Ô Commandeur des croyants ! [Tu jouis d’une autorité : tu peux invectiver l’oppresseur et le dominer par ton pouvoir.] Elle dit : « Par Dieu, on aurait dit qu’il éprouvait de la gêne et il se tut. » Puis cet homme se leva et déclara : « Ô Commandeur des croyants (1), fais-moi don de celle-ci. » Yazid lui répondit : « Éloigne-toi ! Puisse Dieu t’accorder une fin qui tranche [ta vie]. »
Yazid ordonna ensuite à an-Nuʿmân ibn Bashîr d’envoyer avec elles un homme sûr, accompagné de cavaliers et de soldats, pour qu’ils se rendent à Médine ; ‘Alî ibn al-Husayn se trouvait parmi elles. Puis il fit installer les femmes dans son harem, au sein de la demeure du califat. Les femmes de la famille de Muʿâwiya vinrent les accueillir en pleurant et en se lamentant sur al-Husayn, puis elles tinrent la cérémonie de deuil pendant trois jours. Yazid ne prenait ni son déjeuner ni son dîner sans la présence de ‘Alî ibn al-Husayn et de son frère ‘Umar ibn al-Husayn. Un jour, il dit à ‘Umar ibn al-Husayn – qui était alors très jeune : « Combattras-tu celui-ci ? » (faisant allusion à son fils Khâlid ibn Yazid, dans l’intention de le taquiner). Il répondit : « Donne-moi un couteau et donne-lui un couteau, afin que nous nous combattions. » Yazid le serra alors contre lui en disant : « Voilà un trait que je reconnais d’Akhzam (2) : la vipère n’engendre-t-elle pas une vipère ? »
Lorsque Yazid les congédia, il dit à ‘Alî ibn al-Husayn : « Que Dieu enlaidisse Ibn Sumayya ! Par Dieu, si j’avais eu à disposition le père qui est le tien, il n’aurait rien demandé sans que je ne le lui accorde. J’aurais repoussé la mort de lui autant que je l’aurais pu, fût-ce au prix de sacrifier quelques-uns de mes enfants. Mais Dieu a décrété ce que tu vois. » Ensuite, il leur fournit provisions et vêtements en abondance, et remit à ce messager des instructions leur assurant sa sollicitude, en lui disant : « Écris-moi pour toute chose dont tu auras besoin. » Le messager envoyé par Yazid les suivait ainsi à bonne distance, veillant sur eux jusqu’à leur arrivée à Médine.
Fâtima bint ‘Alî raconta : « Je dis alors à ma sœur Zaynab : “Cet homme qui nous accompagne a eu un comportement exemplaire envers nous. Ne voudrions-nous pas le récompenser ?” Elle me répondit : “Par Dieu, nous n’avons rien à lui offrir si ce n’est nos bijoux.” Je lui proposai de les lui donner. Je pris donc mes bracelets et mes deux bracelets de chevilles, tandis qu’elle prit ses propres bracelets et ses deux bracelets de chevilles. Nous les lui envoyâmes en nous excusant, en disant : “Voici en retour de la bienveillance dont tu as fait preuve envers nous.” Il répondit : “Si je n’avais fait cela que pour la récompense en ce monde, ce que vous m’envoyez me suffirait amplement. Mais, par Dieu, je ne l’ai fait que pour Dieu le Très-Haut et à cause de votre lien de parenté avec le Messager de Dieu (ﷺ).” »
On rapporte également que, lorsque Yazid vit la tête d’al-Husayn, il déclara : « Savez-vous pourquoi le fils de Fâtima a été défait, ce qui l’a poussé à agir ainsi et à connaître ce destin ? » Ils répondirent par la négative. Il dit : « Il prétendait que son père est meilleur que le mien, que sa mère, Fâtima, fille du Messager de Dieu (ﷺ), est supérieure à la mienne, que son grand-père le Messager de Dieu est meilleur que le mien, et qu’il est lui-même meilleur que moi et plus en droit que moi de détenir cette affaire. Quant à sa prétention selon laquelle son père est supérieur au mien, mon père avait déjà débattu devant Dieu (Exalté soit-Il) avec le sien, et tout le monde sait bien en faveur de qui s’est prononcé le jugement… »