Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Al-Zubayr et son compagnon déclarèrent : « C’est bien le Yazid que nous connaissons ; par Dieu, il n’a acquis ni résolution ni bravoure. » Al-Walid s’était montré dur envers al-Husayn : celui-ci l’insulta et lui attrapa son turban en le lui arrachant de la tête. Al-Walid s’écria : « Si nous provoquons Abû ‘Abd Allâh, ce n’est qu’un lion (1). » Marwân – ou l’un de ceux qui l’entouraient – dit alors : « Tuez-le. » Al-Walid répondit : « C’est un sang précieux, soigneusement préservé au sein des Banû ‘Abd Manâf (2). »

On raconte qu’al-Husayn et Ibn al-Zubayr quittèrent la ville durant la nuit pour se rendre à La Mecque. À l’aube, les gens se présentèrent pour prêter allégeance à Yazid ; on chercha al-Husayn et Ibn al-Zubayr, mais on ne les trouva pas. Al-Miswar ibn Makhrama déclara : « Al-Husayn s’est hâté, tandis qu’Ibn al-Zubayr tentait de le retenir pour avoir ensuite le champ libre à La Mecque. » Ils parvinrent ainsi à La Mecque : al-Husayn descendit dans la demeure d’al-‘Abbâs, et Ibn al-Zubayr s’installa près du Hijr, revêtit un vêtement ma‘afari (3), et se mit à inciter les gens contre les Umayyades. Il rendait visite matin et soir à al-Husayn, le conseillant de partir pour l’Irak, en disant : « Ce sont tes partisans et ceux de ton père. » Mais Ibn ‘Abbâs le dissuadait de partir.

De même, ‘Abd Allâh ibn Muti‘ dit à al-Husayn : « Puissé-je être sacrifié pour toi, avec mon père et ma mère ! Fais-nous la grâce de ta présence et ne pars pas pour l’Irak. Par Dieu, si ce peuple te tue, il fera de nous leurs serviteurs et leurs esclaves. » On raconte aussi que ‘Abd Allâh ibn ‘Umar et ‘Abd Allâh ibn ‘Ayyâsh ibn Abî Rabî‘a (4) le rencontrèrent, lui et Ibn al-Zubayr, à al-Abwâ’ (5) alors qu’ils revenaient de la ‘umra. Ibn ‘Umar leur dit : « Je vous exhorte, par Dieu, à revenir et à entrer dans les rangs de ceux qui font le bien. Regardez ensuite si les gens s’unissent autour de cette cause ; alors ne vous en écartez pas. S’ils se divisent (6), vous pourrez faire ce que vous voudrez. »

Ibn ‘Umar ajouta : « Ne pars pas, car le Messager de Dieu (ﷺ) reçut de Dieu le choix entre ce bas-monde et l’au-delà, et il choisit l’au-delà. Tu fais partie de lui, et tu ne l’obtiendras pas (il sous-entendait la vie d’ici-bas). » Il l’enlaça alors, pleura et lui fit ses adieux. Ibn ‘Umar avait coutume de dire : « Husayn ibn ‘Alî n’a pas tenu compte de nos avertissements en s’en allant. Pourtant, par ma vie, il a vu dans la vie de son père et de son frère un enseignement, observant la discorde et la défaillance des gens à leur égard (7). Il aurait dû ne plus se soulever de son vivant et accepter de se joindre à ce dans quoi les gens s’étaient engagés, car demeurer avec la communauté est préférable. »

Quant à Ibn ‘Abbâs, il lui demanda : « Où te rends-tu, ô fils de Fâtima ? » Il répondit : « En Irak, auprès de mes partisans. » Ibn ‘Abbâs reprit : « Je désapprouve ta décision : tu pars vers des gens qui ont tué ton père et transpercé ton frère, à tel point qu’il les a quittés plein de colère et de lassitude à leur égard ? Je t’adjure par Dieu de ne pas te mettre en péril. »

