Il était noble, courageux et redoutable. Saʿīd ibn Qays l’enfermait parfois dans sa propre tente. Alors Burayr ibn Khudayr (1) lui dit : « Ô transgresseur, depuis quand es-tu parmi les vertueux ?» Il lui répondit : « Qui es-tu, malheur à toi ?» L’autre rétorqua : « Je suis Burayr ibn Khudayr (1). » Il s’exclama : « Nous appartenons à Dieu ! Je suis anéanti, par Dieu. Il m’est vraiment pénible, par Dieu, de te tuer, ô Burayr. » Je lui dis : « Ô Abū Ḥarb ! Ne veux-tu pas te repentir de tes grands péchés ? Par Dieu, nous sommes véritablement les bons, et vous, certes, vous êtes les mauvais. » Il répondit : « Oui, et j’en suis témoin. » Je lui dis : « Malheur à toi ! À quoi te sert donc de savoir cela ? » Là-dessus, ʿAzra ibn Qays – l’émir de la troupe qui nous gardait – l’interpella vivement et il s’éloigna de nous (2).
Ils racontent : Quand ʿUmar ibn Saʿd accomplit la prière de l’aube avec ses compagnons le vendredi – ou, selon d’autres, le samedi –, c’était le jour de ʿĀshūrāʾ. Il se prépara alors au combat. Al-Ḥusayn fit de même avec ses compagnons, qui étaient au nombre de trente-deux cavaliers et quarante fantassins. Puis il s’en retourna et les disposa en rangs : il plaça Zuhayr ibn al-Qayn à son aile droite et Ḥabīb ibn Muẓahhir (3) à sa gauche. Il donna son étendard à al-ʿAbbās ibn ʿAlī, son frère, et ils mirent les tentes, avec tout ce qu’elles renfermaient de femmes, derrière eux. Al-Ḥusayn avait ordonné, durant la nuit précédente, qu’on creusât un fossé derrière les tentes, dans lequel on jeta du bois, des bûches et des roseaux, avant d’y mettre le feu, afin que nul ne pût atteindre leurs tentes par l’arrière.
De son côté, ʿUmar ibn Saʿd plaça ʿAmr ibn al-Ḥajjāj al-Zubaydī à son aile droite, et à sa gauche, Shimr ibn Dhī al-Jawshan (son nom étant Sharḥabīl ibn al-Aʿwar ibn ʿAmr ibn Muʿāwiya, de Banū al-Ḍabāb ibn Kilāb). Il confia la cavalerie à ʿAzra ibn Qays al-Aḥmasī, l’infanterie à Shabath (4) ibn Ribʿī et remit l’étendard à Durayd (5), son affranchi. Les deux camps se firent face à cet endroit. Al-Ḥusayn se rendit auprès d’une tente qui avait été dressée, s’y lava, s’enduisit de nūra (pâte dépilatoire), puis se parfuma abondamment de musc. Après lui, certains chefs entrèrent et firent de même.
Alors, les uns dirent aux autres : « Que signifie ce comportement, à cette heure-ci ? » L’un deux répondit : « Laisse-nous, par Dieu, ce n’est pas un moment de vanité. » Yazīd ibn Ḥuṣayn dit : « Par Dieu, ma tribu sait que je n’ai aimé la futilité ni dans ma jeunesse ni dans ma vieillesse. Mais, par Dieu, je me réjouis de ce qui nous attend. Par Dieu, rien ne nous sépare des houris du paradis si ce n’est le moment où ces gens se jetteront sur nous pour nous tuer. »
Al-Ḥusayn (que Dieu l’agrée) monta alors sur son cheval, prit un exemplaire du Coran qu’il plaça devant lui, puis il se tourna vers l’armée adverse, levant les mains pour invoquer Dieu