« Sur un bouclier. Par Dieu, je ne tardai guère avant d’entrer auprès d’al-Mukhtâr ibn Abî ʿUbayd, et voici que la tête dʿUbayd Allâh ibn Ziyâd se trouvait devant al-Mukhtâr, sur un bouclier. [Et par Dieu, je ne tardai guère avant d’entrer auprès de Musʿab ibn al-Zubayr, et voici que la tête d’al-Mukhtâr se trouvait devant lui, sur un bouclier]. (1)
Et par Dieu, je ne tardai guère avant d’entrer auprès de ʿAbd al-Malik ibn Marwân, et voici que la tête de Musʿab ibn al-Zubayr se trouvait devant lui, sur un bouclier.
Abû Jaʿfar Ibn Jarîr al-Tabarî a dit dans son « Târîkh » : « Zakarîyâ ibn Yaḥyâ al-Ḍarîr m’a rapporté : Aḥmad ibn Jinâb al-Maṣṣîṣî nous a rapporté : Khâlid ibn Yazîd ibn (3) ʿAbd Allâh al-Qasrî nous a rapporté : ʿAmmâr al-Duhnî nous a rapporté, disant : “J’ai dit à Abû Jaʿfar : ‘Raconte-moi le récit du meurtre de al-Ḥusayn comme si j’y avais assisté.’ Il répondit :
‘Al-Ḥusayn se rendit auprès de Muslim ibn ʿAqîl après avoir reçu de lui une lettre l’invitant à venir à sa rencontre. Lorsqu’il ne fut plus qu’à trois milles de la Qâdisiyya, al-Ḥurr ibn Yazîd al-Tamîmî le croisa et lui demanda : ‘Où comptes-tu aller ?’ Il répondit : ‘Je me rends dans cette cité.’ Al-Ḥurr lui dit : ‘Fais demi-tour, car je n’ai laissé derrière moi rien de bon à espérer pour toi.’ Al-Ḥusayn envisagea alors de rebrousser chemin. Or, il était accompagné des frères de Muslim ibn ʿAqîl, qui déclarèrent : ‘Par Dieu, nous ne rebrousserons pas chemin tant que nous n’aurons pas vengé notre frère ou que nous ne serons pas tués.’ Al-Ḥusayn leur dit : ‘Il n’y a aucun bien à vivre après vous.’ Il poursuivit donc sa route et fut intercepté par les premières troupes de cavalerie envoyées par Ibn Ziyâd. En voyant cela, il se détourna (4) vers Karbalâ’, adossa son dos à des cannes de roseau (5), afin de combattre d’une seule direction. Il s’arrêta et dressa ses tentes. Ses compagnons étaient quarante-cinq cavaliers et cent fantassins.
ʿUmar ibn Saʿd ibn Abî Waqqâṣ avait reçu de la part d’Ibn Ziyâd la gouvernance de Rayy avec un mandat. Ibn Ziyâd lui dit : “Débarrasse-moi de cet homme, puis va reprendre tes fonctions.” ʿUmar répondit : “Exempte-m’en.” Mais Ibn Ziyâd refusa. ʿUmar répliqua : “Accorde-moi la nuit.” Il la passa à réfléchir, puis, au matin, se présenta à lui en se soumettant à ses ordres. ʿUmar ibn Saʿd se mit donc en route contre al-Ḥusayn, et lorsqu’il l’eut rejoint, al-Ḥusayn lui dit : “Choisis (6) l’une de ces trois options : laisse-moi retourner là d’où je suis venu, ou bien laisse-moi rejoindre Yazîd, ou encore laisse-moi partir défendre les frontières.” ʿUmar accepta, mais écrivit à ʿUbayd Allâh ibn Ziyâd, qui répondit : “Non, et point de bienfait pour lui tant qu’il n’aura pas placé sa main dans la mienne.” Al-Ḥusayn s’exclama : “Non, par Dieu, jamais cela ne sera.” Alors ils l’attaquèrent. Tous les compagnons d’al-Ḥusayn furent tués, parmi lesquels une dizaine de ses proches parents. Une flèche atteignit l’un de ses fils, qui reposait sur ses genoux. Il essuya le sang en disant : “Ô Dieu, juge entre nous et un peuple qui nous a appelés à l’aide pour ensuite nous tuer.”
Ensuite, il demanda qu’on lui remit une ḥabara (7), la déchira, la revêtit, puis sortit l’épée à la main. Il combattit jusqu’à ce qu’il fût tué. Celui qui l’occit était un homme de Madhḥij, qui lui trancha la tête, l’apporta à Ibn Ziyâd et déclama :
‘Décorez ma monture avec de l’argent et de l’or, / car j’ai tué le roi qui vivait dans l’isolement.’ »