Ibn Lahīʿa a rapporté, d’après Abū Qabīl al-Maʿāfirī, que le soleil s’était éclipsé ce jour-là au point que les étoiles apparurent à midi. Et lorsque la tête de Ḥusayn fut introduite dans le palais de l’émirat, on raconte que les murs se mirent à ruisseler de sang, que la terre s’obscurcit pendant trois jours, et qu’aucun safran ni wars (plante tinctoriale) présents ce jour-là ne purent être touchés sans brûler au contact. On dit aussi qu’aucune pierre de Bayt al-Maqdis ne fut soulevée sans laisser voir en dessous du sang frais (1). Quant aux chameaux d’al-Ḥusayn qu’ils abattirent puis cuisirent, leur viande devint aussi amère que l’alqom. Il existe bien d’autres récits mensongers et hadiths forgés dont rien n’est valide.
Pour ce qui est des récits sur les éventements et les épreuves qui frappèrent ceux qui l’avaient tué, la plupart sont authentiques : il était rare que quelqu’un parmi ceux qui l’avaient assassiné échappât à un fléau ou à un malheur sur terre ; chacun fut atteint par une maladie avant de mourir, et la plupart furent frappés de folie.
Au sujet de la description du martyre de Ḥusayn, il existe beaucoup de récits mensongers et de propos infondés. Ce que nous en avons rapporté suffit déjà. Certains détails que nous avons mentionnés restent à examiner ; et si Ibn Jarīr et d’autres savants et imams ne les avaient pas évoqués, je ne les aurais pas mentionnés. La plupart proviennent d’Abū Mikhnaf Lūṭ ibn Yaḥyā, qui était chiite et dont les hadiths sont considérés faibles par les imams (2). Cependant, il était un rapporteur (akhbārī) érudit qui possédait, à propos de ces événements, des informations que d’autres ne connaissaient pas. C’est pourquoi nombre d’auteurs postérieurs dans ce domaine ont repris ses récits. Dieu est plus savant.
Les Râfidites (chiites extrêmes) commirent d’importants excès sous la dynastie des Banū Būyah – aux alentours de l’an 400 (de l’Hégire) et peu après. Ainsi, à Bagdad et dans les contrées voisines, le jour de ʿĀshūrāʾ, on faisait battre les “dabadib” (3). On répandait de la cendre et de la paille dans les rues et les marchés, on accrochait des habits de toile grossière (4) aux boutiques, et les gens paraissaient dans la tristesse et les pleurs. Beaucoup d’entre eux s’abstenaient de boire de l’eau durant cette nuit pour compatir avec Ḥusayn, tué alors qu’il souffrait de soif. Puis les femmes sortaient le visage découvert, pleurant et se frappant le visage et la poitrine, pieds nus dans les marchés… et bien d’autres innovations répréhensibles, passions détestables et pratiques inventées, visant en réalité à dénigrer l’État omeyyade, puisque Ḥusayn fut tué sous son règne.
[De leur côté, les nâṣibites de Syrie (Ahl ash-Shām), adversaires des Râfidites et des chiites, s’opposèrent à eux le jour de ʿĀshūrāʾ : ils faisaient cuire des céréales, se lavaient, se parfumaient, revêtaient leurs plus beaux vêtements et considéraient ce jour comme une fête, au cours de laquelle ils préparaient différents plats et manifestaient joie et réjouissance, dans le simple but de contredire et de défier les Râfidites] (5).
Ils justifièrent le meurtre de Ḥusayn en disant qu’il était venu diviser la parole des musulmans alors qu’ils étaient unis, et renverser celui à qui les gens avaient prêté serment et autour duquel ils s’étaient rassemblés. D’ailleurs, le Ṣaḥīḥ Muslim rapporte un hadith qui interdit et met en garde contre une telle démarche, et en formule la menace.