Il a été précédemment évoqué : « Ô Seigneur, Tu es ma confiance dans toute détresse, et Tu es mon espoir dans chaque affliction… jusqu’à la fin. » Son fils, ‘Alî ibn al-Husayn – qui était faible et malade – monta alors un cheval appelé Lâhiq(1).
Al-Husayn s’écria : « Ô gens ! Écoutez le conseil que je souhaite vous adresser. » Tous prêtèrent l’oreille, puis, après avoir loué Dieu et proclamé Sa gloire, il dit : « Ô gens ! Si vous m’acceptez et me rendez justice, vous en serez plus heureux et vous ne pourrez rien exiger de moi. Mais si vous ne m’acceptez pas, “rassemblez donc vos plans et vos associés, et que rien ne vous embarrasse dans votre entreprise ; puis, exécutez votre arrêt contre moi et ne me laissez point de répit.” (Yûnus, 71). “Mon Protecteur, en vérité, c’est Dieu qui a fait descendre le Livre, et Il est le Protecteur des vertueux.” (Al-A‘râf, 196). »
Quand ses sœurs et ses filles entendirent ces paroles, elles poussèrent de grands sanglots. Alors il déclara : « Que Dieu ne t’éloigne pas, Ibn ‘Abbâs », faisant allusion au fait qu’Ibn ‘Abbâs lui avait conseillé de ne pas emmener les femmes avec lui, mais plutôt de les laisser à La Mecque le temps que la situation s’éclaircisse. Puis il envoya son frère al-‘Abbâs pour les calmer. Ensuite, il commença à rappeler aux gens son mérite, la grandeur de sa lignée, la noblesse de son rang et son haut prestige, en disant : « Réfléchissez et interrogez votre conscience : est-il convenable pour vous de combattre quelqu’un comme moi ? Je suis en effet le fils de la fille de votre Prophète, et il n’y a pas d’autre fils de la fille d’un Prophète sur terre. ‘Alî est mon père, Ja‘far le “Détenteur des deux ailes” est mon oncle paternel, et Hamza, le “Seigneur des martyrs”, est l’oncle de mon père. Le Messager de Dieu () a dit à mon frère et à moi : “Ces deux-là sont les maîtres de la jeunesse du Paradis.”(2) Si vous me croyez sur cela – et c’est la vérité – je jure par Dieu que je n’ai jamais sciemment menti depuis que j’ai appris que Dieu réprouve le mensonge. Sinon, interrogez donc les Compagnons du Messager de Dieu () : Jâbir ibn ‘Abd Allâh, Abû Sa‘îd, Sahl ibn Sa‘d, Zayd ibn Arqam et Anas ibn Mâlik ; ils vous le confirmeront. [Malheur à vous ! Ne craignez-vous donc pas Dieu ? Cela ne vous retient-il pas de verser mon sang ?](3) »
C’est alors que Shimr ibn Dhi l-Jawshan s’écria : « Il adore Dieu sur le fil du rasoir ; je ne sais ce qu’il raconte. » Habîb ibn Muxahhir lui répondit : « Par Dieu, Ô Shimr, tu adores plutôt Dieu de soixante-dix manières différentes ! Quant à nous, par Dieu, nous comprenons ce qu’il dit, et le sceau de l’aveuglement s’est posé sur ton cœur. » Al-Husayn poursuivit : « Ô gens ! Laissez-moi repartir vers mon lieu de sûreté. » Ils lui répliquèrent : « Qu’est-ce qui t’empêche de te soumettre à la décision de tes cousins ? » Il répondit : « Que Dieu m’en préserve : [que je leur tende la main en signe d’humiliation ou que je me reconnaisse comme un esclave]. Ô serviteurs de Dieu ! “Je cherche refuge auprès de mon Seigneur et du vôtre contre tout orgueilleux qui ne croit pas au Jour du Compte.” (Ghâfir, 27). »
Il fit alors agenouiller sa monture et ordonna à ‘Uqba ibn Sim‘ân de l’attacher. Puis il poursuivit : « Dites-moi : me réclamez-vous le prix du sang de quelqu’un que j’aurais tué ? Ou de l’argent que je vous aurais dérobé ? Ou bien une blessure que je vous aurais infligée ? » Mais ils ne lui répondirent pas. Il appela : « Ô Shabath(5) ibn Rib‘î, ô Hajjâr ibn Abjar, ô Qays ibn al-Ash‘ath, ô Zayd ibn al-Hârith ! N’est-ce pas vous qui m’écriviez… »