Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«Donnez-moi à boire.» Alors, Muslim hésita à le tuer. Une servante sortit avec une cruche d’eau, trouva Muslim dans la tente, eut honte et repartit avec l’eau à trois reprises.

Puis il déclara : «Donnez-moi à boire, même si cela doit me coûter la vie.» Mehrân comprit qu’il s’agissait d’une traîtrise et fit un signe à son maître, qui se leva aussitôt et sortit.

Alors Shurayk dit : «Ô émir, je voudrais te faire mes recommandations.» Celui-ci répondit : «J’y reviendrai.» Son maître l’emmena, le fit monter (c’est-à-dire il le conduisit) et répétait : «Ces gens veulent te tuer.» L’autre répliqua : «Malheur à toi ! Je suis bienveillant envers eux, pourquoi voudraient-ils attenter à ma vie ?»

Shurayk demanda ensuite à Muslim : «Qu’est-ce qui t’a empêché de sortir pour le tuer ?» Il répondit : «Un hadith (1) que j’ai entendu du Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui) qui dit : “La foi retient l’assassinat, un croyant ne commet pas d’assassinat.” (2) De plus, j’ai répugné à le tuer chez toi.» Shurayk répliqua : «Si seulement tu l’avais tué et que tu t’étais assis dans le palais, personne ne t’aurait contesté, et tu aurais réglé l’affaire du palais (3) — ou il a dit : “Je t’aurais épargné les affaires du palais.” — Et si tu l’avais tué, tu aurais mis à mort un injuste et un dépravé.» Shurayk mourut trois jours plus tard.

Lorsque Ibn Ziyâd arriva à la porte du palais le visage voilé, Nu’mân ibn Bashîr crut qu’il s’agissait de Husayn venu d’arriver. Il ferma la porte du palais et s’écria : «Je ne te livrerai pas le bien qui m’a été confié !» ‘Ubayd Allâh répondit : «Ouvre, puisse-t-elle ne pas s’ouvrir !» Il ouvrit alors, convaincu qu’il s’agissait de Husayn, mais, découvrant qu’il s’agissait d’‘Ubayd Allâh, il fut accablé.

‘Ubayd Allâh entra dans le palais du gouverneur et ordonna qu’un crieur appelle les gens : «La prière est rassemblée !» Les habitants s’assemblèrent, il sortit vers eux, loua Dieu et Le glorifia, puis prononça ces mots : «Ensuite… Le Commandeur des croyants m’a confié vos affaires, votre frontière et vos revenus, et m’a enjoint de faire justice à l’opprimé, de donner à celui qui est privé, de bien traiter celui qui écoute et obéit, et de sévir contre celui qui sème le doute et désobéit. Je ne fais qu’accomplir en vous son ordre et mettre en œuvre son mandat.» Puis il se retira.

Il exigea ensuite des surveillants (les ‘urfâ’) qu’ils consignent les noms de ceux qui étaient chez eux parmi les Zûriyya (4), ainsi que de toute personne suspecte, en dissidence ou en rébellion. Celui qui ne nous en informerait pas serait crucifié ou exilé, et serait radié des registres de l’administration.

Hânî était l’un des grands chefs et ne s’était pas présenté pour saluer ‘Ubayd Allâh depuis son arrivée, prétextant la maladie. ‘Ubayd Allâh s’en souvint et dit : «Pourquoi Hânî ne s’est-il pas présenté à moi comme les autres émirs ?» On lui répondit : «Ô émir, il se dit souffrant.» Il rétorqua : «On m’a rapporté qu’il s’assoit pourtant devant sa porte.» D’aucuns affirmaient qu’il avait accueilli Shurayk ibn al-A‘war et Muslim ibn ‘Aqîl chez lui, et qu’ils avaient envisagé de le tuer, mais que Hânî les en avait empêchés du fait qu’ils se trouvaient dans sa demeure.

Les émirs se rendirent alors auprès de Hânî ibn ‘Urwah et ne cessèrent d’insister jusqu’à ce qu’ils l’amenassent devant ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd. Celui-ci se tourna vers le juge Shurayh et déclama, citant le poète :…»

