Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Hishâm ibn al-Kalbî a rapporté, d’après ‘Awâna ibn al-Hakam, d’après Labaṭa (1) ibn al-Farazdaq, d’après son père, qui déclara : « J’accomplissais le pèlerinage avec ma mère. Or, tandis que je menais son chameau dès notre entrée dans le Sanctuaire, durant les jours du Ḥajj – c’était l’année soixante –, je rencontrai al-Ḥusayn qui sortait de La Mecque, accompagné de ses épées et de ses boucliers. Je lui dis : “Que mon père et ma mère te soient sacrifiés, ô fils du Messager de Dieu ! Qu’est-ce qui t’a fait quitter le Ḥajj si vite ?” Il répondit : “Si je n’avais pas fait vite, on m’aurait pris.” Puis il me demanda : “D’où viens-tu ?” Je lui répondis : “Je suis un homme d’Irak.” Il m’interrogea alors au sujet des gens, et je lui dis : “Les cœurs sont avec toi, mais les sabres sont du côté des Banû Umayya.” Il évoqua ensuite des propos semblables à ceux déjà rapportés. »

Al-Farazdaq poursuivit : « J’interrogeai al-Ḥusayn au sujet de diverses questions et des rites du pèlerinage ; il me les expliqua. Je constatai qu’il parlait avec difficulté, car il souffrait d’une affliction (birsâm) (2) qu’il avait contractée en Irak. Puis je m’en allai et trouvai à l’intérieur du Ḥaram une tente (fustâṭ) (3) dressée avec un bel apparat : c’était celle de ‘Abd Allâh ibn ‘Amr ibn al-‘Âs. Il m’interrogea et je lui racontai ma rencontre avec al-Ḥusayn. Alors il me dit : “Pourquoi ne l’as-tu pas suivi ? Car le sabre (4) n’a pas de prise sur al-Ḥusayn ; il ne peut rien contre lui ni contre ses compagnons.” Al-Farazdaq éprouva du regret de ne pas l’avoir accompagné et songea à le rejoindre ; il avait été impressionné par les paroles d’ibn ‘Amr. Mais je me rappelai le destin des prophètes et le fait qu’on les avait tués, ce qui m’empêcha de me joindre à lui. Lorsque j’appris qu’il avait été tué, je maudis ibn ‘Amr.

Ibn ‘Amr déclarait souvent : “Par Dieu, ni l’arbre, ni le palmier, ni même l’enfant en bas âge n’atteindront leur développement tant que cette affaire n’aura pas mûri et ne se sera pas manifestée.” Quant à son propos “le sabre n’a pas de prise sur lui”, il voulait dire que l’arme en question n’était pas destinée à le tuer, bien que d’autres interprétations existent. Certains ont également avancé qu’il se moquait ainsi d’al-Farazdaq (5).

Ils racontent ensuite que, sans s’attarder, al-Ḥusayn reprit sa route jusqu’à ce qu’il arrive à Dhât ‘Irq. Abû Mikhnaf rapporta : « Al-Ḥârith ibn Ka‘b al-Wâlabî m’a informé, d’après ‘Alî ibn al-Ḥusayn ibn ‘Alî : “Lorsque nous quittâmes La Mecque, ‘Abd Allâh ibn Ja‘far adressa une lettre à al-Ḥusayn et l’envoya avec ses deux fils (6), ‘Awn et Muḥammad : ‘Après quoi, je t’implore par Dieu de revenir au moins un instant et de prêter attention à ma missive, car je redoute que la direction que tu prends ne conduise à ta perte et à l’anéantissement de ta famille. Si tu es tué aujourd’hui, la lumière de l’islam s’éteindra, puisque tu es le guide des bien-dirigés et l’espoir des croyants. Ne te hâte donc pas de partir, car je suis sur les traces de ma lettre. Que la paix soit sur toi.’” »

Puis ‘Abd Allâh ibn Ja‘far alla trouver ‘Amr ibn Sa‘îd, gouverneur de La Mecque, et lui dit : « Rédige une lettre à l’attention d’al-Ḥusayn, qui le rassure sur sa sécurité, et dans laquelle tu lui promets bonté et assistance ; garantis-le-lui par écrit et invite-le à faire demi-tour, peut-être se sentira-t-il en confiance et reviendra-t-il. » ‘Amr répondit : « Rédige toi-même ce que tu veux écrire, puis apporte-moi ta lettre pour que je la scelle. » Ainsi Ibn Ja‘far écrivit au nom de ‘Amr ibn Sa‘îd.

