Al-Mushmaʿill al-Asadiyayn rapportèrent :
« Al-Husayn arriva et, lorsqu’il s’arrêta à Sharaf (1), il dit à ses serviteurs, au moment de l’aube : “Puisez de l’eau en abondance.” Puis ils continuèrent leur route jusqu’au milieu de la matinée. Al-Husayn entendit alors un homme prononcer le takbîr (Allâhu akbar). Il lui demanda : “Pourquoi as-tu exalté Dieu (pourquoi as-tu fait le takbîr) ?” L’homme répondit : “J’ai vu des palmiers.” Les deux Asadiyayn lui dirent : “En ce lieu, personne n’a jamais vu de palmier.” Al-Husayn leur dit : “Alors, qu’estimez-vous qu’il ait aperçu ?” Ils répondirent : “Ce sont des cavaliers qui arrivent.” Al-Husayn demanda : “N’y a-t-il pas une position où nous pourrions appuyer notre dos et ainsi affronter l’ennemi d’un seul côté ?” Ils dirent : “Oui, Dhû Ḥusm.” Il s’engagea donc sur la gauche vers cet endroit, descendit de cheval et ordonna que l’on dresse ses tentes. Arrivèrent ensuite les cavaliers : mille hommes sous le commandement d’al-Ḥurr ibn Yazîd al-Tamîmî, l’avant-garde de l’armée envoyée par Ibn Ziyâd, qui se postèrent en face de lui au plus fort de la mi-journée. Al-Husayn et ses compagnons portaient leurs turbans, ceints de leurs épées. Al-Husayn ordonna à ses compagnons de boire abondamment, d’abreuver leurs montures puis d’offrir aussi à boire aux chevaux de leurs ennemis.
D’après son récit et celui d’autres, on raconte : quand l’heure de la prière de midi arriva, al-Husayn ordonna à al-Ḥajjâj ibn Masrûq al-Juʿfî de faire l’adhân (appel à la prière). Al-Husayn sortit alors vêtu d’un izâr (pièce de tissu couvrant le bas du corps), d’un ridâ’ (pièce de tissu couvrant le haut du corps) et de sandales. Il s’adressa aux gens parmi ses partisans et à ses adversaires, et leur exposa les raisons de son arrivée en ces lieux : on lui avait écrit depuis Kûfa qu’ils n’avaient pas d’imam ; “Si tu viens, nous te prêterons serment et combattrons à tes côtés.” Ensuite, la prière fut établie et al-Husayn proposa à al-Ḥurr : “Veux-tu diriger la prière pour tes hommes ?” Il répondit : “Non, c’est plutôt toi qui dirigeras, et nous prierons derrière toi.” Al-Husayn dirigea donc la prière pour tous, puis il regagna sa tente, où ses compagnons le rejoignirent ; al-Ḥurr retourna auprès de son armée, chacun restant sur ses gardes. À l’heure de la prière de l’après-midi, al-Husayn la dirigea à nouveau, puis il s’adressa à tous. Il les exhorta à l’écouter et à lui obéir, et à désavouer ceux qui s’opposaient à eux, ces prétendus chefs qui gouvernaient par l’injustice.
Al-Ḥurr lui dit : “Nous ne savons rien de ces lettres ni de l’identité de ceux qui te les ont écrites.” Al-Husayn fit alors apporter deux sacoches pleines de missives. Il les vida devant lui et en lut une partie. Al-Ḥurr déclara : “Nous ne sommes pas de ceux qui t’ont écrit (3), et nous avons reçu l’ordre, si nous te rencontrons, de ne pas te quitter avant de te conduire auprès de ʿUbayd Allâh ibn Ziyâd.” Al-Husayn répliqua : “La mort t’est plus proche que ce dessein !” Puis il dit à ses compagnons : “Remontez à cheval.” Ils le firent, de même que les femmes. Mais lorsque al-Husayn voulut se retirer, les hommes d’al-Ḥurr l’en empêchèrent.
Al-Husayn s’adressa alors à al-Ḥurr : “Périsse ta mère ! Que désires-tu ?” Al-Ḥurr répondit : “Par Dieu, si un autre que toi, parmi les Arabes, m’avait dit cela dans ta situation, je ne l’aurais pas laissé sans riposte et j’aurais rappelé sa mère. Mais ton cas ne permet rien d’autre que de parler de ta mère avec la plus grande considération.” Et les échanges se poursuivirent ainsi. »