Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Sa tante lui dit : « Ô fils de Ziyâd ! Cela ne te suffit-il pas, ce que tu nous as infligé ? Ne t’es-tu pas rassasié de notre sang ? As-tu laissé parmi nous un seul survivant ? » Elle l’étreignit et dit : « Je t’en conjure par Dieu, si tu l’as tué, alors tue-moi avec lui. » Ali l’appela et dit : « Ô fils de Ziyâd ! S’il y a entre toi et elles un lien de parenté, envoie avec elles un homme pieux qui les traitera selon la conduite de l’islam. »

Il les regarda alors un instant, puis regarda les gens et déclara : « Quelle chose étrange que ce lien de parenté ! Par Dieu, je pense qu’elle aurait souhaité, si je l’avais tué, que je la tue également avec lui. Laissez partir ce jeune homme. Va avec tes femmes. » (1)

Ensuite, Ibn Ziyâd ordonna qu’on prépare les femmes, les enfants et les filles de Husayn pour être envoyés à Yazîd. Il ordonna aussi qu’on mette un carcan autour du cou d’Ali ibn al-Husayn, et il les confia à Mahfizz ibn Thahlaba al-‘Â’idhî (2) – de la branche ‘Â’idah des Quraysh – ainsi qu’à Shimr ibn Dhî al-Jawshan (que Dieu le maudisse). Lorsqu’ils arrivèrent à la porte de Yazîd ibn Mu‘âwiyah, Mahfizz ibn Thahlaba éleva la voix et dit : « C’est Mahfizz ibn Thahlaba qui a amené au Commandeur des croyants ces gens vils et pernicieux. » Yazîd ibn Mu‘âwiyah lui répondit : « La mère de Mahfizz n’a pas enfanté de plus mauvais ni de plus méprisable. »

Lorsque les têtes et les femmes entrèrent auprès de Yazîd, il fit appeler les notables du Shâm et les fit asseoir autour de lui. Puis il convoqua Ali ibn al-Husayn, les enfants et les femmes de Husayn, et on les introduisit devant lui sous le regard de tous. Il s’adressa alors à Ali ibn al-Husayn en disant : « Ô Ali ! Ton père a rompu mon lien de parenté, méconnu mon droit et contesté mon autorité. Dieu a donc agi envers lui comme tu le vois. » Ali répondit : « “Aucune calamité n’atteint la terre ni vos personnes sans qu’elle ne soit inscrite dans un Livre avant que Nous ne la fassions advenir.” (Al-Hadîd, 32). » Alors Yazîd dit à son fils Khâlid : « Réponds-lui. » Mais Khâlid ne sut que dire, si bien que Yazîd lui souffla : « Dis : “Tout malheur qui vous frappe est dû à ce que vos mains ont acquis. Et Il pardonne beaucoup.” (Ach-Chûrâ, 30). »

Il se tut alors un moment, puis fit appeler les femmes et les enfants et vit leur état misérable. Il s’exclama : « Qu’Allah maudisse Ibn Marjâna ! Si un lien de parenté et de sang existait entre eux et lui, il ne leur aurait pas infligé cela, ni ne vous aurait envoyés ainsi. » Abû Mikhnaf, rapportant les propos d’al-Hârith ibn Kâ‘b, tenus par Fâtima bint Ali, raconta qu’elle dit : « Lorsque nous fûmes assis devant Yazîd, il eut compassion de nous, nous octroya quelque chose et nous traita avec douceur. »

Après cela, un homme roux faisant partie des gens du Shâm se leva devant Yazîd et dit : « Ô Commandeur des croyants ! Accorde-moi cette captive » – en parlant de moi, car j’étais une jeune fille de belle apparence. Je fus saisie d’effroi à ses propos, pensant que cela leur était permis. Je m’agrippai alors aux vêtements de ma sœur Zaynab – plus âgée que moi, plus sensée, et qui savait que ce n’était pas permis. Elle s’adressa donc à cet homme : « Tu mens, par Dieu, et tu fais preuve de bassesse. Cela ne t’appartient pas, ni à toi ni à lui. » Yazîd se mit en colère et lui dit : « Tu mens ! Par Dieu, cela m’appartient, et si je le voulais, je le ferais. » Elle rétorqua : « Non, par Dieu ! Dieu ne t’a conféré ce droit qu’à condition que tu abjures notre religion et embrasses une autre foi que la nôtre. »

À ces mots, Yazîd entra dans une vive colère et s’écria : « Oses-tu t’adresser ainsi à moi ? Ton père et ton frère sont ceux qui ont quitté la religion ! » Zaynab répondit : « C’est par la religion de Dieu, celle de mon père, de mon frère et de mon grand-père que toi, ton père et ton grand-père avez été guidés. » Il répliqua : « Tu mens, ennemie de Dieu ! » Elle déclara alors : « Tu es le prince… »

