«Musulmans» (1). C’est-à-dire : «lorsque Tu nous feras mourir». Il se peut qu’il (Youssouf – que la paix soit sur lui) ait demandé cela à l’heure de sa mort, tout comme le Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) demanda, lorsqu’il fut à l’agonie, que son âme soit élevée vers la plus haute assemblée et la compagnie des justes parmi les prophètes et les messagers, ainsi qu’il déclara : «Ô Dieu, au plus haut compagnon» (2), par trois fois, avant de rendre l’âme.
Il est également possible que Youssouf (que la paix soit sur lui) ait souhaité obtenir la mort sur l’islam, en pleine santé et sécurité, et que cela fût permis dans leur loi et leur législation. Il est rapporté qu’Ibn ‘Abbâs a dit : «Jamais un prophète n’avait souhaité la mort avant Youssouf» (3).
Quant à notre législation, il est interdit d’invoquer la mort sauf en cas de grandes épreuves, comme il apparaît dans le hadith de Mu‘âdh, dans l’invocation rapportée par Ahmad (4) : «Et si Tu veux éprouver un peuple, fais-nous mourir auprès de Toi sans que nous soyons tentés.» Dans un autre hadith, il est dit : «Ô fils d’Adam, la mort est meilleure pour toi que la tentation.» Marie (que la paix soit sur elle) dit également : «Plût à Dieu que je fusse morte avant cela et que je fusse un objet totalement oublié» [Maryam, 23]. ‘Alî ibn Abî Tâlib, pour sa part, désira la mort quand les affaires devinrent graves, que les troubles s’amplifièrent, que les combats s’intensifièrent et que les propos se multiplièrent. De même, l’imam Al-Boukhârî, Abou ‘Abd Allâh, auteur du recueil authentique, formula le souhait de mourir quand la situation lui devint insupportable et qu’il subit l’hostilité de ses opposants.
En revanche, lorsqu’une personne se trouve en situation de bien-être, Al-Boukhârî et Mouslim rapportent dans leurs recueils authentiques, d’après Anas ibn Mâlik, que le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) a déclaré : «Qu’aucun de vous ne souhaite la mort à cause d’un mal qui l’atteint ; car s’il est bienfaisant, il peut encore augmenter ses bonnes actions, et s’il est fautif, il peut encore se repentir. Qu’il dise plutôt : “Ô Dieu, fais-moi vivre tant que la vie est un bien pour moi, et fais-moi mourir lorsque la mort est un bien pour moi”» (5). Le mal (ḍurr) visé ici se rapporte à ce qui affecte la santé du serviteur, comme la maladie ou ce qui y ressemble, non à son état religieux. Il apparaît donc que le Prophète de Dieu Youssouf (que la paix soit sur lui) formula cette demande soit au moment de son trépas, soit pour qu’elle s’accomplît le moment venu.
Ibn Ishâq a rapporté des Gens du Livre que Ya‘qoûb vécut dix-sept ans en Égypte auprès de Youssouf, avant de décéder (que la paix soit sur lui). Il avait enjoint à Youssouf (que la paix soit sur lui) de l’enterrer auprès de ses pères, Ibrâhîm et Ishâq. As-Suddî a indiqué que Youssouf patienta, puis le transporta vers le pays du Shâm et l’inhuma dans la caverne où reposaient son père Ishâq et son grand-père, l’Ami intime (Ibrâhîm – que la paix soit sur lui).
Les Gens du Livre rapportent que l’âge de Ya‘qoûb, au moment de son arrivée en Égypte, était de cent trente ans. Selon eux, il y demeura dix-sept ans. Pourtant, ils affirment que sa durée de vie totale atteignit cent quarante ans. C’est ce qui figure textuellement dans leur livre ; c’est une erreur soit de leur part, soit dans la copie qu’ils possèdent, ou bien ils ont omis la fraction de l’âge. Or, ce n’est pas dans leurs habitudes pour des points bien plus importants que celui-ci : comment alors peuvent-ils employer une telle estimation ?