Amr ibn Saʿīd ibn al-ʿĀṣ, gouverneur des Deux Lieux Saints, lui écrivit alors :
« Je prie Allah de t’inspirer la droiture et de t’écarter de tout ce qui pourrait te perdre. Il m’est parvenu que tu as pris la décision de te rendre en Irak ; je te mets en garde, au nom d’Allah, contre la dissension. Si tu crains quelque chose, alors viens à moi ; je t’offre ma protection, ainsi que la bienveillance et le soutien. »
Al-Hussein lui répondit :
« Si ta lettre avait pour but de me témoigner bonté et maintien d’un lien fraternel, puisse-tu en être récompensé dans ce monde et dans l’au-delà. Nous ne nous élevons point contre quiconque appelle à Allah, accomplit de bonnes œuvres et dit : “Je suis au nombre des musulmans.” Le meilleur garant est celui d’Allah ; et quiconque ne Le craint pas en ce monde ne croit pas réellement en Lui. C’est pourquoi nous demandons à Allah une crainte en ce monde qui nous vaille la sécurité auprès de Lui au Jour de la Résurrection. »
On raconte ensuite que Yazid ibn Muʿāwiya écrivit à Ibn ʿAbbās pour l’informer qu’Al-Hussein était parti vers La Mecque, en ajoutant : « Je pense qu’il a reçu la visite de gens du Mashriq (l’Orient) qui lui ont promis le califat. Tu les connais, et tu as acquis de l’expérience à leur sujet. S’il a effectivement agi ainsi, il a rompu une parenté solide. Or tu es le chef de ta famille, l’homme vers qui tous se tournent ; empêche-le donc d’œuvrer à la division. »
Et il envoya ces vers à l’intention d’Ibn ʿAbbās et de ceux qui se trouvaient à La Mecque et à Médine parmi Quraysh :
« Ô toi, cavalier parti à l’aube, en route vers ta destination
Sur une robuste monture qu’aucun obstacle ne freine (1)
Porte à Quraysh – malgré l’éloignement – ce message :
Entre moi et Hussein, il y a Allah et le lien de la parenté.
Je prends à témoin la station devant la Maison sacrée
Du serment fait à Allah ; or l’on se doit de tenir ses promesses.
Vous vous êtes glorifiés aux dépens de votre peuple, tirant fierté de votre mère ;
Par ma vie, c’est une mère chaste, vertueuse, et noble.
Nul ne peut égaler son mérite : elle est la fille du Messager,
Le meilleur des hommes ; ils le savent tous.
Son mérite, c’est aussi le vôtre ; quant aux autres gens de votre tribu,
Ils ont également leur part dans le prestige de cette ascendance.
Je sais, ou bien je le présume avec la certitude du savant
– le soupçon pouvant parfois se révéler vrai –
Qu’il vous arrivera de la part de ce que vous revendiquez
Une ruine qui fera de vous des proies pour vautours et milans (2).
Ô mon peuple, ne rallumez pas la guerre quand elle s’est calmée,
Tenez-vous à l’accord de paix, agrippez-vous-en.
D’autres, avant vous, ont goûté à la guerre,
Et bien des nations en ont péri.
Rendez justice à votre parenté, ne périssez pas par orgueil (3),
Car nombreux sont ceux dont l’orgueil a provoqué la chute (4). »
Il est rapporté enfin qu’Ibn ʿAbbās lui répondit :
« J’espère sincèrement que la démarche d’Al-Hussein ne sera pas telle que tu la crains. Quant à moi, je ne cesserai de le conseiller en tout ce qui peut réunir les cœurs et éteindre les braises de la discorde. »
Puis Ibn ʿAbbās se rendit auprès d’Al-Hussein ; il s’entretint longuement avec lui et déclara