À Mina, au moment de la mi-journée, ils dirent : Hussein fit le tawâf autour de la Ka‘ba et réalisa le parcours entre al-Safâ et al-Marwa, puis il raccourcit ses cheveux et se libéra ainsi de son ‘umra. Ensuite, il se mit en route vers Kufa, tandis que nous nous sommes dirigés avec les gens vers Mina (1).
Abou Mikhnaf raconta : « M’a rapporté al-Hârith ibn Ka‘b al-Wâlabî, d’après ‘Uqba ibn Sim‘ân, que lorsque Hussein quitta la Mecque, il fut intercepté par les émissaires de ‘Amr ibn Sa‘îd – c’est-à-dire le gouverneur de la Mecque – menés par son frère Yahyâ ibn Sa‘îd. Ils lui dirent : “Fais demi-tour ! Où vas-tu donc ?” Mais il refusa et poursuivit sa route. Les deux groupes en vinrent alors à se heurter, se frappant de fouets et de bâtons. Hussein et ses compagnons résistèrent farouchement et continuèrent leur chemin. On l’interpella alors en disant : “Ô Hussein ! Ne crains-tu pas Dieu ? Quitterais-tu la communauté et sèmerais-tu la division au sein de la Umma après que l’unité de la parole ait été rétablie ?” Hussein répondit en citant la parole de Dieu (2) : « Pour moi mes actes, et pour vous les vôtres. Vous êtes innocents de ce que je fais et je suis innocent de ce que vous faites. » [Yûnus (Jonas), 41].
Hussein se rendit ensuite à al-Tan‘îm (3) et y rencontra une caravane que Bahîr ibn Raysân (4) al-Himyarî, gouverneur du Yémen, envoyait à Yazîd ibn Mu‘âwiya. Elle transportait du warss (une teinture) et de nombreux vêtements précieux. Hussein s’en empara, puis s’en alla avec ces biens. Il engagea des chameliers pour transporter la cargaison vers Kufa (5) et leur remit leur salaire.
Abou Mikhnaf poursuivit alors son récit selon sa première chaîne de transmission : al-Farazdaq (6) croisa Hussein en chemin, le salua et lui dit : “Que Dieu exauce ta requête et t’accorde ce que tu espères.” Hussein l’interrogea sur la situation des gens (7) derrière lui. Al-Farazdaq répondit : “Leur cœur est avec toi, mais leurs épées sont du côté des Banû Umayya. Le décret descend du ciel et Dieu agit comme Il veut.” Hussein répliqua : “Tu as raison. Le commandement appartient à Dieu, d’abord et en dernier ressort. Il fait ce qu’Il veut. Chaque jour, notre Seigneur accomplit une œuvre. Si le destin se réalise comme nous l’aimons, nous louons Dieu pour ses bienfaits, et nous demandons Son aide pour Lui en être reconnaissants. Mais si le destin va à l’encontre de nos espérances, qu’il n’y ait aucun grief envers celui dont l’intention est la vérité et la conscience la piété.” Puis Hussein fit avancer sa monture, lança : “Que la paix soit sur vous !” et ils se séparèrent (9).