Il posa un bâton entre ses incisives pendant un moment. Alors Zayd ibn Arqam lui dit : « Éloigne ce bâton de ces deux incisives, par Dieu, Il n’y a pas d’autre divinité que Lui ! J’ai vu les lèvres du Messager de Dieu (ﷺ) sur ces deux incisives, les embrassant. » Le vieillard fondit alors en larmes.
Ibn Ziyad lui dit : « Que Dieu fasse pleurer tes yeux ! Par Dieu, si tu n’étais pas un vieil homme affaibli par l’âge et la raison, je t’aurais fait trancher la tête. » Il se leva donc et quitta les lieux. Lorsqu’il fut sorti, les gens dirent : « Par Dieu, Zayd ibn Arqam a prononcé des paroles, si Ibn Ziyad les avait entendues, il l’aurait tué. » On demanda : « Qu’a-t-il dit ? » Ils répondirent : « Il est passé près de nous en disant : “Un esclave est devenu roi de serviteurs, il en a fait sa fortune (1). Ô vous, communauté arabe, vous voilà désormais esclaves ! Vous avez tué le fils de Fâtima et avez intronisé le fils de Marjâna (2) : il tue les meilleurs d’entre vous et asservit les pires d’entre vous. Malheur à celui qui se complaît dans l’humiliation !” » (3)
Il est rapporté, par la voie d’Abou Dâwoud, avec sa chaîne de transmission, qu’il tient son récit de Zayd ibn Arqam… dans un récit similaire. At-Tabarânî le rapporte aussi par la voie de Thâbit, d’après Zayd.
At-Tirmidhî (4) a dit : « Wâsil ibn Abd al-A‘lâ nous a rapporté : Abou Mu‘âwiya nous a transmis, d’après Al-A‘mash, d’après ‘Umârah ibn ‘Umayr, qui a dit : “Lorsque la tête de ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd et celles de ses compagnons furent apportées, on les posa dans la mosquée, sur la place (ar-Rahba). Je m’en approchai, et ils disaient : ‘La voici, la voici !’ Quand soudain, un serpent apparut, se faufilant entre les têtes jusqu’à pénétrer dans les narines de ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd. Il y demeura un moment, puis en sortit et disparut. Ensuite ils dirent encore : ‘Le voilà, le voilà !’ Il répéta ce même geste deux ou trois fois.” » Puis At-Tirmidhî déclara : « Bon, authentique. »
Ibn Ziyâd ordonna alors de proclamer : « Venez à la prière en commun ! » Les gens se réunirent et il monta sur le minbar. Il mentionna alors la victoire que Dieu lui avait accordée en tuant al-Husayn, lequel avait voulu leur retirer la royauté et briser leur unité. C’est alors qu’‘Abd Allâh ibn ‘Afîf al-Azdî se leva et dit : « Malheur à toi, Ibn Ziyâd ! Vous tuez les descendants des prophètes tout en tenant le discours des véridiques ? » Ibn Ziyâd ordonna qu’on le saisisse et on le tua, puis on l’exposa sur une croix. Ensuite, il donna l’ordre que la tête d’al-Husayn soit plantée à Koufa et qu’on la promène dans ses ruelles, avant de l’envoyer avec Zahr ibn Qays, accompagné des têtes de ceux qui étaient tombés avec lui, à Yazîd ibn Mu‘âwiyah [à Damas. Zahr était accompagné d’un groupe de cavaliers, parmi lesquels Abou Burdah ibn ‘Awf al-Azdî et Târiq ibn Abî Zabyân al-Azdî. Ils partirent jusqu’à ce qu’ils parviennent, avec toutes les têtes, auprès de Yazîd ibn Mu‘âwiyah] (5).
Hishâm a dit : « ‘Abd Allâh ibn Yazîd ibn Rawh ibn Zinbâ‘ al-Judhâmî m’a rapporté, d’après son père, d’après al-Ghâz ibn Rabî‘ah al-Jurashî – de Himyar –, qui raconta : “Par Dieu, j’étais chez Yazîd ibn Mu‘âwiyah à Damas, lorsque Zahr ibn Qays arriva et entra auprès de Yazîd. Yazîd lui demanda : ‘Malheur à toi ! Quelles nouvelles m’apportes-tu ?’ [Il répondit : ‘Réjouis-toi, ô Commandeur des croyants, de la victoire que Dieu t’a accordée et de Son aide ;…’”] »