Ibn ʿAsâkir rapporta, dans la biographie de Shamir ibn Dhi al-Jawchan – et Dhi al-Jawchan : un grand Compagnon, dont on a dit qu’il se nommait Sharḥabîl, ou que c’était ʿUthmân ibn Nawfal, ou encore qu’il était le fils de Aws ibn al-Aʿwar al-ʿÂmirî al-Ḍibbâbî, branche de Kilâb ; Shamir était surnommé Abû al-Sâbigha – puis, selon la chaîne rapportant d’après ʿUmar ibn Shabba : « Abû Aḥmad nous a transmis, mon oncle Fuḍayl ibn al-Zubayr m’a relaté d’après ʿAbd al-Raḥîm ibn Maymûn, d’après Muḥammad ibn ʿAmr ibn Ḥasan, qui a dit : “Nous étions avec al-Ḥusayn près des deux fleuves de Karbalâ. Il porta alors son regard sur Shamir ibn Dhi al-Jawchan et s’exclama : ‘Dieu et Son Messager ont dit vrai.’ Car le Messager de Dieu (ﷺ) a déclaré : ‘Il me semble voir un chien tacheté, en train de lécher le sang des gens de ma famille.’ » Or Shamir – qu’Allâh l’avilisse – était lépreux (1).
Sanan et d’autres s’emparèrent de ses dépouilles, et les hommes se partagèrent tout ce qu’il possédait : ses biens, ce qui se trouvait dans sa tente et même les vêtements purs que portaient les femmes. Abû Mikhnaf a dit, d’après Jaʿfar ibn Muḥammad : « Lorsque al-Ḥusayn fut tué, nous trouvâmes sur lui trente-trois coups de lance et trente-quatre coups (d’épée). » Shamir ibn Dhi al-Jawchan voulut ensuite mettre à mort ʿAlî ibn al-Ḥusayn le plus jeune – Zayn al-ʿÂbidîn –, alors qu’il était enfant et malade, mais Ḥumayd ibn Muslim, l’un de ses compagnons, s’interposa. ʿUmar ibn Saʿd arriva ensuite et dit : « Que nul ne s’en prenne à ces femmes, et que personne ne tue cet enfant. Quiconque a pris quelque objet dans leurs biens le leur rende. » Il ajouta : « Par Dieu, personne ne rendit rien. » ʿAlî ibn al-Ḥusayn lui adressa : « Qu’Allâh te récompense. Car grâce à tes paroles, Dieu m’a préservé d’un mal (2). »
On rapporte ensuite que Sanân ibn Anas se présenta à l’entrée de la tente de ʿUmar ibn Saʿd et s’écria d’une voix forte :
« Ô chargez mes montures d’argent et d’or, / car c’est moi qui ai tué le roi irréprochable, / j’ai tué le meilleur des hommes en lignée maternelle et paternelle, / et le plus noble d’entre eux dans leur ascendance » (3).
ʿUmar ibn Saʿd déclara : « Faites-le entrer. » Quand il fut devant lui, il le frappa de son fouet en disant : « Malheur à toi ! Serais-tu devenu fou ? Par Dieu, si Ibn Ziyâd t’entendait proférer de tels propos, il te trancherait la tête. » ʿUmar ibn Saʿd épargna ʿUqba ibn Simʿân lorsque ce dernier l’informa qu’il était un affranchi, si bien qu’il fut le seul à être épargné. Al-Marfaʿ ibn Yamâna (4) fut fait prisonnier, puis gracié par Ibn Ziyâd. Des compagnons d’al-Ḥusayn, soixante-douze (5) furent tués, et les habitants de la Ghâḍiriyya (6) parmi Banû Asad les enterrèrent le lendemain du massacre.