L’édition critique des manuscrits et le soin apporté aux textes constituent une discipline à part entière. Les savants musulmans ont, depuis fort longtemps, posé des bases solides pour l’exercer, et nous ont livré, dès l’époque des manuscrits, de remarquables exemples d’authentification et de vérification. Pour illustrer cela, nous citerons deux ouvrages importants qui forment un modèle parmi des dizaines d’autres : le Muwattâ de l’imam Mâlik selon la transmission de Yahyâ ibn Yahyâ al-Laythî, et le Sahîh d’al-Bukhârî.
En effet, le grand érudit Jamâl ad-Dîn Muhammad ibn Yûsuf, connu sous le nom d’Ibn Masdî al-Andalusî al-Gharnâtî, qui vécut et fut inhumé à La Mecque (599–663 H), s’est particulièrement intéressé à la transmission d’al-Laythî du Muwattâ. Il l’a reçue de nombreux maîtres dans différents pays et à travers diverses chaînes de transmission. Il a ensuite comparé plusieurs copies, se constituant pour lui-même un exemplaire établi avec une grande précision, en s’appuyant sur de multiples narrations. Chaque tradition détenait un symbole particulier qu’il indiqua au début de son exemplaire, tout en notant en marge les divergences (1).
Deux éminents savants se sont également consacrés au Sahîh d’al-Bukhârî : al-Yûnînî et Ibn Mâlik (l’auteur de l’Alfiyya). Ils ont réuni l’ensemble des transmissions du Sahîh, les ont comparées, puis ont tranché sur les différentes variantes de lecture, tout en relevant en marge les variantes entre elles. Il en est résulté l’une des plus grandes copies du Sahîh d’al-Bukhârî, la plus fiable et la plus précise. C’est d’ailleurs sur cette version que le sultan ‘Abd al-Hamîd – qu’Allâh lui fasse miséricorde – a fait imprimer le « Sahîh » ; elle demeure jusqu’à nos jours l’édition la plus exacte et la plus soignée de cet ouvrage. Tous ceux qui l’ont publié depuis lors en dépendent, et je doute qu’aucun éditeur contemporain soit en mesure de la dépasser.
Cela dit, la diffusion et la facilité de l’imprimerie moderne ont poussé nombre de personnes sans scrupule, se réclamant de la publication ou de l’édition critique des textes, à faire paraître des ouvrages remplis de contresens, d’erreurs et d’omissions, ou à pirater des livres déjà établis sur des bases scientifiques, dans le seul but d’un profit rapide. Ils portent ainsi préjudice aux droits moraux des éditeurs sérieux et aux droits matériels des maisons d’édition consciencieuses, tout en nuisant à tout travail rigoureux, ainsi qu’à l’ensemble des éditeurs sincères. En économie, on dit : « La mauvaise monnaie chasse la bonne ». Puisse Dieu nous préserver et nous accorder la sécurité.
La « Dâr Ibn Kathîr » d’édition, d’impression et de diffusion, fondée en 1984 à Damas et à Beyrouth, compte parmi les grandes maisons d’édition qui œuvrent avec sérieux au service de la culture islamique. Elle a souhaité contribuer à la réédition et à la publication de livres fondamentaux (2) dans leurs domaines. Son nom même a sans doute constitué un encouragement déterminant pour assumer l’édition critique de l’ouvrage « Al-Bidâya wa-n-Nihâya », car il s’agit de l’une des plus grandes réalisations de l’historien et traditionniste Ibn Kathîr – qu’Allâh lui fasse miséricorde –, reconnue pour son intérêt historique.