Elle mit donc au monde là-bas un enfant qu’on appela « Sughdi »(1). L’épouse du seigneur du Soghd lui envoya alors sa couronne en or et ornée de perles.
Auparavant, les musulmans ne passaient pas l’hiver dans ces contrées. C’est ainsi que Salm ibn Ziyad y hiverna et dépêcha Al-Muhallab ibn Abî Sufra dans cette ville qui appartenait aux Turcs (Khwarizm). Il les assiégea jusqu’à ce qu’ils concluent avec lui un accord pour un peu plus de vingt millions. Il leur prenait alors leurs marchandises en contrepartie, en les achetant à la moitié de leur prix. Cela atteignit en valeur totale cinquante millions. Grâce à cela, Al-Muhallab gagna la faveur de Salm ibn Ziyad. Puis, il envoya à Yazîd ibn Mu‘âwiya, par l’intermédiaire du Marzban et d’une délégation, une partie des biens qu’il avait sélectionnés. Lors de cette même campagne, Salm conclut un pacte avec les habitants de Samarkand pour une somme considérable.
Cette année-là, Yazîd démit ‘Amr ibn Sa‘îd de l’administration des Deux Lieux Saints et nomma de nouveau Al-Walîd ibn ‘Utba ibn Abî Sufyân comme gouverneur de Médine. En effet, lorsque ‘Abd Allâh ibn Az-Zubayr apprit le meurtre d’Al-Husayn, il se mit à discourir devant les gens, soulignant la gravité de la mort d’Al-Husayn et de ses compagnons, et blâmant les gens de Koufa et d’Irak pour l’avoir abandonné. Il faisait l’éloge d’Al-Husayn et maudissait ceux qui l’avaient tué, disant : « Par Dieu, ils ont tué un homme qui priait longuement la nuit et jeûnait souvent le jour. Par Dieu, il ne troquait pas le Coran contre les chants et les divertissements, il ne délaissait pas les larmes de crainte de Dieu pour des futilités et des refrains, il ne laissait pas le jeûne pour se livrer au vin et à la consommation de biens illicites, et il n’échangeait pas les cercles de rappel contre la chasse » — faisant allusion par là à Yazîd ibn Mu‘âwiya — « ils connaîtront le malheur. »
Il incita donc les gens contre les Banû Umayya, les pressant de s’opposer à eux et de destituer Yazîd. Un grand nombre de personnes lui prêtèrent secrètement allégeance et le supplièrent de se déclarer ouvertement, ce qui lui était impossible en présence de ‘Amr ibn Sa‘îd, étant donné sa sévérité, tempérée cependant d’une certaine indulgence. Il avait également correspondu avec les habitants de Médine et d’autres encore. Les gens se mirent à dire : « Étant donné qu’Al-Husayn a été tué, plus personne ne rivalise avec Ibn Az-Zubayr. » Lorsque Yazîd l’apprit, il en fut profondément touché. On lui rapporta qu’‘Amr ibn Sa‘îd, s’il l’eût voulu, aurait pu lui envoyer la tête d’Ibn Az-Zubayr ou l’assiéger jusqu’à ce qu’il quitte le sanctuaire sacré. Yazîd le révoqua et désigna Al-Walîd ibn ‘Utba cette même année — on dit au début de Dhou Al-Hijja — pour conduire le pèlerinage.
Yazîd jura : « Ibn Az-Zubayr viendra à moi enchaîné dans de l’argent », et il dépêcha ce nécessaire par un courrier exprès, accompagné d’un burnous de soie, afin d’accomplir son serment. Lorsque le courrier passa par chez Marwân, alors à Médine, et l’informa de sa mission ainsi que de la chaîne qu’il transportait, Marwân récita ces vers(3) :
« Prends-la donc, car jamais homme fier ne saurait l’accepter,
Elle renferme pour qui s’humilie maint propos.
Ô ‘Âmir, voilà qu’ils t’imposent une démarche,
Et c’est comme filer la laine chez tes voisins.
Je te vois, si tu étais parmi eux un homme sincère,
Ils te diraient à la cruche : “Va, reviens, et puise !.” »