D’après Abû ‘Uthmân an-Nahdî, il raconta : « Al-Husayn envoya par l’intermédiaire d’un affranchi à lui, appelé Salmân, une lettre aux notables de Bassora, dont le contenu était le suivant :
“Après quoi, certes Dieu a élu Muhammad parmi Ses créatures, L’a honoré par la prophétie et L’a choisi pour Le charger du Message. Puis Il L’a rappelé à Lui, après qu’Il eut conseillé Ses serviteurs et transmis fidèlement ce pour quoi Il L’avait envoyé. Nous étions Sa famille, Ses proches et Ses légataires, et les plus habilités à hériter de Lui et de Son rang parmi les gens. Cependant, des membres de notre communauté se sont emparés de ces prérogatives, et nous nous en sommes satisfaits, tout en abhorrant la division et en préférant la paix. Nous savons toutefois que nous sommes davantage en droit de revendiquer ce droit que ceux qui l’ont assumé. Ils ont agi de belle manière, ils ont bien œuvré et recherché la vérité. Que Dieu leur fasse miséricorde et nous pardonne à eux et à nous. À présent, je vous envoie cette lettre et je vous appelle à (revenir à) l’Écriture de Dieu et à la Sunna de Son Prophète. En effet, la Sunna a été mise à mort et la bid‘a (l’innovation blâmable) a été ressuscitée. Écoutez donc ma parole et obéissez à mon ordre. Si vous le faites, je vous guiderai sur la voie de la rectitude. Que la paix soit sur vous, ainsi que la miséricorde de Dieu.”
Quant à moi, je doute de l’authenticité de ce texte attribué à al-Husayn ; il est vraisemblable qu’il ait été brodé de compléments ajoutés par certains transmetteurs chiites.
Il raconta encore : « Tous ceux parmi les notables qui lurent ce message le gardèrent pour eux, à l’exception de al-Mundhir ibn al-Jârûd, qui crut qu’il s’agissait d’une manigance de la part d’Ibn Ziyâd. Il alla donc lui montrer la lettre. Ibn Ziyâd fit alors arrêter l’envoyé qu’al-Husayn avait délégué et le fit exécuter. Puis ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd monta en chaire, loua Dieu et fit Son éloge, avant de dire :
“Après quoi, par Dieu, je ne suis pas de ceux qu’on peut atteler à la bête la plus rebelle, ni de ceux qu’on effraie par le cliquetis des outres (1). Je suis le châtiment de quiconque me tient tête, et la flèche tirée contre quiconque me combat. ‘Anṣif al-qârah man ramâhâ (Que celui qui attaque la tribu de Qârah fasse preuve de justice). Ô gens de Bassora, le Commandeur des croyants m’a nommé gouverneur de Koufa, et je partirai pour cette ville dès le matin. J’ai laissé à votre tête ‘Uthmân ibn Ziyâd ibn Abî Sufyân en mon absence. Gardez-vous de toute discorde et de répandre des rumeurs. Par Celui en dehors de qui il n’est point de dieu, si j’apprends qu’un seul d’entre vous s’oppose, je le ferai exécuter, lui, son chef et son protecteur, et je sévirai contre le plus proche comme contre le plus éloigné, jusqu’à ce que l’ordre me soit acquis et qu’aucun d’entre vous ne me contredise ou ne me résiste. Je suis Ibn Ziyâd : c’est lui que je ressemble parmi ceux qui foulent le sol, et je ne tiens pas mon apparence d’un oncle maternel ou paternel (2).”
Il quitta ensuite Bassora, accompagné de Muslim ibn ‘Amr al-Bâhilî, et il advint ce que l’on sait de ses actes.
Abû Mikhnaf rapporta, d’après al-Ṣaq‘ab ibn Zuhayr, lui-même d’après ‘Awn ibn [Abî] Juḥayfa (3), que la sortie de Muslim ibn ‘Aqîl à Koufa eut lieu un mardi, huit jours après le début de Dhu al-Ḥijja. D’autres (4) disent plutôt un mercredi, neuf jours après le début de Dhu al-Ḥijja, c’est-à-dire le jour de ‘Arafa de l’an 60. C’est également un jour plus tard que le “ḥasiq” (sic) partit de La Mecque en direction de l’Irak. Al-Husayn avait quitté Médine pour La Mecque le dimanche, alors qu’il restait deux nuits du mois de Rajab en l’an 60. Il entra à La Mecque dans la nuit du vendredi, trois jours de Sha‘bân étant déjà écoulés. Il y demeura le reste de Sha‘bân, puis durant Ramaḍân, Shawwâl et Dhu al-Qa‘da, avant de quitter La Mecque, le mardi 8 Dhu al-Ḥijja, jour de al-Tarwiyya.”