« Les fruits ont mûri et les environs ont reverdi. Viens donc à nous, car tu ne vas qu’à la rencontre d’une armée préparée. » Ils lui répondirent : « Nous ne l’avons pas fait. » Il dit : « Gloire à Dieu ! Par Dieu, vous l’avez pourtant fait. » Puis il ajouta : « Ô gens ! Puisque vous en êtes venus à me détester, laissez-moi donc m’éloigner de vous. » Alors Qays ibn al-Achʿath lui dit : « Ne veux-tu pas te soumettre à la décision de tes cousins ? Ils ne te feront aucun mal, et tu n’en verras que ce qui te plaît. » Al-Husayn (Hussein) répliqua : « Tu es bien le frère de ton frère… Souhaiterais-tu que Banû Hâchim te réclament un prix plus grand que celui du sang de Muslim ibn ʿAqîl ? Non, par Dieu, je ne leur tendrai pas la main en vaincu et je ne me soumettrai pas à eux comme un esclave. » (1)
Il raconta : « Ils avancèrent alors pour l’attaquer, mais il se trouva qu’une trentaine de cavaliers, dit-on, vinrent rejoindre l’armée de Husayn. Parmi eux se trouvait al-Hurr ibn Yazîd, le commandant de l’avant-garde de l’armée d’Ibn Ziyâd, qui s’excusa auprès de Husayn de ce qui s’était passé et dit : “Si j’avais su qu’ils nourrissaient de telles intentions, je me serais mis en route avec toi jusqu’à Yazîd.” Husayn accepta ses excuses. Al-Hurr s’avança ensuite devant les compagnons de Husayn, s’adressa à ʿUmar ibn Saʿd et dit : “Malheur à vous ! N’allez-vous pas accepter de la part du fils de la fille du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) ce qu’il vous propose parmi les trois possibilités ?” ʿUmar ibn Saʿd répondit : “Si cela dépendait de moi, je l’aurais fait.” »
On rapporte aussi que Zuhayr ibn al-Qayn sortit des rangs des compagnons de Husayn, monté sur un cheval, équipé de son armure, et s’écria : « Ô gens de Koufa ! Prenez garde au châtiment de Dieu, prenez garde ! Il est du devoir d’un musulman de conseiller son frère musulman. Jusqu’ici nous restons frères, unis par la même religion et la même communauté, tant que les épées ne se seront pas abattues entre nous. Mais lorsqu’elles frapperont, notre lien sera rompu : nous serons un peuple, et vous un autre. Dieu nous a éprouvés, vous et nous, par la descendance de Son Prophète, afin de voir ce que nous et vous ferons. Nous vous invitons à leur porter secours et à délaisser le tyran, fils de tyran, ʿUbayd Allâh ibn Ziyâd. De lui et de la généralité de son pouvoir, vous n’avez vu que le mal : il vous crève les yeux, vous coupe les mains et les pieds, vous mutile, et tue vos dignes notables et vos lecteurs du Coran, comme Hujr ibn ʿAdî et ses compagnons, ou Hânî ibn ʿUrwa et leurs semblables. »
Il raconta : « Alors ils l’insultèrent, firent l’éloge d’Ibn Ziyâd et adressèrent des prières en sa faveur. Ils proclamèrent : “Nous ne reculerons pas tant que nous n’aurons pas tué ton compagnon et ceux qui sont avec lui.” Zuhayr leur dit : “Les descendants de Fâtima méritent davantage votre affection et votre soutien que le fils de Sumayya (Ibn Ziyâd). Mais si vous ne les soutenez pas, je vous conjure, par Dieu, de ne pas les tuer. Laissez donc cet homme partir rejoindre son cousin Yazîd ibn Muʿâwiya, qu’il se rende où il voudra. Par ma vie, Yazîd se contenterait de votre simple obéissance, sans exiger la mise à mort d’al-Husayn.” »
Il est dit : « Chimir ibn Dhî al-Jawshan lança alors une flèche sur Zuhayr et lui cria : “Tais-toi ! Que Dieu fasse taire ta voix ! Tu nous fatigues avec tes discours interminables.” Zuhayr lui répondit : “Ô fils de celui qui urine sur ses talons ! Est-ce à toi que je m’adresse ?! Tu n’es qu’une bête. Par Dieu, je ne pense pas que tu connaisses ne serait-ce que deux versets du Livre de Dieu. Réjouis-toi donc de l’opprobre du Jour de la Résurrection et du châtiment douloureux.” »
Chimir répliqua : « Que Dieu cause ta perte, toi et ton compagnon, dans un instant. » Et Zuhayr de lui répondre : « Est-ce de la mort que tu me menaces ? »