(1) Dans la version Ṭ, il est déformé en « Līṭa », et dans la version B, en « Labīṭa ». (2) « al-Barsām » : la pleurésie, une inflammation de la membrane entourant le poumon. (3) « al-Fuṣṭāṭ » : une grande tente en poil de chèvre. (4) « Yaḥīk » : il affecte (simule). (5) Le rapport est dans l’histoire de al-Ṭabarī (t. 5, p. 386-387), ainsi que dans al-Maʿrifa wa al-Tārīkh (t. 2, p. 673) et dans Mukhtaṣar Tārīkh Dimashq (t. 7, p. 144). (6) Dans la version Ṭ : « son fils », il s’agit d’une erreur.
وقال هشام بن الكلبي: عن عَوانة بن الحكم، عن لَبَطَة (١) بن الفَرَزدق، عن أبيه قال: حججتُ بأمي، فبينما أنا أسوق بها بعيرها حين دخلت الحرم في أيام الحج -وذلك سنة ستين- إذ لقيتُ الحسين خارجًا من مكة معه أسيافُه وأتراسُه، فقلت له: بأبي وأمي يا بنَ رسول اللَّه! ما أعجلك عن الحج؟ فقال: لو لم أعجل لأُخِذت. ثم سألني: ممن أنت؟ فقلت: امرؤ من العراق، فسألني عن الناس، فقلت له: القلوب معك، والسيوف مع بني أمية. وذكر نحو ما تقدم. قال الفرزدق: وسألت الحسين عن أشياء وعن المناسك، فأخبرني بها. قال: وإذا هو ثقيل اللسان من بِرْسام (٢) كان أصابه بالعراق. قال: ثم مضيت فإذا فُسْطاط (٣) مضروب في الحرم، وهيئة حسنة، فإذا هو لعبد اللَّه بن عمرو بن العاص، فسألني، فأخبرته أني لقيت الحسين، فقال: فهلّا اتَّبعته؟ فإن الحسين لا يَحِيكُ (٤) فيه السِّلاح، ولا يجوز فيه ولا في أصحابه. فندم الفرزدق وهمَّ أن يلحق به، ووقع في قلبه مقالة ابن عمرو، ثم ذكرت الأنبياء وقتلهم فصدَّني ذلك عن اللحاق به. فلمَّا بلغه أنه قُتل لَعَن ابن عمرو، وكان ابن عمرو يقول: واللَّه لا تبلغ الشجرةُ ولا النخلةُ ولا الصغيرُ حتى يبلغ هذا الأمر ويظهر. وإنما أراد ابن عمرو بقوله: لا يَحيك فيه السِّلاح، أي: السِّلاح الذي لم يقدَّر أن يقتل به. وقيل غير ذلك، وقيل: أراد الهَزْل بالفرزدق (٥) . قالوا: ثم سار الحسين لا يَلوي على شيء، حتى نزل ذات عِرْق. قال أبو مِخْنف: فحدّثني الحارث بن كعب الوالبي، عن علي بن الحسين بن علي قال: لمّا خرجنا من مكة كتب عبد اللَّه بن جعفر إلى الحسين مع ابنيه (٦) : عون ومحمد: أما بعد، فإني أسألك باللَّه لما انصرفتَ حتى تنظر في كتابي هذا، فإني مشفِق عليك من الوجه الذي توجَّهت له أن يكون فيه هلاكك واستئصال أهل بيتك، إن هلكت اليوم طُفئ نور الإسلام، فإنك علَم المهتدين، ورجاء المؤمنين، فلا تعجَل بالسير فإني في أثر كتابي، والسلام. ثم نهض عبد اللَّه بن جعفر إلى عمرو بن سعيد -نائب مكة- فقال له: اكتب إلى الحسين كتابًا تجعل له فيه الأمان، وتمنِّيه فيه البِرَّ والصلة، وتوثق له في كتابك، وتسأله الرجوع لعلَّه يطمئنُّ إلى ذلك فيرجع. فقال له عمرو: اكتب عني ما شئتَ وائتني به حتى أختمه. فكتب ابن جعفر على لسان عمرو بن سعيد
(١) تحرف في ط إلى: ليطة، وفي ب إلى: لبيطة. (٢) "البرسام": ذات الجنب، وهو التهابٌ في الغشاء المحيط بالرئة. (٣) "الفسطاط": بيت كبير من الشعر. (٤) "يحيك": يؤثر. (٥) الخبر في تاريخ الطبري (٥/ ٣٨٦ - ٣٨٧) وأيضًا في المعرفة والتاريخ (٢/ ٦٧٣) ومختصر تاريخ دمشق (٧/ ١٤٤). (٦) في ط: ابنه، خطأ.

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