Par Dieu, en tuant ces hommes, tu satisfais ton émir. Il me dit alors : « Qui es-tu ?» Je répondis : « Je ne te dirai pas qui je suis », car je craignais que, s’il apprenait mon identité et me reconnaissait, il ne me cause du tort auprès du sultan. (1)
Zouhayr ibn al-Qayn, accompagné de plusieurs des compagnons de Husayn, fondit alors sur Shimr ibn Dhi l-Jawshan et le délogea de sa position. Ils tuèrent Abou ʿAzzah ad-Dabbabi, qui comptait parmi les hommes de Shimr. Si un compagnon de Husayn venait à tomber, le désarroi était évident dans leurs rangs, alors que même la mort de nombreux partisans d’Ibn Ziyad ne paraissait pas les affecter, en raison de leur grand nombre. (2)
Lorsque survint l’heure de la prière de midi, Husayn dit : « Dites-leur d’interrompre le combat afin que nous puissions prier. » Un homme de Koufa s’exclama : « Elle ne sera pas acceptée de votre part. » Habib ibn Muzhir lui rétorqua : « Malheur à toi ! Sera-t-elle acceptée de vous et non de la famille du Messager de Dieu (ﷺ) ? » Habib combattit avec acharnement, allant jusqu’à tuer un homme nommé Boudayl ibn Souraym de la tribu des Banou ʿUqfan (3), en psalmodiant :
« Je suis Habib, et mon père est Muzhir, / Un cavalier intrépide dans le tumulte de la guerre.
Vous êtes en surnombre et mieux armés, / Tandis que nous sommes plus loyaux et plus endurants.
Nos arguments sont plus élevés et plus manifestes, / Vraiment, nous sommes plus purs et plus limpides que vous. » (4)
Un homme de la tribu des Banou Tamim se rua alors contre Habib et le transperça. Habib s’effondra ; il tenta de se relever, mais al-Housayn ibn Noumayr l’atteignit d’un coup d’épée sur la tête, et Habib tomba de nouveau. Le Tamimi descendit de sa monture, lui trancha la tête et l’apporta à Ibn Ziyad. Le fils de Habib, reconnaissant la tête de son père, dit à celui qui l’apportait : « Donne-moi la tête de mon père pour que je l’enterre. » Il se mit alors à pleurer et s’adressa au meurtrier de son père en disant : « Par Dieu, tu l’as tué alors qu’il valait mieux que toi. » (5)
On raconte que ce fils vécut jusqu’à l’âge d’homme, obsédé par l’idée de tuer l’assassin de son père. À l’époque de Moussʿab ibn az-Zoubaïr (6), il entra dans le camp de Moussʿab et trouva l’assassin de son père dans sa tente. Il y pénétra alors que celui-ci faisait la sieste (7) et le frappa de son épée jusqu’à ce qu’il meure.
Abou Mikhnaf rapporte, d’après Muhammad ibn Qays : « Lorsque Habib ibn Muzhir fut tué, cela affligea profondément Husayn. Il dit alors : “Je remets mon propre sort [entre les mains de Dieu].” » Ensuite, Al-Hourr entonna des vers devant Husayn :
« J’ai juré que tu ne serais pas tué avant moi ; / en ce jour, je ne recevrai aucun coup sans aller au-devant de la mort. »