Mon grand-père, par ma vie ! Nul ne croit en Dieu et au Jour dernier sans reconnaître qu’il n’existe pour nous aucun égal ni rival au Messager de Dieu. Seulement, cet homme a été induit en erreur par son manque de compréhension ; il n’a pas lu la parole de Dieu : « Dis : “Ô Dieu, Maître de la Royauté ! Tu donnes la royauté à qui Tu veux et Tu arraches la royauté à qui Tu veux” » (Sourate Âl-ʿImrân, 3 : 26), ainsi que Sa parole, exalté soit-Il : « Et Dieu accorde Sa royauté à qui Il veut » (Sourate al-Baqara, 2 : 247).
Lorsque les femmes furent introduites auprès de Yazîd, Fâtima bint al-Husayn – qui était plus âgée que Sukayna – lui dit : « Ô Yazîd ! Les filles du Messager de Dieu (ﷺ) sont captives ! » Yazîd répondit : « Ô fille de mon frère, je répugnais à cela. » Elle dit : « Par Dieu, ils ne nous ont même pas laissé un simple bijou (1). » Il répliqua : « Ô fille de mon frère, ce qui vous est arrivé est bien plus lourd que tout ce qu’on vous a pris. » Puis il les fit installer dans sa propre demeure. Ensuite, il envoya demander à chacune d’elles : « Qu’est-ce qui vous a été enlevé ? » Et aucune ne mentionna quoi que ce fût, si insignifiant soit-il, sans qu’il ne le leur double.
Hishâm raconta, d’après Abû Mikhnaf, qui le tenait de Abû Ḥamza ath-Thumâlî, lui-même d’après ʿAbd Allâh ath-Thumâlî, d’après al-Qâsim ibn Bukhayt (2) : Quand la délégation de Koufa arriva avec la tête d’al-Husayn, ils pénétrèrent dans la mosquée de Damas. Marwân ibn al-Ḥakam leur demanda : « Qu’avez-vous fait ? » Ils répondirent : « Dix-huit hommes sont venus vers nous, et par Dieu, nous en avons fini avec eux tous. Voilà leurs têtes et leurs captives. » Marwân se leva alors et s’en alla. Son frère Yaḥyâ ibn al-Ḥakam vint à son tour et leur adressa la même question. Ils lui répétèrent ce qu’ils avaient dit auparavant. Il leur dit : « Vous vous êtes privés de l’intercession de Muḥammad (ﷺ) au Jour de la Résurrection. Jamais je ne m’associerai à vous en quoi que ce soit. » Puis il se leva et partit. Il ajouta : « Lorsque les habitants de Médine apprirent la mort d’al-Husayn, les femmes des Banû Hâshim pleurèrent et le déplorèrent (3). »
On rapporte que Yazîd consulta les gens au sujet de ces captives. Certains, qu’Allah les enlaidisse, dirent : « Ô Commandeur des croyants ! Ne garde pas en vie le chiot d’un chien mauvais : tue ʿAlî ibn al-Husayn, afin qu’il ne reste personne de la descendance d’al-Husayn. » Yazîd garda le silence. Puis an-Nuʿmân ibn Bashîr intervint : « Ô Commandeur des croyants ! Agis avec eux comme l’aurait fait le Messager de Dieu (ﷺ) s’il les avait vus dans cette situation. » Yazîd fut alors pris de compassion à leur égard et les envoya aux bains, leur accorda vêtements, dons et nourriture, et il les logea chez lui.
Cela réfute le propos des Râfidha prétendant qu’on les aurait chargées sur les dos des chameaux, captives et dénudées, au point que certains d’entre eux ont menti en affirmant que les bosses des dromadaires (al-bakhâtî) ne seraient apparues que ce jour-là, pour couvrir leurs nudités par devant et par derrière.
Ensuite, Ibn Ziyâd écrivit à ʿAmr ibn Saʿîd – gouverneur des Deux Lieux Saints – pour lui annoncer la mort d’al-Husayn. ʿAmr ordonna alors au crieur public de le proclamer. Quand les femmes des Banû Hâshim l’apprirent, elles élevèrent la voix en pleurs et en lamentations. ʿAmr ibn Saʿîd dit : « C’est en contrepartie des pleurs des femmes de ʿUthmân ibn ʿAffân. »
ʿAbd al-Malik ibn ʿUmayr a rapporté : « Je suis entré auprès de ʿUbayd Allâh ibn Ziyâd et la tête d’al-Husayn ibn ʿAlî se trouvait devant lui… »