Il les éleva alors sur le trône, c’est-à-dire qu’il les fit asseoir avec lui sur son siège : « Et ils tombèrent prosternés devant lui » (Coran 12:100). Autrement dit, son père, sa mère et ses onze frères se prosternèrent devant lui en signe de vénération et d’honneur. Cela était permis à leur époque, et cette pratique resta en usage dans toutes les législations antérieures, jusqu’à ce qu’elle fût interdite dans la nôtre.
Puis Joseph dit : « Ô mon père, voici l’interprétation de mon rêve d’autrefois » (Coran 12:100), c’est-à-dire l’explication du songe que je t’avais raconté, lorsque j’avais vu en vision les onze astres ainsi que le soleil et la lune se prosterner devant moi. Tu m’avais alors ordonné de garder ce rêve secret et m’avais promis ce que tu m’as promis. « Mon Seigneur l’a réalisé, et Il m’a fait grâce en me faisant sortir de prison » (Coran 12:100), après la tristesse et la détresse. Il me désigna gouverneur, disposant de tout pouvoir en terre égyptienne, comme je le voulais.
« Et Il vous a fait venir de la steppe » (Coran 12:100), c’est-à-dire du désert, puisqu’ils habitaient la terre d’al-‘Arabât, dans la région d’al-Khalîl, « après que le Diable eut semé la discorde entre moi et mes frères » (Coran 12:100), en référence à ce qu’ils avaient commis contre moi, comme cela a déjà été mentionné.
Ensuite il dit : « Mon Seigneur est d’une infinie délicatesse dans ce qu’Il veut » (Coran 12:100), c’est-à-dire que lorsqu’Il décrète une chose, Il en prépare et facilite les causes, par des voies que les hommes ne peuvent imaginer. Il les arrange par Sa finesse d’exécution et Sa grande puissance. « Il est l’Omniscient, le Sage » (Coran 12:100), Il sait parfaitement toute chose et agit avec sagesse dans Sa création, Sa législation et Ses décrets.
Selon les Gens du Livre, Joseph vendit aux Égyptiens et à d’autres leurs provisions de nourriture, qu’il détenait sous son autorité, contre tout leur or et leur argent, leurs biens immobiliers et leur mobilier, ainsi que tout ce qu’ils possédaient, au point de se vendre eux-mêmes et de devenir esclaves. Ensuite Joseph leur rendit leurs terres et les affranchit, à condition qu’ils travaillent et que le cinquième de leurs récoltes et de leurs fruits soit donné au roi. Cela devint une coutume parmi les habitants d’Égypte après lui.
Al-Tha‘labî rapporte que Joseph ne se rassasiait pas durant ces années de pénurie afin de ne pas oublier ceux qui avaient faim, et qu’il ne prenait qu’un seul repas au milieu de la journée. Il ajoute que les rois ont suivi son exemple en cela. Je précise pour ma part que le Commandeur des croyants, ‘Umar ibn al-Khaṭṭâb (qu’Allâh l’agrée), ne s’est pas rassasié durant l’« année de la cendre » (année de la grande famine), jusqu’à ce que la sécheresse disparût et que l’abondance revînt. Ash-Shâfi‘î rapporte qu’après la fin de cette pénurie, un bédouin dit à ‘Umar : « Elle s’est éloignée de toi, et tu es vraiment le fils d’une femme libre. »
Quand Joseph vit sa situation devenir prospère et stable, il sut que ce monde n’était pas un séjour définitif et que tout ce qui s’y trouve est destiné à périr. Après l’accomplissement, il n’est d’autre issue que la diminution. À ce moment-là, il loua son Seigneur comme Il en est digne, reconnut Sa grande bienveillance et Sa grâce, et Lui demanda – car Il est le meilleur à qui l’on puisse s’adresser – de le rappeler à Lui (c’est-à-dire au moment de sa mort) en état d’Islam et de l’unir à Ses serviteurs vertueux. Ainsi dit-on dans l’invocation : « Ô Seigneur, fais que nous vivions en musulmans et fais-nous mourir (en étant soumis). »