Depuis Médine, les Banû Umayya – [ils étaient près d’un millier d’hommes] (1) – se regroupèrent dans la demeure de Marwân ibn al-Ḥakam, et les habitants de la ville les encerclèrent pour les assiéger.
‘Alî ibn al-Ḥusayn Zayn al-‘Âbidîn se tint à l’écart des gens, de même qu‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn al-Khaṭṭâb ; ni l’un ni l’autre ne destituèrent Yazîd, pas plus que quiconque parmi la famille d’Ibn ‘Umar. Ibn ‘Umar déclara à ses proches : « Que personne parmi vous ne démette Yazîd, de peur que cela ne devienne la séparation – on rapporte aussi : aṣ-Ṣaylam – entre lui et moi. » Ce ḥadîth sera rapporté in extenso, avec sa chaîne de transmission, dans la biographie de Yazîd. Il réprouva aussi les habitants de Médine d’avoir prêté serment à Ibn Muṭî‘ et à Ibn Ḥanẓala jusqu’à la mort, en leur disant : « Nous avions prêté allégeance à l’Envoyé de Dieu (ﷺ) uniquement pour ne pas fuir. » De même, personne parmi les Banû ‘Abd al-Muṭṭalib ne démit Yazîd de ses fonctions. Quant à Muḥammad ibn al-Ḥanafiyya, interrogé à ce sujet, il refusa catégoriquement, discuta et argumenta avec eux à propos de Yazîd, réfutant ce qu’on lui attribuait au sujet de la consommation de vin et de la négligence de certaines prières, comme cela sera exposé en détail dans la biographie de Yazîd, si Dieu le veut.
Les Banû Umayya écrivirent à Yazîd pour lui exposer leur situation [le siège, l’humiliation, la faim et la soif], faisant valoir que, s’il ne dépêchait pas de secours pour les tirer de là (2), ils seraient anéantis jusqu’au dernier. Ils envoyèrent cette missive par courrier. À son arrivée, l’émissaire trouva Yazîd assis sur son trône, les pieds plongés dans l’eau pour soulager sa goutte (3). À la lecture de la lettre, Yazîd fut bouleversé et s’exclama : « Malheur à toi ! N’y a-t-il pas parmi eux mille hommes ? » L’émissaire répondit : « Si, en effet. » Yazîd reprit : « Pourquoi donc ne se sont-ils pas battus, ne serait-ce qu’une heure dans la journée ? »
Il fit ensuite convoquer ‘Amr ibn Sa‘îd ibn al-‘Âṣ, lui lut la lettre et le consulta sur la personne à dépêcher. Il lui proposa de partir lui-même, mais ‘Amr refusa, en disant : « Le Commandeur des Croyants m’a retiré cette charge alors qu’elle était bien établie et ses affaires bien réglées. Maintenant que le sang des Quraysh est versé en pleine terre, je ne souhaite pas l’assumer ; qu’un autre, plus éloigné d’eux que moi, s’en charge. » Yazîd envoya donc un courrier à Muslim ibn ‘Uqbah al-Marrî, un vieillard affaibli, qui se porta néanmoins volontaire. Yazîd dépêcha avec lui dix mille cavaliers – certains disent douze mille – et quinze mille fantassins. Il offrit à chacun cent dinars – ou, selon une autre version, quatre dinars – puis les passa en revue alors qu’il était monté sur son cheval.
Al-Madâ’inî rapporta : « Il plaça ‘Abd Allâh ibn Mas‘ada al-Fazârî à la tête des gens de Damas, Ḥuṣayn ibn Numayr as-Sakûnî à la tête de ceux de Ḥimṣ, Ḥubaysh ibn Duljah al-Qaynî pour ceux du Jourdain, Rûḥ ibn Zunbâ‘ al-Judhâmî et Sharîk al-Kinânî pour ceux de Palestine, et Ṭarîf ibn al-Ḥashḥâs al-Hilâlî pour ceux de Qinnasrîn. Il mit, enfin, tout ce monde sous le commandement de Muslim ibn ‘Uqbah al-Marrî, de Ghatafân, surnommé par les Anciens « Musrif ibn ‘Uqbah ». »
Le Nu‘mân ibn Bashîr dit alors : « Ô Commandeur des Croyants ! Confie-moi ces hommes, je m’en chargerai. » Or, Nu‘mân était le frère d‘Abd Allâh ibn Ḥanẓala par sa mère, ‘Amra bint Rawâḥa. Yazîd lui répondit : « Non. Ils n’auront d’autre responsable que… »