(1) Entre les deux sièges, B. est tombé. Ceci est mentionné dans l’Histoire de al-Tabarī (5/457‑458). (2) Tel est aussi le cas chez Ibn Mākūlā, al-Dhahabī et d’autres — avec un fāʾ emphatique et un zāy. Dans l’édition imprimée, ce mot a été altéré à un autre endroit en « muḥaqqir ».
عمتُه فقالت: يا بن زياد! حسبُك منا ما فعلتَ بنا، أما رَوِيتَ من دمائنا؟ وهل أبقيتَ منا أحدًا؟ قال: واعتنقتْه وقالت: أسألك باللَّه إن كنتَ مؤمنًا إنْ قتَلتَه لما قتلتَني معه. وناداه عليٌّ فقال: يا بن زياد! إن كان بينك وبينهنَّ قرابة فابعث معهنَّ رجلًا تقيًّا يصحبهنَّ بصحبة الإسلام قال: فنظر إليهنَّ ساعة ثم نظر إلى القوم فقال: عجبًا للرّحم! واللَّه إني لأظنُّ أنها ودَّت لو أني قتلتُه أن أقتلَها معه. دعوا الغلام. انطلِق مع نسائك] (١) . قال: ثم إن ابن زياد أمر بنساء الحسين وصبيانه وبناته فجهَّزوا إلى يزيد، وأمر بعلي بن الحسين فغُلَّ بغُلٍّ إلى عنقه، وأرسلهم مع محفِّز (٢) بن ثعلبة العائذي -من عائذة قريش- ومع شَمِر بن ذي الجَوْشن قبَّحه اللَّه، فلما بلغوا باب يزيد بن معاوية رفع محفِّز بن ثعلية صوته فقال: هذا محفِّز بن ثعلبة، أتى أمير المؤمنين باللئام الفجرة. فأجابه يزيد بن معاوية: ما ولدتْ أمُّ محفِّز شرٌّ وأَلأَم. فلما دخلت الرؤوس والنساء على يزيد دعا أشراف الشام فأجلسهم حولَه، ثم دعا بعليِّ بن الحسين وصبيان الحسين ونسائه، فأُدخلوا عليه والناسُ ينظرون، فقال لعلي بن الحسين: يا عليّ! أبوك قطع رحمي، وجهل حقّي، ونازَعَني سُلطاني، فصنعَ اللَّهُ به ما قد رأيت. فقال علي: ﴿مَا أَصَابَ مِنْ مُصِيبَةٍ فِي الْأَرْضِ وَلَا فِي أَنْفُسِكُمْ إِلَّا فِي كِتَابٍ مِنْ قَبْلِ أَنْ نَبْرَأَهَا﴾ [الحديد: ٣٢] فقال يزيد لابنه خالد: أَجِبْه. قال: فما درى خالد ما يردُّ عليه، فقال له يزيد: قُلْ: ﴿وَمَا أَصَابَكُمْ مِنْ مُصِيبَةٍ فَبِمَا كَسَبَتْ أَيْدِيكُمْ وَيَعْفُو عَنْ كَثِيرٍ﴾ [الشورى: ٣٠] فسكت عنه ساعة، ثم دعا بالنساء والصبيان فرأى هيئةً قبيحة، فقال: قبَّح اللَّهُ ابن مَرْجانة! لو كانت بينهم وبينه قرابةٌ ورحمٌ ما فعل هذا بهم، ولا بعث بكم هكذا. وروى أبو مِخْنف، عن الحارث بن كعب، عن فاطمة بنت علي قالت: لما أُجلسنا بين يدي يزيد رقَّ لنا وأمر لنا بشيء وألطَفَنا. ثم إن رجلًا من أهل الشام أحمر قام إلى يزيد فقال: يا أمير المؤمنين! هب لي هذه -يعنيني- وكنتُ جارية وضيئة، فارتعدتُ فزِعةً من قوله، وظننت أن ذلك جائز لهم، فأخذتُ بثياب أختي زينب -وكانت أكبر مني وأعقل، وكانت تعلم أن ذلك لا يجوز- فقالت لذلك الرجل: كذبتَ -واللَّه- ولؤُمت، ما ذلك لك وله. فغضب يزيد فقال لها: كذبتِ، واللَّه إن ذلك لي، ولو شئتُ أن أفعله لفعلت. قالت: كلا، واللَّه ما جعل اللَّهُ ذلك لك إلّا أن تخرج من ملَّتنا وتَدين بغير ديننا. قالت: فغضب يزيد واستطار ثم قال: إياي تستقبلين بهذا؟ إنما خرح من الدِّين أبوك وأخوك، فقالت زينب: بدين اللَّه ودين أبي ودين أخي وجدِّي اهتديتَ أنت وأبوك وجدّك. قال: كذبتِ يا عدوَّة اللَّه. قالت: أنت أمير
(١) ما بين حاصرتين سقط من ب. وهو في تاريخ الطبري (٥/ ٤٥٧ - ٤٥٨). (٢) كذا قيده ابن ماكولا والذهبي وغيرهما - بالفاء المشددة والزاي. وقد تحرف في المطبوع في غير موضع إلى: محقر.

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