«Gloire à Dieu! Par Dieu, si un homme du Daylam vous avait demandé cela, il aurait fallu lui répondre. [Et Qays ibn al-Ash‘ath dit: “Accorde-leur ce qu’ils te demandent, par ma vie”](1), ils te rejoindront demain matin pour le combat. Et c’est bien ce qui arriva.
Lorsque Hussein revint, Al-‘Abbâs lui dit ce qui en était, alors Hussein lui répondit: «Retourne vers eux et repousse-les jusqu’à ce soir, peut-être pourrons-nous prier notre Seigneur cette nuit, L’implorer et Lui demander pardon. Dieu sait combien j’aime la prière, la récitation de Son Livre, l’imploration et le repentir.»
Cette nuit-là, Hussein formula ses recommandations à sa famille et s’adressa à ses compagnons au début de la nuit, loua Dieu, Le remercia, et pria pour Son Messager dans une expression claire et éloquente. Puis il leur dit: «Que celui d’entre vous qui souhaite retourner auprès des siens cette nuit-là le fasse, je lui en donne l’autorisation, car c’est moi que ces gens visent.»
[Alors Mâlik ibn an-Nadr dit: «J’ai des dettes et une famille à charge.» Hussein dit: «Voici la nuit qui vous recouvre, prenez-la comme monture (2). Que chacun d’entre vous prenne la main d’un membre de ma famille, puis éloignez-vous à travers les vastes plaines de la nuit jusqu’à vos contrées et vos cités, car c’est moi qu’ils veulent. S’ils m’atteignent, ils renonceront à chercher quiconque d’autre après moi. Allez-vous-en, Dieu fera qu’un soulagement advienne bientôt.»]
Ses frères, ses fils et les fils de son frère lui répondirent: «Nous n’avons aucune raison de vivre après toi. Que Dieu ne nous inflige pas l’épreuve de te perdre.»
Hussein ajouta: «Ô fils de ‘Aqîl, la perte de Muslim ne vous suffit-elle pas? Partez, je vous y autorise.» Ils répondirent: «Que diront les gens si nous laissions notre aîné, notre seigneur et le meilleur de nos oncles paternels? Si nous ne décochons aucune flèche à leurs côtés, ne les soutenons ni de la lance ni de l’épée, préférant la vie d’ici-bas? Non, par Dieu, jamais! Mais nous te sacrifierons nos personnes, nos biens et nos familles, nous combattrons à tes côtés jusqu’à t’accompagner là où tu iras. Que Dieu rende odieuse la vie après toi!»
Des paroles similaires furent prononcées par Muslim ibn ‘Awsaja al-Asadî, de même que Sa‘îd ibn ‘Abd Allâh al-Hanafî qui déclara: «Par Dieu, nous ne t’abandonnerons pas, afin que Dieu sache que nous avons préservé la dignité du Messager de Dieu (ﷺ) en ta personne. Par Dieu, si je savais que je serais tué mille fois pour épargner ainsi ta vie et celle de ces jeunes gens de ta famille, je l’aimerais. Que dire d’une seule mise à mort?»
D’autres compagnons prirent la parole du même ton, affirmant: «Par Dieu, nous ne te délaisserons pas. Puissent nos vies être livrées pour toi! Nous te défendrons de nos poitrines, de nos fronts, de nos bras et de nos corps, et si nous sommes tués, alors nous aurons accompli notre devoir et tenu notre engagement.» (3)
Son frère Al-‘Abbâs annonça: «Que Dieu ne nous montre jamais le jour où nous te perdrons; nous n’avons nul besoin de la vie après toi.» Tous ses compagnons confirmèrent ces propos.
Abû Mikhnaf a rapporté, d’après Al-Hârith ibn Ka‘b et Abû Ad-Dahhâk, qu’‘Alî ibn Al-Hussein Zayn al-‘Âbidîn raconta: «J’étais assis, ce soir-là, la nuit même avant que mon père ne soit tué au matin. Ma tante Zaynab me soignait alors que mon père s’était retiré dans sa tente en compagnie de ses compagnons. À ses côtés se trouvait Huway, affranchi d’Abû Dharr al-Ghifârî, qui ajustait et réparait son épée, tandis que mon père disait…»