(1) En usul : contraire. (2) Rapporté par Ahmad dans son Musnad (1/166) d’après le hadith d'az-Zubayr, et par Abū Dāwūd (2769) dans le chapitre sur la guerre : « l’ennemi est attaqué par surprise », d’après le hadith d’Abū Hurayra, et c’est un hadith authentique. Al-Mundhirī a dit : « Le fâtik (agression meurtrière) désigne lorsqu’un homme attaque un autre homme alors que celui-ci est inattentif et négligent, le saisit fermement et le tue. » Et sa parole « la foi est une limitation du fâtik » signifie que la foi empêche le meurtre comme une entrave limite une action ; c’est comme s’il considérait le fâtik comme étant soumis à une restriction. (3) Dans la version : Bassorah. Ce qui est confirmé, c’est A, B. (4) Dans le « Tārîkh » d’al-Ṭabarī : les Ḥarūrīyya.
اسقُوني. فتجبَّن مسلم عن قتله، وخرجت جارية بكوز من ماءٍ، فوجدت مسلمًا في الخباء، فاستحيت ورجعت بالماء ثلاثًا. ثم قال: اسقُوني ولو كان فيه ذهاب نفسي. ففهم مِهْران الغدر، فغمز مولاه، فنهض سريعًا وخرج. فقال شريك: أيها الأمير! إني أريد أن أُوصي إليك، فقال: سأعود. فخرج به مولاه، فأركبه وطرد به -أي ساق به- وجعل يقول له مولاه: إن القوم أرادوا قتلك، فقال: ويحك إني بهم لرفيق فما بالهم؟ ! وقال شَريك لمسلم: ما منعك أن تخرج فتقتله؟ قال: حديث بلغني عن رسول اللَّه ﷺ أنه قال: "الإِيمانُ قَيَّد (١) الفَتْك، لا يَفْتِكُ مُؤْمِن" (٢) وكرهتُ أن أقتلَه في بيتك، فقال: أما لو قتلتَه فجلست في القصر لم يستعد منه أحد، ولتكفينَّ أمر القصر (٣) - أو قال: لأكفينَّك أمر القصر- ولو قتلتَه لقتلتَ ظالمًا فاجرًا. ومات شَريك بعد ثلاث. ولمَّا انتهى ابن زياد إلى باب القصر وهو متلثِّم ظنَّه النعمانُ بن بشير الحسينَ قد قدم، فأغلق باب القصر وقال: ما أنا بمسلم إليك أمانتي، فقال له عبيد اللَّه: افتح لا فتحتَه، ففتح وهو يظنُّه الحسين، فلمّا تحقَّق أنه عبيد اللَّه أُسقط في يده. فدخل عبيد اللَّه إلى قصر الإمارة، وأمر مناديًا فنادى في الناس: إن الصلاة جامعة. فاجتمع الناس، فخرج إليهم، فحمِدَ اللَّه وأثنى عليه ثم قال: أما بعد، فإن أمير المؤمنين قد ولّاني أمركم وثغركم وفيئكم، وأمرني بإنصاف مظلومكم، وإعطاء محرومكم، والإحسان إلى سامعكم ومطيعكم، والشدَّة على مريبكم وعاصيكم، وإنما أنا ممتثل فيكم أمرَه ومنفِّذ عهدَه. ثم نزل. وأمر العرفاء أن يكتبوا مَن عندهم من الزّورية (٤) وأهل الرّيب والخِلاف والشِّقاق، وأيما عريف لم يُطلعنا على ذلك صُلب أو نُفي وأُسقطت عرافته من الديوان. وكان هانئ أحد الأمراء الكبار، ولم يسلِّم على عبيد اللَّه منذ قدم وتمارض، فذكره عبيد اللَّه وقال: ما بال هانئ لم يأتني مع الأمراء؟ فقالوا: أيها الأمير! إنه يشتكي، فقال: إنه بلغني أنه يجلس على باب داره. وزعم بعضهم أنه عاده قبل شَريك بن الأعور ومسلم بن عَقيل عنده، وقد همُّوا بقتله فلم يمكنهم هانئ لكونه في داره، فجاء الأمراء إلى هانئ بن عروة، فلم يزالوا به حتى أدخلوه على عبيد اللَّه بن زياد، فالتفت إلى القاضي شُريح فقال متمثِّلًا بقول الشاعر:
(١) في الأصول: ضد. (٢) أخرجه أحمد في مسنده (١/ ١٦٦) من حديث الزُّبَير، وأبو داود (٢٧٦٩) في الجهاد: باب العدو يؤتى على غرَّة، من حديث أبي هريرة، وهو حديث صحيح. قال المنذري: الفتك أن يأتي الرجلُ الرجلَ وهو غارّ غافل فيشد عليه فيقتله. وقوله: "الإيمان قيد الفتك" أي أن الإيمان يمنع القتل كما يمنع القيدُ عن التصرف، فكأنه جعل الفتك مقيدًا. (٣) في ط: البصرة. والمثبت من أ، ب. (٤) في تاريخ الطبري: الحرورية.

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