Quant aux nouvelles, personne ne lui en fit part, si bien qu’il se retrouva alors isolé. Puis ‘Abd al-Malik ibn Marwân vint à lui et lui dit : « Si tu veux la victoire, descends à l’est de la ville, dans la région de la Ḥarra. Lorsque les habitants sortiront à ta rencontre, le soleil sera dans leur visage et dans ton dos. Invite-les alors à l’obéissance ; s’ils répondent favorablement, tant mieux, sinon demande l’aide de Dieu et combats-les, car Dieu te donnera la victoire sur eux, puisqu’ils se sont opposés à l’imam et ont rompu l’obéissance. »
Muslim ibn ‘Uqbah le remercia pour ce conseil et suivit sa recommandation : il s’installa donc à l’est de Médine, à la Ḥarra, et appela les habitants à faire acte d’obéissance durant trois jours, mais ils persistèrent à refuser et ne voulurent rien d’autre que la guerre. Lorsque ces trois jours furent écoulés, il s’adressa à eux le quatrième jour – un mercredi, à deux nuits de la fin de Dhû al-Ḥijja de l’an 63 (de l’Hégire) – et leur dit : « Ô habitants de Médine ! Les trois jours sont écoulés. Le Prince des croyants m’a dit que vous étiez ceux dont il est issu et son clan, et qu’il répugnait à verser votre sang. Il m’a ordonné de vous accorder un délai de trois jours, qui est maintenant révolu. Qu’allez-vous faire ? Choisissez-vous la paix ou la guerre ? »
Ils répondirent : « Nous combattrons ! » Il reprit : « Ne faites pas cela ! Optez plutôt pour la paix afin que nous concentrions notre force et notre énergie contre ce mécréant – c’est-à-dire Ibn al-Zubayr. » Ils répliquèrent : « Ô ennemi de Dieu ! Par Dieu, si tu avais vraiment souhaité cela, nous ne t’y aurions pas laissé parvenir. Voudrions-nous vous laisser partir alors que vous commettriez un sacrilège dans la Maison sacrée de Dieu ? »
Ils se préparèrent donc au combat. Ils avaient creusé un fossé entre eux et Ibn ‘Uqbah, et ils divisèrent leur armée en quatre parties, chacune placée sous la direction d’un émir. La plus importante de ces divisions était celle où se trouvait ‘Abd Allâh ibn Ḥanẓala al-Ghasîl. Une lutte acharnée éclata, puis les habitants de Médine finirent par se replier dans la ville. Il y eut beaucoup de tués dans les deux camps, parmi les notables et les dignitaires ; citons notamment ‘Abd Allâh ibn Muṭî‘, qui périt avec ses sept fils sous ses yeux, ‘Abd Allâh ibn Ḥanẓala al-Ghasîl, son demi-frère maternel Muḥammad ibn Thâbit ibn Shamâs, ainsi que Muḥammad ibn ‘Amr ibn Ḥazm. Sur le cadavre de l’un d’eux, Marwân passa et dit : « Dieu te fasse miséricorde ! Que de fois t’ai-je vu t’attarder longuement en prière, debout et en prosternation ! »
Ensuite, Muslim ibn ‘Uqbah – que les Anciens nommaient « Musrif ibn ‘Uqbah », Dieu le défigure, quel misérable vieillard et quelle ignorance ! – livra la ville au pillage durant trois jours, comme Yazîd le lui avait ordonné (que Dieu ne le récompense pas !). Il fit exécuter beaucoup de ses notables et de ses lecteurs du Coran, pilla d’importantes sommes, et fit s’abattre un grand malheur et une immense corruption, comme l’ont rapporté plusieurs personnes. Parmi ceux qui furent exécutés sous ses yeux se trouvait Ma‘qil ibn Sinân, qui avait pourtant été son ami auparavant, mais ce dernier avait prononcé à l’encontre de Yazîd des propos virulents qui lui valurent sa rancune.
Il fit convoquer ‘Alî ibn al-Ḥusayn, lequel se présenta à lui en marchant encadré par Marwân ibn al-Ḥakam et son fils ‘Abd al-Malik, espérant obtenir ainsi leur intercession et un sauf-conduit auprès de Muslim ibn ‘Uqbah. Or, il ignorait que Yazîd avait recommandé de le ménager. Une fois installé devant lui, Marwân demanda à boire – car Muslim ibn ‘Uqbah avait transporté depuis la Syrie jusqu’à Médine de la glace qu’il ajoutait à sa boisson. Quand la boisson lui fut apportée, Marwân en but un peu, puis tendit le reste à ‘Alî ibn al-Ḥusayn afin de le mettre en sécurité par ce geste, car Marwân avait de bons rapports avec lui. Cependant, lorsque Muslim ibn ‘Uqbah le vit prendre la coupe, il s’exclama : « Ne bois pas de notre boisson. » Puis il ajouta : « Si tu es venu avec ces deux-là, c’est pour que je te garantisse la sûreté grâce à eux, n’est-ce pas ? » La main de ‘Alî ibn al-Ḥusayn se mit alors à trembler, et il demeura ainsi sans la reposer ni la boire. Ensuite, il lui dit : « N’eût été… »