « Si tu veux boire, alors bois ; et si tu préfères, nous t’apporterons autre chose. » Il répondit : « Ce que je tiens dans ma main me suffit. » Il but donc. Ensuite, Muslim ibn ‘Uqba lui dit : « Lève-toi, viens t’asseoir ici. » Il l’installa avec lui sur son lit et lui déclara : « Le Commandeur des croyants m’a recommandé de veiller sur toi, mais ceux-là m’ont distrait de toi. » Puis il ajouta : « Peut-être que ta famille a été effrayée ? » Il répondit : « Oui, par Dieu ! » Alors Muslim fit seller sa monture, le fit monter dessus et le ramena honorablement chez lui.
Puis il fit venir ‘Amr ibn ‘Uthmân ibn ‘Affân – qui n’était pas parti avec les Banû Umayya – et lui dit : « Si les gens de Médine l’emportent, tu diras : “Je suis avec vous.” Et si les gens de Syrie l’emportent, tu diras : “Je suis le fils du Commandeur des croyants.” » Il ordonna ensuite qu’on lui arrache la barbe devant lui, et c’était une barbe fournie.
Al-Madâ’inî raconte que Muslim ibn ‘Uqba laissa la ville de Médine livrée au pillage pendant trois jours ; on tuait quiconque était trouvé et on s’emparait des biens. Sa‘dâ bint ‘Awf al-Murriyya lui envoya dire : « Je suis ta parente ; ordonne à tes hommes de ne pas s’en prendre à nos chamelles qui se trouvent à tel endroit. » Et lui de répliquer à ses troupes : « Commencez par saisir ses chamelles avant toute chose. »
Une femme vint alors le trouver et lui dit : « Je suis ta servante, et mon fils fait partie des prisonniers. » Il répondit : « Dépêchez-vous de l’exécuter pour elle. » On lui trancha donc la tête et il poursuivit : « Donnez-lui sa tête ! Ne te satisfais-tu pas du fait qu’il ne soit pas exécuté avant que tu ne parles de ton fils ? »
Ils s’attaquèrent aux femmes, au point que l’on rapporta qu’un millier d’entre elles seraient tombées enceintes durant ces jours-là sans être mariées. Dieu sait mieux ce qu’il en est. Al-Madâ’inî rapporte d’après Abû Qurra, qui cite Hishâm ibn Hassân : « Après la bataille de Harra, mille femmes de Médine enfantèrent sans mari. »
Un certain nombre de grands Compagnons se cachèrent, parmi eux Jâbir ibn ‘Abd Allâh. Abû Sa‘îd al-Khudrî sortit et se réfugia dans une grotte sur une montagne. Un homme de Syrie le rattrapa. Il raconta : « Quand je l’ai vu, j’ai dégainé mon épée. Il s’est dirigé vers moi et, en me voyant, il s’est résolu à me tuer. J’ai alors abaissé mon épée et j’ai dit : “﴿Je veux que tu portes mon péché et le tien et que tu sois du nombre des gens du Feu. Telle est la rétribution des injustes﴾ [Al-Mâ’ida : 29].” Quand il a vu cela, il m’a demandé : ‘Qui es-tu ?’ J’ai répondu : ‘Je suis Abû Sa‘îd al-Khudrî.’ Il dit : ‘Le Compagnon de l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction sur lui) ?’ Je lui répondis : ‘Oui.’ Il s’en alla alors et me laissa. »
Al-Madâ’inî rapporte que Sa‘îd ibn al-Musayyib fut amené devant Muslim, qui lui ordonna de prêter serment d’allégeance. Il répondit : « Je prêterai serment selon la conduite d’Abû Bakr et de ‘Umar. » Muslim ordonna alors qu’on le mette à mort, mais un homme témoigna qu’il était fou, et on le relâcha.
Al-Madâ’inî rapporte, d’après ‘Abd Allâh al-Qurashî et Abû Is hâq al-Tamîmî, que lorsque les gens de Médine furent vaincus le jour de Harra, femmes et enfants se mirent à crier. Ibn ‘Umar s’exclama : « Par ‘Uthmân, et par le Seigneur de la Ka‘ba ! »
Al-Madâ’inî dit, d’après un cheikh de Médine, qu’il interrogea al-Zuhrî : « Combien de personnes ont été tuées le jour de Harra ? » Il répondit : « Sept cents parmi les notables – des émigrés (Muhâjirîn), des Ansâr, des affranchis éminents –, et un nombre que je ne connais pas de gens libres et d’esclaves, et d’autres encore. »