Je t’en conjure par Dieu, ne te précipite pas vers la perte demain en te mettant dans une mauvaise situation. Ne te rends pas en Irak. Et si tu dois absolument y aller, alors reste jusqu’à ce que la saison (du pèlerinage) s’achève, que tu rencontres les gens, que tu saches ce qu’ils feront, puis tu décideras. Cela se passait durant les premiers jours de Dhou l-Hidja. Mais al-Hussein refusa et voulut malgré tout partir pour l’Irak.
Ibn ‘Abbas lui dit : « Par Dieu, je te crois promis à la mort, demain, au milieu de tes épouses et de tes filles, comme ‘Othmân fut tué parmi ses femmes et ses filles. Par Dieu, je crains que ce ne soit par toi que l’on réclame le prix du sang d’Othmân. Nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons. »
Al-Hussein répondit : « Ô Abou al-‘Abbâs, tu es un vieil homme désormais. »
Ibn ‘Abbas répliqua : « Sans craindre que cela ne soit un déshonneur pour toi et pour moi, j’aurais saisi tes cheveux. Et si je savais que, si nous en venions à l’affrontement, tu cèderais, je l’aurais fait. Mais je pense que rien ne te détournera de ton dessein. »
Al-Hussein lui dit : « Il m’est plus doux d’être tué dans n’importe quel endroit que de voir la Mecque profanée à cause de moi. » (il faisait allusion à la ville sainte).
Ibn ‘Abbas se mit alors à pleurer et dit : « Tu as par là donné satisfaction à Ibn az-Zoubayr. C’est cela qui m’apaise un peu. » Puis Ibn ‘Abbas sortit, courroucé ; il trouva Ibn az-Zoubayr devant la porte. Quand Ibn az-Zoubayr le vit, il s’exclama : « Ô fils d’az-Zoubayr ! Voici ce que tu attendais avec joie : Abou ‘Abd Allah s’en va et te laisse le Hedjaz. » Ensuite, il cita ces vers :
« Ô caille, te voilà seule dans la plaine ;
Ponds tes œufs et gazouille librement :
Picore la terre autant qu’il te plaira. »
Puis, al-Hussein envoya un message à Médine pour qu’on le rejoigne. Ainsi, dix-neuf hommes de Banou ‘Abd al-Mouttalib, ainsi que des femmes et des enfants – ses frères, ses filles et ses épouses – le précédèrent. Muhammad ibn al-Hanafiyya partit derrière eux et rattrapa al-Hussein à la Mecque. Il l’informa que, selon lui, partir ce jour-là n’était pas pertinent, mais al-Hussein refusa. Alors Muhammad ibn al-Hanafiyya retint ses propres fils et n’envoya personne d’entre eux. Al-Hussein en eut du ressentiment à son égard et lui dit : « Épargnes-tu tes fils de l’endroit où je vais périr ? »
Muhammad répondit : « Quel profit aurais-je s’ils périssent avec toi, alors que ton malheur nous touche encore plus qu’eux ? »
On raconte que les gens d’Irak envoyèrent à al-Hussein des messagers et des lettres pour l’appeler à venir auprès d’eux. Il prit donc la route, accompagné de sa famille et de soixante vieillards de Koufa, et cela eut lieu un lundi, le dixième jour de Dhou l-Hidja de la soixantième année. Marwân écrivit alors à Ibn Ziyâd : « Après quoi, sache que l’imam al-Hussein ibn ‘Alî est en marche vers toi, or il est le fils de Fâtima. »