C’est au sujet du verset « dans laquelle nous sommes revenus » : cela signifie que l’histoire que nous t’avons relatée – à savoir que les Égyptiens ont pris notre frère parce qu’il aurait volé – est une affaire qui s’est largement répandue en Égypte et dont les membres de la caravane, où nous nous trouvions avec eux, ont été informés. « Et nous sommes véridiques. » [v. 82].
(83) Il (Jacob) dit : « Vos âmes vous ont plutôt suggéré quelque chose (d’abominable). Il ne me reste plus qu’une belle patience. » Autrement dit, la situation n’est pas telle que vous la racontez, car il n’a pas volé, ce n’est ni dans sa nature ni dans son caractère. C’est seulement que vos âmes vous ont insinué cette affaire. Alors une belle patience s’impose.
Ibn Isḥāq et d’autres ont expliqué que, puisque leur négligence envers Benjamin découlait de ce qu’ils avaient déjà fait à Joseph, il (Jacob) leur adressa de telles paroles. Comme l’ont dit certains anciens : « La rétribution d’une mauvaise action est une autre mauvaise action qui s’ensuit. » Puis il poursuivit : « Peut-être Dieu me les ramènera tous ensemble » – c’est-à-dire Joseph, Benjamin et Rubil (Ruben) –, « car c’est Lui l’Omniscient », à savoir qu’Il connaît ma condition et ce que j’endure face à la séparation de ceux que j’aime, « le Sage » dans Ses décrets et actes, Lui qui possède la sagesse infinie et la preuve irréfutable.
« Il se détourna d’eux » : c’est-à-dire qu’il ignora (momentanément) ses fils et s’exclama : « Hélas pour Joseph ! » Son nouveau chagrin réveilla en lui le vieux deuil et raviva ce qui sommeillait déjà. Comme l’a dit l’un des poètes (mètre al-kāmil) :
« Promène ton cœur d’amour en amour comme tu voudras… / L’amour ne saurait être que pour le premier bien-aimé. »
Et un autre (mètre aṭ-ṭawīl) :
« Mon compagnon, voyant mes larmes abondantes devant la tombe, / me reprocha d’y verser trop de pleurs.
– Te mets-tu donc à pleurer devant chacune que tu aperçois / en songeant à celle qui se trouve entre al-Liwā et les Dakādik ?
– Je lui répondis : c’est que la douleur éveille la douleur ; / laisse-moi, car tout cela, c’est comme la tombe de Mālik. »
Quant au verset : « et ses yeux devinrent blancs de tristesse », cela signifie : ils blanchirent à force de pleurer. « Il était plein de tristesse » : il contenait son chagrin, son regret et sa nostalgie pour Joseph. Lorsque ses fils virent à quel point il souffrait, accablé par la peine et la douleur de la séparation, ils lui dirent, mus par la compassion et la bienveillance : « Par Dieu ! Tu ne cesseras de te rappeler Joseph jusqu’à dépérir ou jusqu’à être au nombre des morts. » Autrement dit, ils lui signifiaient qu’il ne cesserait de le pleurer au point de s’affaiblir ou de périr, et qu’il eût mieux valu qu’il se montrât plus indulgent envers lui-même.
Alors Jacob leur répondit : « Je ne me plains qu’à Dieu de mon angoisse et de ma tristesse, et je sais de la part de Dieu ce que vous ne savez pas. » Autrement dit, il s’adresse à ses fils : je ne me plains ni à vous ni à qui que ce soit, mais j’adresse ma plainte à Dieu (qu’Il soit glorifié). Je sais qu’Il m’apportera une délivrance et une issue à la situation dans laquelle je me trouve. Je sais par ailleurs que le songe de Joseph se réalisera assurément et que je finirai par me prosterner devant lui, moi et vous tous, comme il l’a vu. C’est pourquoi il ajoute : « Je sais de la part de Dieu ce que vous ne savez pas. »
Ensuite, il les exhorte à partir à la recherche de Joseph et de son frère, et à renouer l’enquête sur leur affaire : « Ô mes fils, partez et tâchez de vous renseigner à propos de Joseph et de son frère. Ne perdez pas espoir dans la miséricorde de Dieu, car seuls les gens mécréants désespèrent de la miséricorde de Dieu. »