Un homme de Banû Baddâ, nommé Mâlik ibn al-Bachîr, vint vers al-Husayn et le frappa à la tête avec son sabre, faisant couler le sang. Al-Husayn portait alors un burnous que Mâlik déchira, tout en blessant la tête d’al-Husayn, si bien que le burnous se remplit de sang. Alors al-Husayn lui dit : « Puisses-tu ne plus jamais manger ni boire, et qu’Allah te ressuscite aux côtés des injustes. » Puis il ôta ce burnous, demanda un turban et le mit.
Abû Mikhnaf a rapporté : « Sulaymân ibn Abî Râchid m’a raconté, au nom de Humayd, qu’un jeune homme sortit vers nous, le visage aussi rayonnant qu’un croissant de lune. Il tenait un sabre, portait une chemise et un pagne, ainsi que des sandales dont la lanière de l’une (je n’oublie pas qu’il s’agissait de la sandale gauche) était rompue. ‘Umar ibn Sa‘d ibn Nufayl al-Azdî nous dit alors : “Par Dieu, je vais m’élancer contre lui !” Je lui répliquai : “Gloire à Dieu ! Pourquoi veux-tu faire cela ? Il te suffit de voir ces hommes qui se sont déjà dressés contre eux.” Mais il insista : “Par Dieu, je vais m’élancer contre lui !” Il se précipita donc et le frappa. Le jeune homme cria : “Ô mon oncle !” Aussitôt, al-Husayn fondit sur ‘Umar ibn Sa‘d comme un lion farouche, puis le frappa de son sabre. ‘Umar para avec son bras, qu’al-Husayn trancha depuis le coude ; alors ‘Umar poussa un cri et s’éloigna.
Les cavaliers de Kûfa chargèrent pour protéger ‘Umar d’al-Husayn, entourant ‘Umar de leurs sabots et de leurs poitrines, se regroupant autour de lui. Quand la poussière se dissipa, on vit al-Husayn debout au-dessus du jeune homme, qui s’agitait des pieds. Al-Husayn s’exclama : “Malheur à un peuple qui t’a tué, et ton grand-père sera leur adversaire le Jour de la Résurrection au sujet de ce qu’ils t’ont fait.” Puis il dit : “Par Dieu, c’est un chagrin pour ton oncle de t’entendre l’appeler sans pouvoir te répondre, ou d’y répondre sans que cela ne te soit d’aucun secours. Par Dieu, c’est un appel retentissant auquel peu répondent.” Il le souleva, et je le vis déposer sa poitrine sur celle du jeune homme, dont les pieds traînaient à terre. Il l’emporta ensuite auprès de son fils ‘Alî al-Akbar et des membres de sa famille qui avaient été tués. Quand je demandai qui était ce jeune homme, on me répondit : “C’est al-Qâsim ibn al-Hasan ibn ‘Alî ibn Abî Tâlib.” »
Hânî ibn Thubayt al-Hadramî raconta : « Le jour où al-Husayn fut tué, je me tenais parmi dix hommes, tous à cheval. Un jeune garçon de la famille d’al-Husayn sortit alors, s’appuyant sur un bâton pris de ces campements. Il portait un pagne et une chemise, avait l’air effrayé, regardant à droite et à gauche. Je distinguais deux perles bougeant à ses oreilles à chacun de ses mouvements. Soudain, un homme sur son cheval s’approcha et, quand il fut près de lui, il pencha son corps depuis sa monture, saisit l’enfant et le trancha de son sabre. » Hishâm al-Sakûnî expliqua : « Cet homme, Hânî ibn Thubayt lui-même, tua le garçon, mais il craignait que ce geste le stigmatise, alors il s’exprima sous le couvert de l’anonymat. »
On rapporte encore : « Al-Husayn, à bout de forces, s’assit à l’entrée de sa tente. On lui apporta alors un très jeune fils à lui, nommé ‘Abd Allâh. Il l’installa sur ses genoux, l’embrassa, le serra contre lui pour lui faire des adieux et adressa aux siens ses dernières recommandations. C’est alors qu’un homme de Banû Asad, surnommé Ibn Mûqid al-Nâr, décocha une flèche qui trancha la gorge de l’enfant. Al-Husayn rassembla le sang de l’enfant dans sa main et le lança vers le ciel en disant… »