Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

On raconte : lorsque Muslim ibn ‘Aqîl arriva à la porte du palais, il trouva là un groupe d’émirs, issus des Compagnons, qu’il connaissait et qui le connaissaient. Ils attendaient qu’on les autorise à se présenter devant Ibn Ziyâd. Muslim était alors couvert de sang au visage et sur ses vêtements, grièvement blessé et brûlant de soif. Il aperçut une cruche (qullah) d’eau fraîche posée là et voulut en boire.

L’un de ces hommes lui dit : « Par Dieu, tu ne boiras pas de cette eau avant de goûter à l’eau bouillante (al-hamîm) ! » Il lui répondit : « Malheur à toi, fils de Bâhila ! Tu es bien plus digne que moi de boire cette eau bouillante et de demeurer dans le feu de la Géhenne. » Épuisé, il s’assit, appuyé contre un mur pour reprendre son souffle et apaiser sa soif. Alors, ‘Umâra ibn ‘Uqba ibn Abî Mu‘ayt envoya un serviteur à sa demeure pour qu’il rapporte une cruche recouverte d’une serviette et un gobelet. Il commença à verser de l’eau à Muslim, mais celui-ci ne parvenait pas à l’avaler tant il crachait du sang, et ce à deux ou trois reprises. Quand enfin il réussit à boire, ses deux dents de devant tombèrent avec l’eau. Il déclara : « Louange à Dieu ! Il me restait donc bien, dans la subsistance qui m’était dévolue, une gorgée d’eau à boire. »

Puis on le fit entrer auprès d’Ibn Ziyâd. Lorsqu’il se tint devant lui, il ne le salua pas. Les gardes s’exclamèrent : « Ne vas-tu pas saluer l’émir ? » Il rétorqua : « Non. S’il veut me tuer, je n’ai pas à le saluer. S’il ne veut pas me tuer, je le saluerai amplement. » Ibn Ziyâd se tourna alors vers lui et déclara : « Eh bien, ô fils d’Aqîl ! Tu es venu chez des gens qui étaient unis, d’un seul tenant, pour les disperser, semer la division dans leurs rangs et inciter certains à tuer d’autres ! » Muslim répondit : « Non ! Je ne suis pas venu pour cela. Mais les gens de cette cité prétendent que ton père a tué leurs meilleurs hommes, a versé leur sang, et a agi envers eux comme Chosroès et César. Nous sommes venus pour ordonner la justice et inviter à suivre le jugement du Livre (de Dieu). »

Ibn Ziyâd répliqua : « Et toi, misérable, qu’as-tu à voir avec tout cela ? Pourquoi n’agissais-tu pas ainsi quand tu te trouvais à Médine, où tu buvais le vin ? » Muslim protesta : « Moi, je boirais du vin ? Par Dieu, Il sait que tu n’es pas véridique, que tu parles sans savoir, et tu es plus digne que moi de ce reproche ! Quant à moi, je ne suis pas tel que tu le prétends. Celui qui s’en rend réellement coupable, c’est celui qui se vautre dans le sang des musulmans, qui tue la vie que Dieu a déclarée sacrée sans respecter le talion, et qui commet ces meurtres par simple colère ou soupçon, tout en se divertissant comme s’il n’avait rien fait. »

Ibn Ziyâd poursuivit : « Misérable ! Ton âme t’a fait espérer ce que Dieu a repoussé, et dont Il ne t’a pas laissé voir les soutiens. » Muslim dit : « Qui sont donc ses soutiens, ô Ibn Ziyâd ? » Il répondit : « L’émir des croyants, Yazîd. » Muslim conclut : « Louange à Dieu en toute circonstance. Nous nous remettons à Dieu pour trancher entre nous et vous. » Ibn Ziyâd s’exclama : « On dirait que tu imagines encore avoir une part dans cette affaire ! » Muslim affirma : « Non, par Dieu, je ne l’imagine pas : j’en suis certain. » Ibn Ziyâd l’interrompit : « Que Dieu me fasse périr si je ne te tue pas d’une façon dont personne n’a jamais été mis à mort dans l’islam ! » Et Muslim de répondre : « Tu es certes le plus apte à introduire dans l’islam ce qui ne lui appartient pas. Tu ne reculeras pas devant la pire des mises à mort, la plus vile des mutilations, et tu continueras sur la mauvaise voie que vous avez héritée de vos grands et de vos ignorants. »

Alors Ibn Ziyâd se mit à l’insulter, ainsi que Husayn et ‘Alî, tandis que Muslim se taisait, sans lui répondre. (Rapporté par Ibn Jarîr d’après…)

