Abû Saʿîd al-Khudrî a dit : « Al-Ḥusayn m’a devancé dans sa décision de partir. Je lui ai alors dit : “Crains Dieu pour ta propre personne, reste chez toi et ne t’insurge pas contre ton imam.” »
Abû Wâqid al-Laythî a déclaré : « J’ai appris qu’al-Ḥusayn ibn ʿAlî avait pris la route, alors je l’ai rejoint à Malal (1) et je l’ai adjuré, au nom de Dieu, de ne pas partir, car il quittait ainsi sa demeure sans motif valable, au risque de se faire tuer. » Il répondit : « Je ne reviendrai pas en arrière. »
Jâbir ibn ʿAbd Allâh a dit : « J’ai parlé à al-Ḥusayn et je lui ai dit : “Crains Dieu, ne lance pas les gens les uns contre les autres. Par Dieu, vous n’avez pas retiré de louange de ce que vous avez fait.” Mais il ne m’a pas écouté. »
Saʿîd ibn al-Musayyib a dit : « Il aurait été préférable pour al-Ḥusayn de ne pas partir. »
Abû Salama ibn ʿAbd al-Raḥmân a dit : « Al-Ḥusayn aurait dû se méfier des habitants de l’Irak et ne pas s’y rendre. Mais c’est Ibn al-Zubayr qui l’a encouragé à partir. »
Al-Miswar ibn Makhrama lui écrivit : « Garde-toi d’être trompé par les lettres des habitants de l’Irak et par la parole d’Ibn al-Zubayr, qui prétend : “Rejoins-les, car ils te soutiendront.” (2) Ne quitte pas le sanctuaire sacré. S’ils ont réellement besoin de toi, ils viendront te chercher sur leurs montures jusqu’à te rencontrer, afin que tu partes alors en force et en nombre. » Al-Ḥusayn le remercia et dit : « Je consulterai Dieu au sujet de cette affaire. »
ʿAmra bint ʿAbd al-Raḥmân lui écrivit également, exprimant sa vive réprobation quant à son projet et lui ordonnant d’obéir (au souverain) et de rester uni à la communauté. Elle l’informa que, s’il ne le faisait pas, il irait de lui-même à sa perte. Elle ajouta : « Je témoigne avoir entendu ʿÂʾisha dire qu’elle avait entendu le Messager de Dieu (ﷺ) déclarer : “Al-Ḥusayn sera tué sur la terre de Bābil.” » Lorsqu’il lut sa lettre, il dit : « Je dois donc me rendre à mon destin. » Et il poursuivit sa route (3).
Abû Bakr ibn ʿAbd al-Raḥmân ibn al-Ḥârith ibn Hishâm vint alors le voir, et lui dit : « Ô fils de mon cousin ! Tu sais ce que les habitants de l’Irak ont fait à ton père et à ton frère. Pourtant, tu veux te rendre auprès d’eux, alors qu’ils sont de simples serviteurs de ce bas monde : celui qui t’a promis son soutien se retournera contre toi, et celui à qui tu es le plus cher te délaissera. Je t’en conjure au nom de Dieu pour ta propre personne ! » Al-Ḥusayn répondit : « Que Dieu te récompense, ô fils de mon cousin. Quoi que Dieu décrète, cela arrivera. » Abû Bakr ajouta : « En vérité, nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons. Nous plaçons Abû ʿAbd Allâh sous la protection de Dieu. »
ʿAbd Allâh ibn Jaʿfar lui écrivit également une lettre pour l’avertir au sujet des gens de Kûfa (4), le conjurant, au nom de Dieu, de ne pas partir vers eux. Al-Ḥusayn lui répondit : « J’ai fait un songe dans lequel j’ai vu le Messager de Dieu (ﷺ) m’enjoindre quelque chose. Je vais m’y conformer et je n’en dirai rien à quiconque avant d’avoir accompli ce qui m’a été ordonné. »