Ils se rendirent auprès de Yazid, qui les traita avec magnanimité, fut bienveillant envers eux et leur octroya d’importantes récompenses. Ensuite, ils retournèrent à Médine, à l’exception d’al-Mundhir ibn al-Zubayr, qui se rendit auprès de son compagnon ‘Ubayd Allah ibn Ziyad à Bassora. Yazid lui avait accordé cent mille (monnaies) comme à ses compagnons de cette délégation.
Lorsque la délégation de Médine fut de retour, ses membres se mirent à injurier Yazid et à le discréditer. Ils déclarèrent : « Nous revenons d’auprès d’un homme qui n’a point de religion, qui boit du vin et chez qui les chanteuses jouent des instruments de musique. Nous vous attestons que nous l’avons rejeté. » La population les suivit dans cette destitution, et ils prêtèrent serment de combattre jusqu’à la mort à ‘Abd Allah ibn al-Ghasil. Cependant, ‘Abd Allah ibn ‘Umar ibn al-Khattab désapprouva leur action.
Puis al-Mundhir ibn al-Zubayr revint de Bassora à Médine. Il confirma la destitution de Yazid, les informa que ce dernier buvait du vin, s’enivrait au point d’abandonner la prière et le blâma encore plus durement qu’eux. Lorsque cela parvint à Yazid, celui-ci déclara : « Ô mon Dieu, je l’ai favorisé et honoré, et voilà ce qu’il a fait. Atteins-le et venge-Toi de lui. »
Ensuite, Yazid dépêcha auprès des habitants de Médine al-Nu‘man ibn Bashir pour leur interdire ce qu’ils avaient entrepris, les mettre en garde contre son issue néfaste et leur enjoindre de retourner à l’obéissance et à l’unité de la communauté. Al-Nu‘man se mit donc en route, accomplit la mission que Yazid lui avait confiée et les menaça de la discorde. Il leur déclara : « Certes, la fitna est terrible » et : « Vous ne pourrez jamais rivaliser avec les gens du Shâm (Grande Syrie). »
Alors ‘Abd Allah ibn Muti‘ lui demanda : « Qu’est-ce qui te pousse, ô Nu‘man, à diviser notre communauté et à défaire ce que Dieu avait refait de nos affaires ? » Al-Nu‘man répondit : « Par Dieu, c’est comme si je te voyais abandonner plus tard les choses auxquelles tu appelles aujourd’hui, tandis que des hommes, dressés sur leurs étriers, frapperaient le sommet de la tête et le front des gens avec leurs épées, et que la meule de la mort tournerait entre les deux camps. Alors, tu presserais ta monture vers moi, laissant derrière toi ces pauvres gens — il voulait dire les Ançâr — se faire massacrer dans leurs rues, leurs mosquées et sur le pas de leurs portes. » Mais la population ne l’écouta pas et ne lui obéit point ; il s’en retourna et, par Dieu, tout se passa exactement comme il l’avait annoncé.
Ibn Jarir (2) rapporte : « Cette année-là, al-Walid ibn ‘Utba mena le pèlerinage des gens. » C’est ce qu’il a dit, mais son propos prête à discussion. En effet, si al-Walid était compris dans la délégation des habitants de Médine qui revinrent de chez Yazid, celui qui aurait alors été délégué n’est autre que ‘Uthman ibn Muhammad ibn Abi Sufyan. Et s’il est vrai qu’al-Walid mena le pèlerinage cette année-là, la délégation de Médine ne parvint à Yazid qu’au tout début de l’an soixante-trois, ce qui semble plus vraisemblable. Dieu sait mieux.
Parmi les notables décédés au cours de cette même année figure Burayda ibn al-Husayb al-Aslami (3). Il embrassa l’islam lorsque le Messager de Dieu (ﷺ) passa près de lui, alors qu’il émigrait vers Médine, à