(1) « al-Qulla » : le vase. Son pluriel est qulal et qilal. (2) Dans l'édition A et T, il y a une déformation en : Nāhilah. Il s'agit en fait de Muslim ibn ʿAmr al-Bāhilī, comme mentionné dans l'Histoire de Ṭabarī (5/376) et dans Ibn al-ʿAthīr (4/34). (3) Dans l'édition T : « votre livre ». (4) L'expression « entre deux sièges » n'apparaît pas dans l'édition B ; à la place, il y a : « Abū Mukhnif et d'autres des narrateurs chiites ont dit. »
قالوا: ولمّا انتهى مسلم بن عَقيل إلى باب القصر إذا على بابه جماعةٌ من الأمراء من أبناء الصحابة ممن يعرفهم ويعرفونه، ينتظرون أن يُؤذن لهم على ابن زياد، ومسلم مخضَّب بالدماء في وجهه وثيابه، وهو مُثْخَن بالجراح، وهو في غاية العطش، وإذا قُلَّة (١) من ماءٍ بارد هنالك، فأراد أن يتناولها ليشرب منها، فقال له رجل من أولئك: واللَّه لا تشرب منها حتى تشرب من الحميم، فقال له: ويلك يا بن باهلة (٢) ، أنت أَولى بالحميم والخلود في نار الجحيم مني. ثم جلس فتساند إلى الحائط من التعب والكَلال والعطش، فبعث عُمارة بن عُقبة بن أبي مُعَيط مولى له إلى داره، فجاء بقُلَّة عليها منديل ومعه قَدَح، فجعل يُفرغ له في القَدَح ويعطيه، فيشرب فلا يستطيع أن يستسيغَه من كثرة الدماء التي تعلو على الماء مرتين أو ثلاثًا، فلمّا شرب سَقطت ثناياه مع الماء فقال: الحمدُ للَّه لقد كان بقي لي من الرزق المقسوم شربة ماءٍ. ثم أُدخل على ابن زياد، فلمّا وقف بين يديه لم يسلم عليه، فقال له الحرس: ألا تسلم على الأمير؟ فقال: لا، إن كان يريد قتلي فلا حاجة لي بالسلام عليه، وإن لم يرد قتلي فسأسلِّم عليه كثيرًا. فأقبل ابن زياد عليه فقال: إيه يا بن عَقيل، أتيتَ الناس وأمرُهم جميعٌ وكلمتُهم واحدة لتشتِّثَهم وتفرِّقَ كلمتهم وتحملَ بعضهم على قتل بعض؟ ! قال: كلّا لست لذلك أتيت، ولكنَّ أهل المصر زعموا أنَّ أباك قتل خيارهم، وسفك دماءهم، وعمل فيهم أعمال كسرى وقيصر، فأتيناهم لنأمر بالعدل وندعو إلى حكم الكتاب. قال: وما أنت وذاك يا فاسق؟! لِمَ لا كنت تعمل بذلك فيهم إذ أنت بالمدينة تشرب الخمر؟ فقال: أنا أشرب الخمر؟! واللَّهِ إنَّ اللَّه ليعلم أنك غير صادق، وأنك قلت بغير علم، وأنت أحقُّ بذلك مني [فإني لست كما ذكرتَ، وإنَّ أَولى بها مني من يَلَغُ في دماء المسلمين وَلغًا، ويقتل النفس التي حرَّم اللَّه بغير نفس، ويقتل على الغضب والظنّ، وهو يلهو ويلعب كأنه لم يصنع شيئًا. فقال له ابن زياد: يا فاسق إنَّ نفسك تمنِّيك ما حال اللَّه دونك ودونه، ولم يُرك أهلَه. قال: فمن أهلُه يا بن زياد؟ قال: أميرُ المؤمنين يزيد. قال: الحمد للَّه على كل حال، رَضِينا باللَّه حكمًا بيننا وبينكم. قال: كأنك تظن أنَّ لكم في الأمر شيئًا؟ قال: لا واللَّه ما هو بالظن ولكنَّه اليقين. قال له: قتلني اللَّهُ إنْ لم أقتلْكَ قتلة لم يقتلها أحد في الإسلام من الناس. قال: أما إنك أحقُّ مَنْ أحدث في الإسلام ما لم يكن فيه، أما إنك لا تدع سوء القِتْلة وقُبح المُثْلة وخُبْث السيرة المكتسبة عن كباركم (٣) وجُهّالكم] (٤) . وأقبل ابن زياد يشتِمُه ويشتِمُ حسينًا وعليًّا ومسلمٌ ساكت لا يكلِّمه -رواه ابن جرير عن
(١) "القُلة": الجرَّة. وجمعها قُلَل وقِلال. (٢) تحرفت في أ، ط إلى: ناهلة. والمقصود هو مسلم بن عمرو الباهلي كما في تاريخ الطبري (٥/ ٣٧٦) وابن الأثير (٤/ ٣٤). (٣) في ط: كتابكم. (٤) ما بين حاصرتين ليس في ب، وفيها بدلًا عنه: قال أبو مخنف وغيره من رواة الشيعة.

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