Il s’approcha d’elle pour la renvoyer auprès des femmes, mais elle tira sur son vêtement en disant : « Laisse-moi rester avec toi. » Alors al-Husayn l’appela : « Retourne auprès des femmes et demeure avec elles, car il n’est pas imposé aux femmes de combattre. » Elle retourna donc auprès d’elles (1).
On raconte : ce jour-là, les duels se multiplièrent entre les deux groupes, et la victoire, alors, fut aux compagnons d’al-Husayn en raison de la force de leur vaillance et de leur détermination à mourir, n’ayant d’autre protection que leurs sabres. L’un des officiers conseilla alors à ‘Umar ibn Sa‘d de ne plus recourir aux duels. ‘Amr ibn al-Hajjaj – le chef de l’aile droite de l’armée d’Ibn Ziyad – livra l’assaut en déclarant : « Combattez ceux qui ont quitté la religion et se sont séparés de la communauté ! » Al-Husayn lui rétorqua : « Malheur à toi, Ibn al-Hajjaj ! C’est contre moi que tu incites les gens ? Serions-nous ceux qui ont déserté la religion pendant que toi, tu y demeures ? Vous saurez bientôt, quand nos âmes auront quitté nos corps, qui est le plus digne de la fournaise. »
Au cours de cette charge, Muslim ibn ‘Awsaja fut tué ; il fut le premier des compagnons d’al-Husayn à tomber. Al-Husayn se dirigea vers lui et implora la miséricorde divine pour lui alors qu’il rendait son dernier souffle. Habib ibn Muzhahir lui dit : « Réjouis-toi du Paradis. » Il lui répondit d’une voix faible : « Que Dieu t’apporte la bonne nouvelle ! » Puis Habib ajouta : « Si je ne savais pas que je vais bientôt te rejoindre, je te demanderais ce que tu souhaites me confier. » Et Muslim ibn ‘Awsaja lui dit : « Je te recommande celui-ci (en désignant al-Husayn), jusqu’à ce que tu meures pour lui. »
On rapporte qu’ensuite Shimr ibn Dhi l-Jawshan chargea depuis l’aile gauche en se dirigeant vers al-Husayn. Les cavaliers qui l’entouraient le défendirent avec acharnement et lui opposèrent une lutte vigoureuse. Ils demandèrent alors à ‘Umar ibn Sa‘d de leur envoyer un détachement de fantassins archers, et il leur en envoya près de cinq cents. Ceux-ci se mirent à cribler de flèches les chevaux des compagnons d’al-Husayn et les abattirent tous, si bien qu’ils se retrouvèrent tous à pied.
Quand le cheval d’al-Hurr ibn Yazid fut abattu, il en descendit, son sabre à la main comme un lion, en déclarant :
« Si vous me blessez, sachez que je suis le fils de Hurr
Plus vaillant qu’une bête féroce (2). »
On dit que ‘Umar ibn Sa‘d ordonna de détruire ces abris qui empêchaient de combattre quiconque venait de ce côté. Les compagnons d’al-Husayn tuèrent ceux qui tentaient de les abattre. Ibn Sa‘d ordonna alors de les incendier. Al-Husayn dit : « Laissez-les y mettre le feu, car ils ne pourront plus les franchir une fois qu’ils auront été brûlés. »
Puis Shimr ibn Dhi l-Jawshan – que Dieu le flétrisse – s’approcha du pavillon d’al-Husayn et le perça de sa lance en disant : « Apportez-moi du feu pour que je le brûle avec ceux qui s’y trouvent. » Les femmes poussèrent des cris et sortirent du pavillon, et al-Husayn s’écria : « Puisse Dieu te brûler par le Feu ! » Alors Shabath ibn Rib‘i intervint auprès de Shimr – que Dieu le flétrisse – et lui dit : « Je n’ai jamais vu pire parole ni pire action que ce que tu fais à cet instant ! Veux-tu effrayer des femmes ? » Shimr, honteux, voulut se retirer.
Humayd ibn Muslim raconta : « Je dis à Shimr : “Gloire à Dieu ! Cela ne te sied pas ! Veux-tu réunir sur toi deux châtiments : subir le supplice divin, puis tuer des enfants et des femmes ?” »