«Les mécréants», c’est-à-dire : «Ne perdez pas espoir quant à la délivrance après l’épreuve, car nul ne désespère du secours et du soulagement de Dieu ni de ce qu’Il décrète comme issue dans les moments difficiles, si ce n’est les gens mécréants.»
«Puis, une fois qu’ils entrèrent auprès de lui, ils dirent : ‘Ô al-ʿAzīz, la détresse nous a atteints, nous et notre famille, et nous sommes venus avec une marchandise de peu de valeur ; accorde-nous donc la mesure complète et fais-nous l’aumône, car Dieu récompense ceux qui font l’aumône’ (88). Il dit : ‘Savez-vous ce que vous avez fait à Joseph et à son frère alors que vous étiez ignorants ?’ (89). Ils dirent : ‘Est-ce que vraiment tu es Joseph ?’ Il répondit : ‘Je suis Joseph, et voici mon frère. Dieu nous a comblés de Ses bienfaits. Quiconque craint Dieu et patiente, Dieu ne fait pas perdre la récompense des bienfaisants’ (90). Ils dirent : ‘Par Dieu, Il t’a préféré à nous, et vraiment nous avons commis une faute’ (91). Il dit : ‘Aujourd’hui, nul reproche ne sera fait contre vous ; que Dieu vous pardonne, car Il est le plus Miséricordieux des miséricordieux’ (92). ‘Partez avec ma tunique, déposez-la sur le visage de mon père, et il recouvrera la vue ; puis, amenez-moi toute votre famille’ (93).» [Yūsuf : 88-93]
Dieu – exalté soit-Il – informe ici du retour des frères de Joseph auprès de lui, de leur arrivée devant lui et de leur demande de la provision qu’il détenait, ainsi que de l’aumône consistant à leur rendre leur frère Benjamin. «Puis, une fois qu’ils entrèrent auprès de lui, ils dirent : ‘Ô al-ʿAzīz, la détresse nous a atteints, nous et notre famille’», c’est-à-dire : à cause de la sécheresse, de la gêne de notre situation et du grand nombre des bouches à nourrir. «Et nous sommes venus avec une marchandise de peu de valeur», c’est-à-dire insuffisante, que l’on acceptera uniquement par indulgence. Certains ont dit qu’il s’agissait de pièces de monnaie de mauvaise qualité ou de faible valeur, d’autres de graines de pin, de pistaches, etc. Selon Ibn ʿAbbās, il s’agissait de vieux sacs, de cordes et choses semblables. «Accorde-nous donc la mesure complète et fais-nous l’aumône, car Dieu récompense ceux qui font l’aumône.» Il a été dit qu’il s’agissait pour eux de demander à Joseph d’accepter cette marchandise modique (selon as-Suddī) ou de leur rendre leur frère (selon Ibn Jurayj). Sufyān ibn ʿUyaynah disait que seule l’aumône est interdite à notre Prophète Muḥammad (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), invoquant ce verset à l’appui de sa remarque (rapporté par Ibn Jarīr).
Lorsqu’il vit leur état et qu’il remarqua ce qu’ils lui apportaient comme bien dérisoire, restant peut-être tout ce qui leur restait, il se fit reconnaître à eux et eut pour eux de la compassion, conformément à ce que Dieu, leur Seigneur, lui dicta. Il laissa voir à ses frères son noble visage, ainsi que le grain de beauté qu’ils connaissaient. «Savez-vous ce que vous avez fait à Joseph et à son frère alors que vous étiez ignorants ?» Bientôt, ils furent très étonnés, car ils étaient venus à lui à maintes reprises sans se douter que c’était lui-même. «Est-ce que vraiment tu es Joseph ?» Il répondit : «Je suis Joseph, et voici mon frère», c’est-à-dire : je suis celui envers qui vous avez agi comme vous l’avez fait, et vous avez commis dans mon cas ce qui vous a valu ce tort. «Et voici mon frère» vient renforcer sa révélation et rappeler ce qu’ils avaient fomenté envers eux deux, par jalousie et manigances. C’est pourquoi il dit : «Dieu nous a comblés de Ses bienfaits», à savoir : Il nous a gratifiés de Sa générosité et de Sa protection, Il nous a élevé et affermi notre dignité, en récompense de notre obéissance, de notre patience vis-à-vis du tort que vous nous avez causé, de notre bienveillance envers notre père, de l’affection qu’il nous portait et de sa compassion pour nous. «En vérité, quiconque craint Dieu et patiente, Dieu ne fait jamais perdre la récompense des bienfaisants (90). Ils dirent : ‘Par Dieu, Il t’a préféré à nous, et vraiment nous avons commis une faute’», c’est-à-dire : nous avons commis un tort à ton encontre et nous voici maintenant devant toi. Il leur dit : «Aujourd’hui, nul reproche ne sera fait contre vous», signifiant qu’aucune sanction ne leur serait infligée pour ce qu’ils avaient commis par le passé, et il alla même plus loin en disant : «Que Dieu vous pardonne, car Il est le plus Miséricordieux des miséricordieux.»