Abou Mikhnaf a rapporté, d’après Abou ‘Ali al-Ansârî, d’après Bakr ibn Mus‘ab al-Muzanî, qui dit : « Al-Husayn ne traversait aucune des sources d’eau des Arabes sans que ceux-ci ne se mettent à le suivre. »
Abou Mikhnaf a également rapporté, d’après Abou Janâb, d’après ‘Adî ibn Harmala, d’après ‘Abd Allâh ibn Sulaym et al-Mudharrî (1) ibn al-Mashma‘ill al-Asadî : « Après avoir accompli notre pèlerinage, notre unique préoccupation fut de rejoindre al-Husayn. Nous l’atteignîmes alors qu’il venait de croiser un homme de la tribu de Banû Asad. Al-Husayn voulut lui parler et l’interroger, puis y renonça. Nous sommes alors allés voir cet homme et l’avons questionné sur la situation des gens. Il nous répondit : “Par Dieu, je n’ai pas quitté Kûfa avant que Muslim ibn ‘Aqîl et Hânî’ ibn ‘Urwah n’aient été tués, et je les ai vus traînés par leurs pieds sur la place du marché.” Nous avons donc rattrapé al-Husayn pour l’en informer. Il ne cessait de répéter : “Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons,” à plusieurs reprises. Nous lui dîmes : “Au nom de Dieu, prends garde à ta vie !” Il répondit : “Il n’y a plus de bien à vivre après eux.” Nous lui dîmes : “Puisse Dieu te venir en aide.” L’un de ses compagnons ajouta : “Par Dieu, tu n’es pas comme Muslim ibn ‘Aqîl. Si tu parvenais à Kûfa, les gens se rallieraient à toi avec plus d’empressement.” (2)
D’autres (rapporteurs) relatent que lorsque les compagnons d’al-Husayn eurent connaissance de la mort de Muslim ibn ‘Aqîl, les Banû ‘Aqîl ibn Abî Tâlib bondirent et dirent : “Non, par Dieu, nous ne rebrousserons pas chemin tant que nous n’aurons pas vengé notre frère ou partagé son sort.” Al-Husayn poursuivit alors son voyage. Parvenu à Zarûd (3), il apprit également que celui qu’il avait envoyé porter sa lettre aux habitants de Kûfa, après son départ de La Mecque et son arrivée à Hâjir, avait été tué. Il déclara : “Nos partisans nous ont abandonnés. Que celui qui souhaite s’en retourner le fasse sans crainte, car il n’encourra aucune faute ni ne rompra aucun engagement vis-à-vis de nous.”
Il est rapporté que beaucoup se dispersèrent alors loin de lui (4), à droite et à gauche, au point qu’il ne resta plus auprès de lui que ceux qui l’avaient accompagné depuis La Mecque. S’il agit ainsi, c’est parce qu’il pensait que ceux qui l’avaient suivi parmi les Bédouins le faisaient en croyant qu’il se rendait vers une cité déjà acquise à son autorité. Il ne voulait pas qu’ils le suivent sans connaître précisément la situation, sachant que, s’il leur en révélait toute la vérité, seuls ceux qui accepteraient de souffrir la mort avec lui resteraient à ses côtés. (5)
Au moment de l’aube, al-Husayn ordonna à ses jeunes gens de puiser beaucoup d’eau, puis il poursuivit sa route jusqu’à ce qu’il atteignît le fond de la ‘Aqaba, où il fit halte.
Muhammad ibn Sa‘d a rapporté : “Mûsâ ibn Ismâ‘îl nous a transmis le hadith, d’après Ja‘far ibn Sulaymân, d’après Yazîd ar-Rishk, qui tenait ses propos d’un homme ayant rencontré al-Husayn de visu : ‘J’aperçus des tentes dressées dans une vaste étendue déserte. Je demandai : « À qui sont ces tentes ? » On me répondit : « Elles appartiennent à… »’”