Puis Ibn Ziyad lui dit : « Si tu le souhaites, je te gracie et te révoque de la gouvernance de ce pays où je t’ai installé. » Il répondit : « Laisse-moi réfléchir à mon affaire. » Il se mit alors à consulter chacun, mais tous l’en dissuadaient, l’empêchant d’aller à la rencontre de Hussein, jusqu’à ce que son neveu, Hamza ibn al-Moughira ibn Chou’ba, lui dise : « Garde-toi de partir contre Hussein, car tu désobéirais à ton Seigneur et couperais tes liens de parenté. Par Dieu, je préférerais que tu perdes la domination sur toute la terre plutôt que tu rencontres Dieu avec le sang de Hussein. » Il répondit alors : « Je le ferai si Dieu le veut. »
Ensuite, Ubayd Allah ibn Ziyad le menaça et le mit en garde contre la destitution et la mort, si bien qu’il se rendit auprès de Hussein et l’assiégea à l’endroit que nous avons mentionné. Il envoya à Hussein des messagers pour lui demander : « Qu’est-ce qui t’a amené ici ? » Hussein répondit : « Les habitants de Koufa m’ont écrit pour m’inviter à venir. S’ils me détestent maintenant, je retourne à La Mecque et vous laisse. » Lorsque cette réponse parvint à ‘Omar ibn Sa’d, il dit : « J’espère que Dieu m’épargnera de le combattre. » Il écrivit à Ibn Ziyad à ce sujet et Ibn Ziyad répliqua : « Empêche-les d’avoir accès à l’eau, comme on l’a fait pour le pieux, pur et injustement opprimé Commandeur des croyants, ‘Othman ibn ‘Affân. Propose ensuite à Hussein de prêter allégeance, lui et ceux qui l’accompagnent, au Commandeur des croyants Yazid ibn Mu‘âwiya. S’ils le font, nous aviserons. » Les hommes de ‘Omar ibn Sa’d empêchèrent alors les compagnons de Hussein d’approcher de l’eau, et un détachement emmené par ‘Amr ibn al-Hajjaj en eut la garde. Hussein (1) invoqua contre eux la soif, et cet homme mourut d’une soif extrême.
Plus tard, Hussein demanda à ‘Omar ibn Sa’d de le rencontrer entre les deux armées. Chacun vint avec une vingtaine de cavaliers, et ils discutèrent longuement, jusqu’à ce qu’une partie (2) de la nuit se fût écoulée. Personne ne sut ce qu’ils se dirent, mais certains pensèrent que Hussein proposa à ‘Omar de l’accompagner auprès de Yazid ibn Mu‘âwiya, à Damas, laissant les deux armées se faire face. Alors ‘Omar répondit : « Ibn Ziyad me détruira alors ma maison. » Hussein lui déclara : « Je te la rebâtirai mieux qu’elle ne l’était. » Il dit : « Dans ce cas, il s’emparera de mes domaines. » Hussein reprit : « Je te donnerai, de mes biens au Hedjaz, mieux que ce que tu possèdes. » Mais ‘Omar ibn Sa’d s’y refusa. Certains affirment plutôt que Hussein lui demanda soit de l’emmener chez Yazid, soit de le laisser retourner au Hedjaz, soit de le laisser partir dans une zone frontière pour y combattre les Turcs. ‘Omar écrivit à ce sujet à Ubayd Allah, qui répondit : « Oui, j’ai accepté. »
C’est alors que Chimr ibn Dhi al-Jawchan déclara : « Non, par Dieu, ils ne partiront pas avant de se soumettre à ta décision, lui et ses compagnons. » Puis il poursuivit : « Par Dieu, on m’a rapporté que Hussein et ‘Omar ibn Sa’d se retrouvent entre les deux armées et passent presque toute la nuit à s’entretenir. » Ibn Ziyad répondit : « Tu as bien fait de le remarquer. »
Abou Mikhnaf rapporte, selon le récit d’Abd al-Rahman ibn Jundab, d’après ‘Oqba ibn Sim‘ân, qui dit : « J’ai accompagné Hussein depuis La Mecque jusqu’à l’instant de son martyre. Par Dieu, il ne prononça pas une parole en quelque lieu que ce soit sans que je l’aie entendue. Il n’a jamais demandé à se rendre auprès de Yazid pour lui donner la main, ni à partir vers une frontière quelconque. Il leur proposa seulement deux options : soit de retourner d’où il était venu, soit de le laisser aller où bon lui semblerait, jusqu’à ce qu’il voit comment tournerait l’affaire des gens (3). »