Husayn fils de ʿAlî ibn Abî Tâlib, accompagné de dix-huit membres de sa famille et de soixante de ses partisans, s’avança contre nous. Nous nous mîmes donc en route pour les affronter et leur proposâmes soit de se rendre et de se soumettre au jugement de l’émir ʿUbayd Allâh ibn Ziyâd, soit de combattre. Ils choisirent le combat. Le matin, au lever du soleil, nous nous jetâmes sur eux et les assiégeâmes de toutes parts, jusqu’à ce que les sabres eussent entamé le sommet de leurs têtes. Ils cherchaient à fuir sans trouver ni échappatoire ni refuge, se protégeant de nous derrière les collines et dans les fossés, tels des colombes fuyant un faucon. Par Dieu, ils ne furent que l’équivalent d’une bête abattue ou du sommeil d’un homme faisant la sieste, jusqu’à ce que nous en finissions avec le dernier d’entre eux. Voici leurs corps gisant nus, leurs vêtements arrachés, leurs visages ensevelis dans la poussière, la tête exposée au soleil et le vent soufflant sur eux, tandis que les aigles et les vautours se rassemblaient autour d’eux. (1)
Il est rapporté que Yazîd ibn Muʿâwiyah laissa couler ses larmes et s’exprima en ces termes : « Il m’aurait suffi que vous m’obéissiez sans recourir au meurtre de Husayn. Qu’Allâh maudisse le fils de Sumayya ! Par Dieu, si j’avais été à sa place, je l’aurais épargné. Qu’Allâh fasse miséricorde à Husayn. » Il ne rétribua pas celui qui avait apporté la tête de Husayn. Lorsque la tête fut déposée devant Yazîd, il ajouta : « Par Dieu, si j’avais été à ta place, je ne t’aurais pas tué. » Puis il récita le vers du poète al-Ḥuṣayn ibn al-Ḥumâm al-Murrî (2) :
« Nous brisons la tête d’hommes qui jadis nous étaient précieux,
Et voilà qu’ils se montrent plus ingrats et plus injustes. »
Abû Mikhnaf rapporte : « Abû Jaʿfar al-ʿAbsî m’a transmis, d’après Abû ʿAmâra al-ʿAbsî (3), que Yahyâ ibn al-Ḥakam – frère de Marwân ibn al-Ḥakam – se leva et déclama :
« Une tête proche de Taff, à la parenté si lointaine
Devant Ibn Ziyâd l’esclave, de si basse extraction !
Sumayya engendre une descendance innombrable telle des cailloux,
Tandis qu’il ne reste plus rien de la descendance de ceux qui étaient la Famille du Muṣṭafâ. »
Yazîd lui frappa alors la poitrine et dit : « Tais-toi ! » (4)
Muhammad ibn Ḥumayd ar-Râzî – qui était chiite – raconte : « Muhammad ibn Yaḥyâ al-Aḥmarî nous a rapporté, d’après Layth, d’après Mujâhid, que lorsque la tête de Husayn fut apportée et placée devant Yazîd, il cita ces vers :
« Puissent seulement mes aïeux de Badr avoir vu
La détresse des Khazraj au choc des lances !
Ils s’en seraient réjouis et auraient exulté de bonheur,
Puis ils m’auraient dit : “Félicitations ! Ne cherche pas plus loin…” » »