(1) Dans A, édition : "شرًا" (mal) est une erreur. (2) Le récit dans l'abrégé de l'Histoire de Damas (7/138) et dans Siyar A‘lam al-Nubala’ (3/295) est également rapporté d'Ibn Sa‘d. (3) "Al-Mu‘āfirī" : vêtements attribués à la tribu de Ma‘āfir du Yémen. (4) Dans A, édition : ‘Abd Allāh b. ‘Abbās et Ibn Abī Rabi‘a. Dans l'abrégé de l'Histoire de Damas (7/139) : ‘Abd Allāh b. ‘Abbās b. Abī Rabi‘a ; ces deux formes sont des erreurs de copiste. La forme correcte est celle que nous avons établie dans B et dans Siyar A‘lam al-Nubala’ (3/296). (5) "Al-Abwāʾ" : une montagne à droite sur le chemin de l'ascension vers La Mecque depuis Médine ; une localité est nommée d'après cette montagne, cf. Mu‘jam al-Buldan (1/79). (6) Dans l'édition : "افتَرَقوا" (ils se sont séparés), alors que la forme correcte est celle que nous avons établie dans M et dans Ṭabaqāt Ibn Sa‘d (1/444), forme que l'on retrouve dans l'Histoire de Damas (14/208) et Siyar A‘lam al-Nubala’ (3/296). (7) Dans l'édition : "لهما" (pour eux deux), la forme correcte est celle que nous avons établie, comme mentionné dans les sources citées précédemment.
الزُّبَير وقالا: هو يزيد الذي نعرف، واللَّه ما حدث له عزم ولا مروءة. وقد كان الوليد أغلظ للحسين، فشتمه الحسين وأخذ بعِمَامته فنزعها من رأسه، فقال الوليد: إنْ هِجْنا بأبي عبد اللَّه إلّا أسدًا (١) . فقال له مروان - أو بعض جلسائه: اقتُلْه، فقال: إنَّ ذلك لدمٌ مضنونٌ به مَصُونٌ في بني عبد مناف (٢) . قالوا: وخرج الحسين وابن الزُّبَير من ليلتهما إلى مكة، وأصبح الناس، فغَدَوا على البيعة ليزيد، وطُلِب الحسينُ وابن الزُّبَير فلم يوجدا، فقال المِسْور بن مَخْرمة: عجل الحسين، وابنُ الزُّبَير يلفتُه ويرجِّيه ليخلوَ بمكة. فقدِمَا مكة، فنزل الحسين دار العباس، ولزم ابن الزُّبَير الحِجر، ولبس المعافريّ (٣) وجعل يحرِّض الناس على بني أمية، وكان يغدو ويروح إلى الحسين، ويشير عليه أن يقدَم العراق، ويقول: هم شيعتك وشيعة أبيك. وكان ابن عباس ينهاه عن ذلك. وقال له عبد اللَّه بن مطيع: إني فداؤك وأبي وأمي، فأَمتِعْنا بنفسك ولا تَسِرْ إلى العراق، فواللَّه لئن قتلك هؤلاء القوم ليتخذُنّا عبيدًا وخَوَلًا. قالوا: ولقيهما عبد اللَّه بن عمر وعبد اللَّه بن عياش (٤) بن أبي ربيعة بالأَبْواء (٥) منصرفَيْن من العمرة، فقال لهما ابن عمر: أذكِّركما اللَّهَ إلَّا رجعتُما فدخلتُما في صالح ما يدخل فيه الناس، وتنظرا، فإن اجتمع الناس عليه فلم تشذّا، وإن افترق (٦) عليه كان الذي تريدان. وقال له: لا تخرج، فإن رسول اللَّه ﷺ خيَّره اللَّه بين الدنيا والآخرة فاختار الآخرة، وإنك بضعة منه ولا تنالها -يعني الدنيا- واعتنقه وبكى وودَّعه. فكان ابن عمر يقول: غلبنا حسين بن عليٍّ بالخروج، ولَعَمري لقد رأى في أبيه وأخيه عبرة، فرأى من الفتنة وخِذْلان الناس لهم (٧) ما كان ينبغي له أن لا يتحركَ ما عاش، وأن يدخل في صالح ما دخل فيه الناس، فإن الجماعة خير. وقال له ابن عباس: وأين تريد يا بن فاطمة؟ فقال: العراق وشيعثي، فقال: إني لكارهٌ لوجهك هذا، تخرج إلى قوم قتلوا أباك وطعنوا أخاك حتى تركهم سخطةً وملالةً لهم؟! أذكِّرك اللَّهَ أن تغرِّر بنفسك.
(١) في أ، ط: "شرًا"، خطأ. (٢) والخبر في مختصر تاريخ دمشق (٧/ ١٣٨) وسير أعلام النبلاء (٣/ ٢٩٥) أيضًا نقلًا من ابن سعد. (٣) "المعافري": ثياب تنسب إلى قبيلة معافر اليمن. (٤) في أ، ط: عبد اللَّه بن عباس وابن أبي ربيعة. وفي مختصر تاريخ دمشق (٧/ ١٣٩) عبد اللَّه بن عباس بن أبي ربيعة وكلاهما تصحيف. والصواب ما أثبتناه من ب وسير أعلام النبلاء (٣/ ٢٩٦). (٥) "الأبواء": جبل على يمين الطريق للمصعد إلى مكة من المدينة، وهناك بلدة تنسب إلى هذا الجبل معجم البلدان (١/ ٧٩). (٦) في ط: "افترقوا"، وما أثبتناه من م وطبقات ابن سعد (١/ ٤٤٤) وهو الذي في تاريخ دمشق (١٤/ ٢٠٨) وسير أعلام النبلاء (٣/ ٢٩٦). (٧) في ط: "لهما"، وما أثبتناه كما في المصادر التي تقدمت.

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