C’est ainsi qu’al-Tabarânî l’a rapportée dans la biographie d’al-Husayn dans son « Muʿjam al-Kabîr » (1). Cela est toutefois étrange, car il est notoire que ces paroles seraient attribuées au poète al-Farazdaq à propos de ‘Alî ibn al-Husayn et non de son père. Cela paraît en effet plus plausible, puisque al-Farazdaq ne rencontra al-Husayn qu’alors que celui-ci se rendait au ḥajj, tandis qu’al-Husayn partait vers l’Irak. Al-Husayn interrogea alors al-Farazdaq au sujet des gens, et celui-ci rapporta ce dont il a été question plus haut. Puis al-Husayn fut tué quelques jours à peine après l’avoir quitté. Quand donc l’aurait-il vu accomplir la circumambulation autour de la Kaʿba ? Dieu est plus Savant.
Hishâm a rapporté d’après ‘Awâna que ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd dit à ‘Umar ibn Sa‘d : « Où est la lettre que je t’ai écrite au sujet du meurtre d’al-Husayn ? » Il répondit : « J’ai exécuté ton ordre et la lettre s’est perdue. » Ibn Ziyâd lui répliqua : « Tu vas certainement la rapporter ! » Il dit : « Elle s’est perdue. » — « Par Dieu, tu la rapporteras ! » poursuivit Ibn Ziyâd. Il répondit : « Par Dieu, elle a été abandonnée pour que les vieilles femmes de Quraysh la lisent : je m’en justifie auprès d’elles à Médine. Par Dieu, je t’ai conseillé à propos d’al-Husayn d’un conseil qui, s’il avait été adressé à Sa‘d ibn Abî Waqqâṣ, m’aurait acquitté de mon devoir envers lui. » ‘Uthmân ibn Ziyâd, frère de ‘Ubayd Allâh, s’exclama : « Par Dieu, ‘Umar dit vrai ! J’aurais souhaité, par Dieu, qu’il n’y ait au sein des Banû Ziyâd aucun homme qui ne porte un anneau au nez (2) jusqu’au Jour de la Résurrection et que Husayn ne fût pas tué. » Il est dit ensuite : « Par Dieu, ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd ne lui reprocha nullement [ces propos] (3). »
[Chapitre consacré à quelques-uns de ses poèmes qui ont été rapportés de lui]
Parmi ceux-ci figure ce qu’Abû Bakr ibn Kâmil a cité de la part de ‘Abd Allâh ibn Ibrâhîm, en précisant qu’il s’agirait de vers attribués à al-Husayn ibn ‘Alî ibn Abî Tâlib :
« Fais-toi suffire du Créateur plutôt que de la créature,
tu fermeras ainsi [la porte] aux menteurs comme aux sincères.
Demande ta subsistance au Tout Miséricordieux, par Sa Grâce,
car nul autre que Dieu n’est pourvoyeur.
Quiconque pense que ce sont les gens qui l’enrichissent
ne s’en remet point vraiment au Tout Miséricordieux.
Ou croit que l’argent provient de sa seule acquisition :
il verra ses sandales glisser depuis une hauteur (4). »
Al-A‘mash rapporte ces propos attribués à al-Husayn ibn ‘Alî :
« Chaque fois qu’on ajoute de la richesse à un homme fortuné,
on ajoute à ses soucis et à ses occupations.
Nous te connaissons, ô toi qui perturbes la vie,
ô demeure de toute âme éphémère et de toute calamité !
Celui qui désire embrasser l’ascèse ne peut en goûter la pureté
s’il est accablé du fardeau d’une grande famille (5). »