Ils forment un seul bloc contre toi, car leur pot-de-vin est considérable et leurs sacs sont remplis ; ainsi on attire leur sympathie et on obtient leur conseil sincère, de sorte qu’ils agissent comme un front uni. (1)
Un seul front contre toi, tandis que le cœur de tous les autres penche vers toi et que, demain, leurs épées seront brandies contre toi. Il leur dit : « Avez-vous des informations sur mon envoyé ? » Ils répondirent : « Qui est ton envoyé ? » Il dit : « C’est Qays ibn Mushir as-Saydâwî. » Ils dirent : « Oui, al-Ḥuṣayn ibn Numayr l’a arrêté et l’a envoyé à Ibn Ziyâd. Celui-ci a alors ordonné à Qays de te maudire, toi et ton père ; mais il a prié pour toi et pour ton père, a maudit Ibn Ziyâd et son père, a exhorté les gens à te soutenir et leur a annoncé ton arrivée. Sur ordre d’Ibn Ziyâd, on l’a ensuite précipité du haut du palais, et il est mort. » Les yeux de Ḥusayn s’embuèrent alors, puis il récita ce verset : « Parmi eux, il en est qui ont déjà accompli leur destinée, et parmi eux, il en est qui attendent… » (Coran 33 : 23). Puis il dit : « Ô Dieu, accorde-leur pour demeure le Paradis, et rassemble-nous avec eux dans Ta miséricorde, et dans les généreuses récompenses que Tu as mises en réserve. »
Puis, Ṭirimmâḥ ibn ‘Adiyy s’adressa à Ḥusayn en disant : « Je ne vois personne avec toi en dehors de ce petit groupe. Et je ne pense pas que ceux-là, qui marchent à tes côtés, soient de taille face à ceux qui te font face ; d’autant que l’extérieur de Kūfa est rempli de cavaliers et d’armées prêts à te viser ! Au nom de Dieu, si tu peux ne pas avancer vers eux ne serait-ce que d’un pas, fais-le. Si tu souhaites t’installer dans un lieu où Dieu te protègera le temps de réfléchir, viens avec moi pour que je t’héberge dans notre montagne, qui se nomme Ajā’. Dieu nous en a fait un rempart (2) contre les rois de Ghassān et de Ḥimyar, contre an-Nu‘mān ibn al-Mundhir et face à tous, qu’ils soient noirs ou roux. Par Dieu, nous n’y avons jamais subi d’humiliation ! J’irai avec toi pour te conduire au village. Là, tu feras appel aux hommes se trouvant à Ajā’ et Salmā de la tribu de Ṭayy’. Tu pourras ensuite rester parmi nous aussi longtemps qu’il te plaira. Je m’engage à ce que dix mille hommes de Ṭayy’ brandissent leurs épées devant toi. Par Dieu, jamais on ne pourra t’atteindre tant qu’un seul d’entre eux respirera. » Ḥusayn lui répondit : « Que Dieu te récompense ! » et il ne s’écarta pas de son objectif. Ṭirimmâḥ le quitta donc.
Ḥusayn poursuivit sa route, et quand la nuit fut venue, il ordonna à ses jeunes serviteurs de puiser suffisamment d’eau, puis il repartit. En chemin, il s’assoupit sur sa monture, la tête inclinée. À son réveil, il dit : « Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons, louange à Dieu, Seigneur de l’univers. » Puis il reprit : « J’ai vu un cavalier sur un cheval, qui disait : “Ils avancent et la mort s’avance vers eux.” J’ai compris que c’était l’annonce de notre propre fin. » Quand l’aube se leva, il pria avec ses compagnons, s’empressa de reprendre la route, puis s’orienta sur sa gauche jusqu’à parvenir à Naynawā. Là, un cavalier porteur d’un arc en bandoulière arriva de Kūfa. Il salua al-Ḥurr ibn Yazīd sans saluer Ḥusayn, puis remit à al-Ḥurr une lettre d’Ibn Ziyâd : il y était ordonné de faire bifurquer Ḥusayn vers une terre déserte (3), loin de tout village ou fortification, jusqu’à ce que ses messagers et ses troupes arrivent. Cela se passa le jeudi 2 muḥarram de l’an 61 de l’Hégire.
Le lendemain, ‘Umar ibn Sa‘d ibn Abī Waqqāṣ arriva à la tête de quatre mille hommes ; Ibn Ziyâd l’avait chargé de cette troupe pour combattre les Daylamites, et il avait établi son camp aux abords de Kūfa. Lorsqu’il fut arrivé, on l’informa à propos de Ḥusayn ; alors Ibn Ziyâd lui ordonna : « Va à sa rencontre ! Une fois que tu en auras fini avec lui, dirige-toi vers les Daylamites. » Et ‘Umar ibn Sa‘d le supplia de le dispenser de