Il ne savait rien de tout cela, mais il avait néanmoins résolu de partir à leur rencontre et de se rendre auprès d’eux. Son départ de La Mecque se produisit le jour de at-Tarwiya, soit un jour avant le meurtre de Muslim – car Muslim fut tué le jour de ʿArafah. Lorsque les gens pressentirent qu’il quittait La Mecque, ils craignirent pour lui et l’en avertirent, en lui rappelant ce qui était arrivé à son père et à son frère entre leurs mains (1).
Sufyân ibn ʿUyayna rapporte d’Ibrâhîm ibn Maysara, lui-même tenant de Tâwûs, d’après Ibn ʿAbbâs, que ce dernier a dit : « Al-Husayn ibn ʿAlî me consulta au sujet de son départ. Je lui dis alors : “Si les gens ne nous avaient pas couverts toi et moi de reproches, j’aurais attrapé tes cheveux pour t’empêcher de partir.” Ce à quoi il me répondit : “Il m’est plus cher d’être tué à tel ou tel endroit que de l’être à La Mecque.” Ibn ʿAbbâs conclut : “C’est ce qui m’a réconforté à son propos.” »
Abû Mikhnaf rapporte, d’après Al-Hârith ibn Kaʿb al-Wâlbî, lui-même d’après ʿUqbah ibn Simʿân, que lorsque Al-Husayn se décida fermement à se rendre à Kûfa, Ibn ʿAbbâs vint à sa rencontre et lui dit : « Ô fils de mon oncle ! On raconte que tu vas partir pour l’Irak. Dis-nous ce que tu comptes faire ! » Al-Husayn répondit : « J’ai l’intention de partir l’un de ces deux jours, si Dieu le veut. » Ibn ʿAbbâs reprit : « Explique-moi : s’ils t’ont appelé après avoir tué leur gouverneur, chassé leur ennemi et sécurisé leur pays, alors rends-toi auprès d’eux. Mais si leur gouverneur est encore en vie et qu’il les domine ; si ses agents prélèvent toujours des impôts dans leurs provinces, c’est qu’ils ne t’ont fait venir que pour la discorde et l’affrontement. Je crains qu’ils ne lancent la population contre toi et ne retournent les cœurs, de sorte que ceux qui t’ont invité se révèlent tes pires ennemis. » Al-Husayn dit alors : « Je sollicite la guidance de Dieu et j’attendrai de voir ce qu’il adviendra. »
Après qu’Ibn ʿAbbâs se fut retiré, Ibn az-Zubayr entra et s’adressa à Al-Husayn en ces termes : « Je ne sais pas ce que nous laissons à ces gens, alors que nous sommes, nous, les fils des premiers Émigrés (Muhâjirîn) et les détenteurs légitimes de cette autorité plutôt qu’eux. Dis-moi ce que tu comptes faire. » Al-Husayn répondit : « Par Dieu ! J’envisage de me rendre à Kûfa ; en effet, mes partisans et les notables de la ville m’ont appelé à venir. Je consulte la volonté de Dieu. » Ibn az-Zubayr lui dit alors : « Si j’avais, moi, parmi eux, des partisans comme les tiens, je ne me serais pas détourné d’eux. » Puis, quand il sortit, Al-Husayn commenta : « Ibn az-Zubayr sait pertinemment qu’il n’a aucun pouvoir sur cette affaire avec moi et que les gens ne le préféreront pas à moi ; c’est pourquoi il voudrait que je quitte la ville pour qu’elle lui revienne. »
Dans la soirée ou le lendemain, Ibn ʿAbbâs revint auprès d’Al-Husayn et lui dit : « Ô fils de mon oncle ! Je fais tout mon possible pour me contenir, mais je ne puis m’y résoudre. J’ai peur que, sur cette route, tu ne sois conduit à ta perte. Les gens d’Irak sont un peuple perfide ; ne te fie pas à eux. Reste dans cette cité jusqu’à ce qu’ils chassent l’ennemi de chez eux, puis rends-toi auprès d’eux. Sinon, pars plutôt pour le Yémen ; tu y trouveras forteresses et défilés. Ton père y avait des partisans ; tu pourras rester à l’écart des autres et leur envoyer tes émissaires. J’espère qu’en agissant ainsi, tu obtiendras ce que tu souhaites. » Al-Husayn répondit : « Ô fils de mon oncle ! Par Dieu, je sais que tu es un conseiller sincère et bienveillant, mais j’ai pris ma décision. » Ibn ʿAbbâs répliqua : « Si tu dois absolument partir, alors ne pars pas avec tes enfants ni tes femmes, car, par Dieu, je crains que tu ne sois tué comme il a été tué… »