Ô Temps, fi de toi comme ami ! Combien, à l’aurore comme au crépuscule, as-tu fait périr de compagnon ou d’aspirant ? Et le Temps ne se contente jamais d’un remplaçant. Or l’affaire appartient au Très-Haut, et tout être vivant te suit un jour sur le chemin.
Il (l’Imam) les répéta deux ou trois fois, jusqu’à ce que je les retienne et comprenne ce qu’il voulait dire. Les sanglots m’étouffèrent, je les répétai alors et gardai le silence, sachant que l’épreuve était sur le point de s’abattre.
(1) Quant à ma tante, elle s’avança la tête découverte, puis parvint jusqu’à lui. Il dit : « Hélas pour moi ! Que la mort m’ait donc ôté la vie aujourd’hui ! Ma mère Fâtima est morte, mon père ‘Alî est mort, mon frère Hasan est mort. Ô toi, successeur de ceux qui sont partis et soutien de ceux qui demeurent ! »
Il la regarda et lui dit : « Ô ma sœur, ne laisse pas Satan t’ôter ta sérénité. » Elle s’écria : « Que mon père et ma mère te soient sacrifiés, ô Abû ‘Abd Allah ! Vas-tu être tué ? » Et elle se frappa le visage, déchira son col et s’écroula évanouie. Il s’approcha d’elle, lui aspergea le visage d’eau et lui dit : « Ô ma sœur… »
(2) « Crains Dieu, sois patiente et réconforte-toi par Sa consolation. Sache que les gens de la terre finissent tous par mourir, et que ceux des cieux ne demeurent pas. Certes, toute chose périt, hormis la Face de Dieu, Lui qui a créé les créatures par Sa puissance, les fait mourir sous Sa force et Sa domination, puis les ramène à la vie afin qu’ils L’adorent Lui seul, l’Unique sans associé. Sache que mon père est meilleur que moi, ma mère est meilleure que moi, et mon frère est meilleur que moi. Pour moi, pour eux et pour tout musulman, le Messager de Dieu est l’exemple parfait. » Il lui demanda alors instamment de ne plus manifester ce genre de comportement après son trépas. Puis il la prit par la main et la ramena auprès de moi.
Ensuite, il sortit rejoindre ses compagnons et leur ordonna de rapprocher leurs tentes les unes des autres, jusqu’à ce que les cordes s’entrecroisent, afin de ne laisser à l’ennemi qu’une unique voie d’approche, tandis que les tentes seraient à leur droite, à leur gauche et derrière eux. (4)
Cette nuit-là, al-Husayn et ses compagnons prièrent longtemps, implorant le pardon et se montrant humbles dans leurs invocations. De leur côté, les cavaliers ennemis montaient la garde derrière eux ; à leur tête, ‘Azra ibn Qays al-Ahmasî. Al-Husayn récitait alors : « Et que ceux qui mécroient ne s’imaginent pas que Nous leur accordons un délai pour leur bien. Nous ne le leur accordons que pour qu’ils augmentent leurs péchés, et ils auront un châtiment avilissant. Dieu n’est pas tel qu’Il laisse les croyants dans l’état où vous êtes, sans séparer le mauvais du bon… » (Coran 3 : 178-179).
Un homme de cette garde, partisan d’Ibn Ziyâd, l’entendit et dit : « Par le Seigneur de la Ka‘ba, c’est nous qui sommes les bons ; Dieu nous a distingués de vous. » Le narrateur dit : « Je le reconnus et m’adressai à Burayr ibn Khudayr : “Sais-tu qui est cet homme ?” Il répondit : “Non.” Je lui dis : “C’est Abû Harb as-Sabi‘î, ‘Ubayd Allâh ibn Shumayr, un plaisantin moqueur.” »